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Pointé du doigt sur France 5, le vosgien VD3E nie avoir expédié illégalement des ordinateurs usagés au Ghana 
Vosges # Gestion des déchets et recyclage # PME

Pointé du doigt sur France 5, le vosgien VD3E nie avoir expédié illégalement des ordinateurs usagés au Ghana 

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Directeur commercial de l’entreprise de recyclage vosgienne VD3E, Ismaïl Arslan réagit au passage de sa société dans l’émission "Sur le Front", diffusée sur France 5. Identifiée comme l’une des entreprises ayant contribué à l’envoi d’ordinateurs usagés au Ghana, la PME nie ces affirmations. Et porte plainte pour diffamation. Elle explique broyer elle-même ses déchets, puis les faire ensuite valoriser en Europe.

VD3E est basée à Liffol-le-Grand, dans les Vosges — Photo : Ismail Arslan

À Liffol-le-Grand, dans les Vosges, l’entreprise VD3E, pour Valorisation des Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques porte plainte pour diffamation, suite à la diffusion sur France 5 d’un reportage de "Sur le Front", émission animée et produite par le journaliste Hugo Clément.

Dans son enquête nommée "Métaux rares : les ressources cachées de la France", le média retrace notamment l’itinéraire de valorisation d’ordinateurs usagés, depuis la France jusqu’au Ghana. Les appareils concernés sont d’abord collectés et stockés par Bio Océan, dans les Bouches-du-Rhône. Ils sont ensuite expédiés chez l’entreprise Eva, dans le même département, avant de repartir chez Hensel Recycling, à Dijon. Les ordinateurs suivis par le reportage y restent en mars et en avril 2025, avant d’être revendus au vosgien VD3E.

Une association écologiste annonce attaquer VD3E en justice

En réponse aux journalistes de "Sur le Front", l’entreprise a expliqué ne pas être concernée par l’expédition d’ordinateurs au Ghana. Mais n’a pas souhaité apporter de précisions dans l’émission, où l’entreprise est dès lors présentée comme la dernière étape connue de ces ordinateurs avant leur transit jusqu’au Ghana, pays où ces ordinateurs ont été retrouvés dans le reportage diffusé sur France 5. En réaction, l’association écologiste Robin des Bois a annoncé engager une procédure judiciaire contre VD3E. D’après des informations de Vosges Matin, le groupe Veolia aurait également organisé un audit chez son sous-traitant, suite à la diffusion du reportage. Pour rappel, l'exportation de DEEE considérés comme déchets vers des pays non membres de l'OCDE, comme le Ghana, est interdite par la réglementation européenne en vigueur.

"Nous n’expédions que des déchets démantelés"

"Nous n’expédions que des déchets démantelés en Europe, jamais une unité centrale ou un ordinateur complet", explique Ismaïl Arslan, directeur commercial de VD3E. Et non en Afrique. D’après l’entreprise, les composants des déchets, comme les cartes électroniques, sont séparés pour être envoyés chez des partenaires, qui s'occupent de recycler ces matériaux. Le reste des déchets est broyé par la société vosgienne. Créée en 2006, VD3E (8 salariés) traite en moyenne 300 tonnes de déchets par mois, soit 3 600 tonnes par an, notamment pour des administrations.

Des déchets qui resteraient en Europe

"Nous assurons une traçabilité complète des déchets traités. Chaque équipement pris en charge est suivi à toutes les étapes du processus. Les déchets restent sur le continent européen et sont traités et valorisés en Europe, conformément à la législation : aucun déchet n’est expédié en dehors du continent", poursuit Ismaïl Arslan. En l’occurrence, VD3E affirme expédier ses matières premières vers des entreprises situées en Belgique et en Allemagne, dont le nom n’est pas communiqué. "Notre rôle est d’assurer la traçabilité des déchets vers des filières agréées par les normes", décrit le directeur commercial.

Un processus tracé

VD3E confirme travailler avec Hensel Recycling, identifiée comme la troisième entreprise intervenue dans le recyclage des ordinateurs usagés montrés par l’émission "Sur le Front". "Nous fournissons un bordereau de suivi de déchets à tous nos clients", précise Ismaïl Arslan. Concrètement, le document mentionne la quantité de déchets traités, leur provenance et leur poids. En lien avec le Règlement européen UE 2024/1157, qui impose une traçabilité complète des transferts de déchets, le bordereau permet de vérifier que le matériel n’est pas exporté illégalement, ou encore que le recyclage est effectué dans une installation autorisée.

"Pour certains déchets classés comme dangereux ou contenant de l'amiante, nous utilisons aussi Trackdéchets", continue Ismaïl Arslan. Depuis 2022, l'utilisation de cette plateforme numérique est obligatoire pour assurer la traçabilité de certains DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques). "Le recyclage des déchets est un sujet complexe. Nous avons porté plainte car certains propos du reportage laissaient entendre des pratiques qui ne correspondent pas à la vérité. […] L’affaire est désormais dans les mains de la justice, à qui nous avons fourni les documents demandés", ajoute-t-il. L'entreprise n'a pas souhaité nous communiquer ces documents.

L'Europe principal exportateur de DEEE usagés non contrôlés

L'Europe est l'un des principaux exportateurs de DEEE usagés échappant aux dispositifs officiels de surveillance et de traçabilité, d'après le rapport international Global Transboundary E-waste Flows Monitor, publié en 2022 par l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche. "L'Europe occidentale exporte environ 0,6 million de tonnes d'EEE usagés et de déchets électroniques non contrôlés, principalement vers l'Afrique de l'Ouest, l'Europe de l'Est, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique du Nord. [...] Le facteur déterminant de ces mouvements non contrôlés est la demande d'EEE usagés ainsi que les coûts de traitement potentiellement plus faibles dans les régions destinataires", précise l'étude.

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