Lemahieu expose chaque année au salon du Made In France, dont l’édition 2025 s’est déroulée mi-novembre. Quelle était l’ambiance cette année, en cette période tendue ?
Ça a été une excellente édition, nous y avons réalisé 50 % de chiffre d’affaires supplémentaire par rapport aux années précédentes. Les visiteurs étaient beaucoup plus nombreux qu’à l’accoutumée, et nos échanges avec eux ont montré une vraie envie de consommer de manière responsable, couplée bien entendu avec les préoccupations autour du pouvoir d’achat. Mais pour moi, cela montre qu’en fabricant en France au bon prix, avec une qualité durable, on répond aux attentes des clients.
Est-ce que ce regain d’intérêt du public pour le Made in France pourrait être un effet ricochet des polémiques concernant Shein, Temu et consorts ?
Peut-être, marginalement. Mais rien de comparable avec le véritable effet rebond qu’on a pu ressentir au sortir du Covid, qui avait très visiblement relancé l’industrie textile en France. Aujourd’hui, cet effet rebond tend clairement à s’estomper. Les polémiques autour des plateformes peuvent peut-être faire une piqûre de rappel autour du Made in France, mais la différence avec 2021-2022 c’est que maintenant plus que jamais, le sujet c’est le prix.
Chez Lemahieu, souffrez-vous de l’arrivée de ces plateformes sur le marché ?
Pas directement. D’une part, pour le textile Made in France, c’est au commencement de la guerre en Ukraine que le vent a commencé à tourner. C’est là que le sujet de la hausse des prix de l’énergie, des matières premières a émergé. Comme celui des difficultés financières des consommateurs. Chez Lemahieu, nous n’adressons pas les mêmes marchés que ces plateformes. Donc, pour la partie marque propre, nous sommes plutôt préservés de leur concurrence directe. En revanche, elle est sensible chez nos clients retailers, qui eux, sont contraints à des ajustements pour faire face. Selon les cas, cela passe par un recentrage sur les attentes de leur clientèle, notamment la plus jeune : plus de coloris, plus de collections. Certains essayent de mieux ajuster les quantités produites, pour limiter les surplus. Et pour d’autres cela passe par moins de produits Made in France. C’est là que cela nous impacte.
Comment vous organisez-vous de votre côté, pour faire face à ces transformations du marché ?
Nous avons commencé à vendre en marque propre il y a cinq ans, d’abord des dessous, sous la marque historique de Lemahieu, Achel, puis, depuis 2023, des vêtements sous la marque Maison Lemahieu. Aujourd’hui, nos ventes en marque propre représentent entre 30 et 40 % de notre chiffre d’affaires, et nous sommes en croissance sur ce segment. En parallèle, nous continuons à produire pour nos clients, en marque blanche ou en collaboration. Pour nous, c’est ce double modèle, à la fois marque et fabricant, qu’il est pertinent de développer pour les acteurs du Made in France. Cela permet notamment de répondre avec agilité à cet enjeu du prix. Nous avons investi dans notre outil pour tout intégrer, un bureau de style, notre atelier de tricotage bien entendu, la coupe et la confection, jusqu’à la logistique. Nous n’avons aucun intermédiaire, c’est ainsi que nous sommes en mesure de compenser les coûts de la main d’œuvre en France, pour proposer un rapport qualité/prix pertinent pour le consommateur d’aujourd’hui.