Y a-t-il actuellement des postes non pourvus dans vos entreprises ?
Virginie Flavio : Au sein des Transports Flavio, nous avons deux postes de conducteurs à pourvoir sur une équipe de 20.
Franck Cannata : Structurellement, cela représente 10 % de la masse salariale, mais avec le recul du volume de marchandises à transporter que nous estimons à -13 % en moyenne sur un an glissant, je l’estimerais chez Transcan à 7-8 %.
Quelles en sont les conséquences pour vos entreprises ?
V. F. : Je suis contrainte de refuser du travail ! Et cela va s’accentuer parce que dans le transport, il y a eu énormément de défaillances d’entreprises. Nous serons donc moins nombreux à distribuer le fret restant. S’il n’y a pas de conducteur, nous allons avoir un gros problème au redémarrage de l’activité !
F. C. : Après le Covid, les chaînes de production ont eu des difficultés à redémarrer, faute de composants électroniques pour un grand nombre d’entre elles. On avait les conducteurs mais pas le matériel. Aujourd’hui, on a le matériel, mais les conducteurs sont de moins en moins présents… Et cela ne va pas s’arranger si l’on regarde la pyramide des âges.
Quelles sont les causes selon vous de ce manque d’attractivité ?
F. C. : Notre métier ne fait pas ou plus rêver et cela pour plusieurs raisons. Principalement parce que nous avons une image très fausse aux yeux du grand public, celle de pollueurs numéro un. Or, les transports ne sont responsables que de 7 % des émissions de CO2. Sans compter que nous avons entamé notre transition énergétique depuis longtemps. Chez Transcan, 98 % des tracteurs sont décarbonés.
Que pouvez-vous faire pour contrer cela et devenir plus attractifs ?
F. C. : On reçoit, comme nous l’avons fait lors de la Semaine des Tranports et de la Logistique pendant laquelle sont venus une cinquantaine d’élèves du lycée Gallieni de Fréjus, spécialisé dans les métiers de la conduite, du transport et de la logistique. On informe, on explique aux jeunes que le transport est indispensable tant sur le plan économique que sociétal… qu’on le veuille ou non, 89 % des marchandises sont transportées par la route. Se nourrir, se vêtir et se loger, cela fait partie des besoins primaires. Sans camion, sans transport, on ne construit pas de maison, d’appartement, d’immeuble, on ne se nourrit pas. Le camion est une nécessité de notre mode de vie… que nous fixons nous-mêmes. Nous leur montrons aussi tout ce que nous faisons depuis longtemps, en matière de transition énergétique.
L’attractivité passe en effet par les jeunes et par la formation… celle-ci est-elle suffisamment valorisée selon vous ?
V. F. : Les diplômes sont revus tous les 5 ans. Mais aujourd’hui, une compétence est obsolète au bout de 2 ou 3 ans. On voit par exemple qu’il y a sur les modules de formation, des socles sur de la mécanique, alors qu’on sait très bien qu’aujourd’hui, 95 % des transporteurs ont des matériels en boîte automatique ! Et c’est un exemple parmi d’autres. Le catalogue de formation ne suit pas la tendance de nos métiers avec toutes ses évolutions technologiques. Nous, même dans notre entreprise de 30 salariés, nous intégrons l’IA, la télématique embarquée, le biocarburant…. Tout cela est déployé et promu au sein de l’entreprise mais nous manquons terriblement de visibilité en dehors pour pouvoir dire et montrer à quel point nos métiers sont dans l’air du temps, durables, non délocalisables. Évidemment, nous formons en interne, nous y sommes bien obligés, mais nous avons besoin de personnel qualifié pour être compétitifs.