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"Nous avons reçu moins de demandes de financement depuis janvier mais les dossiers sont mieux qualifiés"
Interview Isère # Finance # Capital

Jonathan Collomb délégué général de Grenoble Angels "Nous avons reçu moins de demandes de financement depuis janvier mais les dossiers sont mieux qualifiés"

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Le réseau d’investisseurs de proximité Grenoble Angels a investi 870 000 euros en direct dans des start-up du territoire en 2023, soit une légère baisse par rapport à l’année précédente. Le ticket moyen en revanche a progressé et les demandes de financement ont été importantes, dans un contexte de plus grande frilosité des fonds d’investissement et de capital-risque. La tendance reste la même pour 2024.

Jonathan Collomb est délégué général de Grenoble Angels, le réseau d’investisseurs de proximité du bassin grenoblois — Photo : Grenoble Angels

Pouvez-vous nous présenter Grenoble Angels ?

Nous sommes une communauté d’investisseurs de proximité, regroupés en association depuis 2005. Nous comptons 112 bénévoles, dont 20 % sont membres du conseil d’administration et 2 personnes embauchées à temps plein : un chef de projet chargé d’accompagner les start-up du territoire et de faire le lien entre les entreprises et les investisseurs et moi-même qui suis délégué général depuis 2021. Nous nous occupons principalement des entreprises basées en Isère, mais nous pouvons investir dans des entreprises de la région, en cofinancement avec les autres associations de business angels, dont SAMBA (Savoie Mont Blanc Business Angels), Rhône Vallée Angels sur le territoire drômois et INSA Angels à Lyon. 95 % de notre portefeuille est co-investi.

Dans quel type de projets investissez-vous ?

Nous investissons dans tout type de secteurs sauf l’immobilier et les fintechs. Les medtech et biotech sont assez bien représentées, car plusieurs de nos membres ont évolué ou fait carrière dans ce domaine. Par ailleurs, l’écosystème grenoblois fait que nous avons accès plus facilement à ce type de dossiers. Nous recevons un dossier par jour ouvré environ, avec une équipe opérationnelle qui a un premier regard sur eux. Les projets doivent être innovants et situés sur le territoire. Le dossier est ensuite transmis à un groupe de présélection qui a un prisme plus financier. Puis, les projets présélectionnés sont instruits par l’ensemble de nos business angels. Nous ne possédons pas de véhicule d’investissement interne, comme c’est le cas de SAMBA ; chaque investisseur individuel choisit de financer la société de son choix.

Les start-up ont connu des difficultés pour se financer en 2023, avez-vous été plus sélectifs ?

Le montant des investissements a légèrement diminué en volume par rapport à 2022 puisque nous avons apporté 870 000 euros de financement en direct contre 1,2 million d’euros l’année précédente. Par ailleurs, nous avons financé 13 projets dont 4 cofinancements, contre 18 projets en 2022. Nous avons notamment investi dans Inject Power, qui développe des microbatteries pour les dispositifs médicaux, ou Hymag’In, qui développe des nanomatériaux pour des applications à forte valeur ajoutée. Jetcycle, qui fabrique des embarcations à pédales volantes, représente notre plus grosse enveloppe.

Le montant du tour de table moyen a progressé en 2023, passant de 478 000 euros en 2022 à 675 000 en 2023. En somme, nous avons investi plus d’argent dans moins de dossiers et la sélectivité s’est donc faite naturellement.

Vous avez reçu davantage de demandes de financement en 2023, avec 250 projets reçus contre 200 l’année précédente. Comment expliquez-vous cette hausse des demandes d’investissements en 2023 ?

Les plus gros investisseurs, qui passent derrière nous au premier ou second tour de table, ont serré la vis l’an dernier. Il y a donc eu un effet déversement : les start-up qui n’ont pas réussi à lever auprès des VC (Venture Capital, fonds de capital-risque) se sont tournées vers les business angels. Le montant des refinancements a d’ailleurs augmenté entre 2022 et 2023 : Grenoble Angels a refinancé pour 220 000 euros contre 15 000 euros seulement un an plus tôt.

Quelle est la tendance pour 2024 ?

Nous sommes bien partis pour suivre la même tendance qu’en 2023 avec une part de refinancement non négligeable. Nous avons ainsi déjà eu quatre demandes de refinancement d’entreprises, qui ne sont pas parvenues à lever auprès d’investisseurs de plus grande taille et qui ont recours à nous pour faire la transition. À fin juillet, nous avons autour de 641 000 euros de potentiels dossiers d’investissements. Pour l’instant, nous avons reçu moins de demandes, mais les dossiers sont plus qualifiés. 2024 devrait être une bonne année pour Grenoble Angels.

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