Les chefs d’entreprise maralpins ont-ils été rassurés par le discours qu’a livré le Premier ministre François Bayrou lors de la REF, la grande rentrée du syndicat patronal, qui s’est tenue à Roland-Garros ?
"Absolument pas, répond sans hésitation Franck Cannata, à la tête de la délégation de l’UPE06 dont il est le président. Nous sommes même plutôt inquiets. Nous avons assisté à une allocution autour d’un constat que l’on connaissait tous, sur les difficultés actuelles de la France, sur l’envergure de la dette, les conséquences de cette dette… mais aucune piste, aucune solution n’ont été évoquées ou imaginées pour combler cette dette à court, moyen ou long terme !"
Face à la "dérive des comptes publics"
Une dette de près de "3 350 milliards d’euros accumulés sur les cinquante dernières années" comme l’a rappelé François Bayrou, soulignant que "chaque entreprise, comme chaque famille, se trouve menacée par la dérive des comptes publics".
"J’aurais aimé du dynamisme, de l’espoir, pas ce langage d'énarque, qui n‘est pas compatible avec nos besoins ou avec la mise en place d'une dynamique nécessaire pour réformer notre pays, a réagi Pierre Ippolito, dirigeant du groupe familial éponyme (1 240 salariés, CA : 300 M€), ex-patron des patrons azuréens et membre du Conseil exécutif du Medef. J’aurais voulu qu’il assume des choix forts et qu’il arrête de se cacher derrière un consensus qui n’arrivera jamais. Un Premier ministre est là pour proposer, assumer, les propositions ne doivent pas venir du collectif. À lui de convaincre ceux qui ne sont pas d’accord. Sur la suppression de deux jours fériés, que l’on soit d’accord ou non, c’est sa conviction personnelle, il doit aller au bout. Deux jours fériés en moins rapporteraient, a-t-il dit, 4 milliards d’euros… qu’il aille chercher ces 4 milliards !"
"Nous allons devoir faire comme d'habitude : nous débrouiller un peu tout seuls."
En manque d’action(s)
"Nous, chefs d’entreprise, étions déjà un peu équilibristes, sur la corde raide, estime Betty Seroussi, cofondatrice et présidente de Travel Planet (80 collaborateurs, CA 2024: 130 M€) à Sophia Antipolis. Mais en sortant du discours du Premier ministre, j’ai vraiment peur, je me demande à quelle sauce nous allons être mangés. Il n’y a eu aucune proposition. Nous allons devoir faire comme on a l’habitude de faire : nous débrouiller un peu tout seuls. Heureusement, dans les Alpes-Maritimes, nous essayons de nous soutenir les uns les autres."
"Nous avons en effet besoin d’action, d’outils pour agir, pas du constat qui a été dressé, confirme Jean-Pascal Decroix, à la tête de STME (70 salariés, CA : 9 M€) à Grasse. En revanche, je reste assez confiant sur le fait que nous, entrepreneurs, restions positifs. Il nous faut voir le verre à moitié plein pour, en rentrant, arriver à motiver nos équipes, qui sont composées de citoyens assez perdus sur le cap que peut avoir notre pays et même, plus localement, de notre territoire. C'est maintenant qu'il faut être soudés. Les politiques passent, les entreprises restent."
Nouvelle instabilité en vue
Et les échéances à venir ne sont pour arranger ce sentiment de confusion. À commencer par le lundi 8 septembre, où François Bayrou engagera la responsabilité de son gouvernement à l’Assemblée nationale via un vote de confiance. "Une instabilité supplémentaire" dont les chefs d’entreprise se seraient bien passés.
Sur ce point, comme sur d’autres, Eric Lombard, le ministre de l’Économie et des Finances, de passage devant les entrepreneurs de la REF quelques heures avant François Bayrou, s’est voulu rassurant.
Il a ainsi affirmé que "quel que soit l’issue du vote, nous allons continuer à construire le budget pour 2026 et celui-ci est quasiment prêt", ou encore qu’il "ne [croit] pas à la crise financière. Le pays est riche, le pays se développe, le pays est géré, il a été tenu, les entreprises de France font le travail."
À l’opposé donc du ton pessimiste du Premier ministre. Mais pas de quoi suffire pour autant à rassurer les entrepreneurs présents, déjà échaudés.
"L’année dernière, à la même date, on n’avait pas de gouvernement, reprend Franck Cannata, par ailleurs dirigeant du groupe de transport et logistique Transcan à Carros. Cette année, ce n’est guère mieux. On a un ministre et un gouvernement qui pourraient être de quelques jours encore. Ce n’est pas de nature à nous plonger dans une visibilité qui nous permet d’investir et d’avancer de façon sereine."