Isère
"Nous souhaitons accompagner l’évolution des domaines de montagne face au changement climatique"
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Fabien Felli président du groupe POMA "Nous souhaitons accompagner l’évolution des domaines de montagne face au changement climatique"

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Le spécialiste isérois du transport par câble POMA a dévoilé sa nouvelle feuille de route stratégique pour 2030. Avec comme axes prioritaires son ancrage sur le territoire alpin, où 85 % de sa production est assurée, l’innovation pour accompagner les domaines de montagne face au changement climatique et la diversification de ses projets.

Fabien Felli, président de POMA — Photo : Poma

Vous venez de présenter une feuille de route intitulée "POMA en route vers 2030", pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette stratégie ?

Un des axes forts de cette feuille de route est de conserver la production de nos appareils POMA en France. Aujourd’hui, 85 % de notre production est assurée sur le territoire et même très localement puisque 4 de nos sites industriels sont situés en Auvergne-Rhône-Alpes. Ces 4 usines nous permettent d’avoir la totalité de la création d’une remontée mécanique, de ses fondations à sa structure, son assemblage et sa maintenance dans un rayon géographique restreint, ce qui contribue bien sûr à limiter notre empreinte carbone. Cet ancrage local se retrouve dans nos effectifs : sur les 1 500 collaborateurs que compte POMA, 900 travaillent en France.

L’activité de transport par câble en montagne représente environ 40 % de votre chiffre d’affaires total (505 M€ en 2023), et ce malgré la baisse du niveau d’enneigement. Comment aidez-vous les domaines skiables à s’adapter au changement climatique ?

Cette proportion de 40 % varie selon les années et la taille des projets que nous décrochons en station, mais il est vrai que l’activité montagne représente notre cœur de métier. En France, aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir un marché assez dynamique en termes de développement des remontées mécaniques, avec onze appareils majeurs réalisés cette année, dont le téléphérique débrayable du Jandri, aux 2 Alpes, qui constitue une véritable colonne vertébrale pour le domaine skiable. Notre objectif est de participer à l’accompagnement des stations face à au changement climatique, en proposant notamment des appareils plus performants, moins énergivores et qui ont moins d’impact sur l’environnement que les anciennes générations de machines. Nous souhaitons aussi aider les domaines à maintenir leur attractivité au-delà de la période de ski. À ce titre, nous avons livré une nouvelle cabine ouverte à La Plagne, qui permet aux touristes de vivre une activité sensorielle en hiver comme en été.

Pourriez-vous donner quelques exemples d’innovation qui vont leur permettre de réduire leur empreinte ?

Nous avons développé des solutions d’accès aux domaines de montagne, un volet important de notre politique pour décarboner ce secteur puisque le principal facteur d’émissions de gaz à effet de serre pour les visiteurs en montagne est leur trajet entre leur domicile et la destination. Nous avons ainsi conçu des ascenseurs valléens, comme celui de Saint-Gervais (Haute-Savoie), livré à l’été 2024. Celui-ci permet de relier la gare SNCF du Fayet au bourg de Saint-Gervais et au domaine skiable de manière décarbonée. Nous avons également développé toute une gamme de produits "LIFE", pour "low impact for environment", qui sont plus performants d’un point de vue environnemental. Nous fournissons par exemple depuis 2022 un système "éco drive", qui permet d’ajuster la vitesse de fonctionnement de l’appareil à la taille de la file d’attente. Nous avons également co-conçu avec Michelin des solutions de bandages en caoutchouc destinés aux roulements au niveau des pylônes, qui évitent les frictions, consomment moins d’énergie et peuvent à terme être entièrement recyclés par Michelin.

Le transport par câble urbain est aussi en forte croissance. Est-il un moyen de décarboner les villes ?

Le transport urbain progresse en effet, avec beaucoup de gros projets réalisés, en République dominicaine, en Colombie, à Saint Denis de la Réunion, ou des projets en cours de construction, à Madagascar ou Ajaccio. De fait, nous sommes le plus gros exploitant urbain mondial de transport par câble et la France est aujourd’hui l’un des pays européens les plus dynamiques dans ce domaine : la ville de Toulouse possède depuis 2022 la plus longue ligne téléphérique du pays. Le câble urbain est minimaliste dans son impact, puisqu’il suffit d’une gare, d’un pylône et d’une autre gare d’arrivée, pour survoler de l’urbanisation, des forêts ou pour connecter à d’autres moyens de transport. Le transport par câble en ville possède aussi l’avantage d’être assez résilient face aux intempéries. S’il a mis du temps à se développer, il prend désormais toute sa place comme un outil de transport pertinent dans la mobilité d’aujourd’hui.

L’un de vos objectifs à moyen long terme est-il aussi de diversifier votre activité ?

Nous souhaitons que 80 % de notre activité soit faite dans notre cœur de métier, c’est-à-dire la montagne, l’urbain et le tourisme mais nous voudrions qu’une vingtaine de pourcents soit dédiée à la diversification de notre activité, d’ici 2030. Nous avons déjà réalisé par le passé quelques projets qui sortent de notre cadre classique, tels que des systèmes au sol pour les aéroports, et nous aimerions accentuer ce type de programmes spéciaux.

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