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Né aux débuts de l’automobile, le creusois Picoty carbure désormais au pétrole et aux énergies décarbonées
Creuse # Production et distribution d'énergie # Stratégie

Né aux débuts de l’automobile, le creusois Picoty carbure désormais au pétrole et aux énergies décarbonées

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Créée en 1922, Picoty n’a jamais quitté son fief de La Souterraine. La rue du siège social porte les noms d’André et Guy Picoty, grand-père et père de Michel, l’actuel président. Cette dynastie creusoise a grandi avec l’essor de l’automobile dans les années 30 et la livraison de carburants. Elle compte désormais plus de 700 stations-services, s’étend à la distribution de gaz naturel et d’hydrogène, et déploie des bornes de recharge électrique.

Mathias Schildt, directeur général de Picoty depuis un an, Michel Picoty président du directoire et Caroline Schildt, directrice de la transition depuis 2021 ne manquent pas de projets pour faire face aux enjeux de la décarbonation — Photo : Corinne Mérigaud

C’est en 1922 que la saga Picoty a commencé dans les hydrocarbures lorsque André rachète à son père son fonds de commerce de matériaux de construction à La Souterraine. "Mon grand-père vendait des pommes de terre et des matériaux de construction, raconte Michel Picoty, président du directoire. Il avait beaucoup de clients en zone rurale, des paysans. Après 1918, avec la mécanisation agricole et les premiers tracteurs, ils avaient besoin de carburants."

Du cheval à la traction

On est en 1932. André pressent qu’un nouveau marché s’ouvre à lui. L'histoire lui donnera raison, Picoty, toujours familial, rassemble aujourd'hui 1230 salariés, 300 stations-service et 2,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

André rachète une parcelle de 1 600 m² et les quatre cuves de stockage de pétrole que détient un négociant en carburants, près de la voie ferrée. C’est le début d’une nouvelle aventure. Il fait construire des bureaux et un hangar, démolis depuis. De nouvelles cuves sortiront de terre jusqu’en 1939, l’État autorisant l’entreprise à importer des produits pétrolifères. Les établissements Picoty investissent alors dans une flotte de camions pour livrer ses clients.

1932, les premiers camions de livraison de fûts de gazole — Photo : Picoty

"Mon grand-père se faisait livrer des fûts par des raffineurs français, raconte-t-il. Il a eu du flair, c’était un visionnaire dans une époque où on est passé du cheval à la Traction Citroën." Les camions livrent dans la Creuse, en Corrèze, Haute-Vienne et dans l’Indre.

Un précurseur de la pub

En 1933, il dépose sa marque Guyvoline, déclinée du prénom de son fils. En 1935, ses camions-citernes sont siglés. "Tout ce qui se terminait en IN était à la mode comme l’aspirine s’amuse-t-il, c’était déjà du marketing." Les clients ont le choix entre différents carburants Guyvoline (véhicules de tourisme), le benzol Guyvobenz, le super carburant Guyvolux et le Guyvogaz pour les poids lourds.

Dès 1937, les carburants arrivent par wagons-citernes et sont transvasés grâce à des pipelines dans les cuves. Entre 1932 et 1940, la capacité de stockage est passée de 60 000 litres à 6 millions de litres. Les hydrocarbures sont ensuite conditionnés en fûts et bidons

En 1939, le dépôt de carburants et les bureaux sont construits à La Souterraine sur une parcelle de 1 600 m² — Photo : Picoty

S’en est terminé du commerce de matériaux de construction. "En 1939, André Picoty fait inscrire au Registre de Commerce de Guéret produits pétrolifères et dérivés, explique-t-il, c’est comme cela que tout a commencé."

Le dirigeant arrêté par la Gestapo en 1944

Tout aurait pu s’arrêter le 19 juin 1940. Le dépôt et les bureaux de La Souterraine sont bombardés, deux cuves touchées. Hostile au régime de Vichy, André Picoty pratiquait le marché noir. "C’était un résistant de la première heure", assure son petit-fils. En août 1941, il est arrêté car il entreposait et distribuait de l’essence à la population. Pendant qu'il est interné au Fort Barraux (Isère), l’entreprise repose sur les épaules de sa femme Gabrielle et de Guy, 18 ans, trop jeune pour la seconder, la majorité étant à 21 ans. Qu’importe ! Une fausse carte d’identité fera l’affaire. Libéré trois mois après, l’entrepreneur approvisionnera discrètement la résistance et sera arrêté par la Gestapo en 1944. Guy s’engage à son tour dans la résistance.

Nouvelle trajectoire avec Avia

Station service Avia dans les années 1950 — Photo : Picoty

Dans les années 50, c’est un nouveau virage pour les firmes. Toutes intègrent la chaîne de traitement des carburants. Les indépendants comme Picoty doivent s’adapter mais le décès brutal d’André en 1953 laisse son fils aux commandes, épaulé par sa mère et ses deux filles. Il renonce à la marque Guyvoline et rejoint Avia, association suisse regroupant des distributeurs indépendants. Ce partenariat a permis à Picoty de bénéficier d’une notoriété accrue et d’une meilleure visibilité sur le marché. Guy Picoty présidera Avia France 23 ans à partir de 1963.

En 1969, Guy Picoty achète un dépôt à La Rochelle-Pallice qui sera agrandi 20 ans plus tard — Photo : Picoty

Pour soutenir sa croissance et booster ses capacités de stockage, le groupe acquiert le dépôt pétrolier de La Rochelle-Pallice en 1969. Une belle opportunité avant les chocs pétroliers des années 70. Cinq ans après, l’entreprise obtient le statut d’importateur de produits pétroliers. Le dépôt passe de 10 000 à 105 000 m³ pour atteindre 282 000 m³ aujourd'hui.

300 stations Avia dans l’Ouest

Sa première station-service d’autoroute ouvre à Havrincourt près de Cambrai en 1973. Au fil des décennies, le réseau va s’étendre. Picoty exploite aujourd’hui 300 stations Avia sur l’ouest du pays. "En 2001, nous avons investi 50 millions pour racheter des stations Total dont certaines sur autoroute suite à un abus de position dominante de Total après le rachat de Fina et Elf, plus des stations Shell et BP entre 2003 et 2007 indique Michel Picoty. Nous avions pris alors 20 % du dépôt pétrolier de Lorient."

Le groupe Picoty gère 282 000 m3 de pétrole sur le site de stockage de La Rochelle — Photo : Picoty

Vers les énergies décarbonées

Dans les années 2000, le groupe prend le virage de la transition énergétique commercialisant du bioéthanol, du gaz naturel en 2014, de l’hydrogène avec une première station ouverte en Vendée en 2023 et de l’électricité en déployant son réseau de bornes de rechargement pour répondre à la demande croissante d’alternatives écologiques et durables. Un mix énergétique décarboné qui progresse lentement.

Inaugurée le 30 septembre, la station hydrogène vert Avia de Maché, en Vendée, est l’une des plus importantes de France en termes de capacité — Photo : Picoty

"Les alternatives bas carbone représentaient 8 % en volume en 2022, l’objectif est fixé à 35 % en 2030 " annonce Caroline Schildt directrice de la transition depuis quatre ans. En début d’année, nous avons lancé Picoty Solaire (qui déploie des centrales solaires photovoltaïques et pour lequel Pictoy a signé des partenariats comme avec le vendéen Akena, NDLR). Nous voulons proposer un panel plus large et décarboné au maximum pour consommer moins et mieux." La transmission générationnelle est aussi au cœur du groupe qui a toujours compté sur ses forces vives. C’est le cas de Mathias Schildt, directeur général depuis un an, neveu de Michel Picoty et frère de Caroline. Une tradition familiale qui carbure toujours à l’indépendance et l’innovation.

De l'ESS dans les stations d'autoroute

Dernière innovation en date, bien loin de la toute première activité de Picoty et dans la lignée de transition énergétique et écologique, Picoty va doter début 2026 une première station-service de légumes frais en circuit court sur l'A19. "Nous avons signé un partenariat avec une association de réinsertion qui cultivera un jardin attenant à la station, de l'ESS en somme. Les produits frais seront vendus dans la station en direct et cuisinés pour les services de restauration, explique Michel Picoty. C'est très original", et appelé à être reproduit dans d'autres points autoroutiers.

En avril 2022, le dépôt historique de La Souterraine est démantelé laissant la porte ouverte à de futurs projets — Photo : Picoty

En chiffres

2,4 milliards d’euros

C’est le chiffre d’affaires du groupe Picoty en 2023.

1 230

C’est le nombre de salariés au sein du groupe dont 150 en poste au siège social de La Souterraine.

300

C’est le nombre de stations-service Avia gérées Picoty sur l’ouest de la France sur les 800 en service dans l’Hexagone.

100 %

Le capital de la société est détenu à 100 % par la famille Picoty : cinq cousins sont salariés et plusieurs membres de la famille actionnaires.

30

C’est le nombre de filiales (distribution de produits pétroliers granulés bois, maintenance chauffage, nettoyage cuves, collecte d’huiles alimentaires usagées, informatique (Gamac)… )

Frise

1922

Le 27 septembre, André Picoty âgé de 24 ans rachète à La Souterraine le fonds de commerce de matériaux de construction créé par son père. Son fils Guy naît la même année.

1933

Il se lance dans la publicité et dépose les marques Guyvoline, Guyvolux et Cuyvogaz et Guyvobenz. Ses camions seront siglés 2 ans plus tard.

1953

André Picoty décède, son fils Guy lui succède, il rejoint l’Association des Indépendants du Pétrole, certains se regroupant sous la marque Avia.

1969

Avec l’achat du dépôt pétrolier de La Rochelle-Pallice, la capacité de stockage passe de 10 000 à 105 000 m³. Des installations modernes sont mises en place.

2001

Picoty acquiert 85 stations-service Total sur autoroute puis 66 Shell hors autoroutes en 2003 et 2007 ce qui va augmenter sa visibilité.

2022

Pour les 100 ans de la société, le dépôt historique de La Souterraine est démantelé. La nouvelle génération étudie déjà de nouveaux projets.

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