David Bray, dirigeant de l’entreprise familiale Transports Bray à Méricourt (Pas-de-Calais), en est convaincu : il est indispensable de décarboner le transport routier. Et le camion électrique a toute sa place dans ce processus.
Objectif : zéro carburant fossile
Ce verdissement, David Bray en a fait l’un des quatre piliers de sa stratégie d’entreprise à horizon 2030. Cette année, cela se traduit par 6,5 millions d’euros d’investissement, dédiés à l’achat de 10 premiers camions électriques Mercedes et de 30 camions roulant au B100 (carburant réalisé à partir d’huile de colza, NDLR).
"Notre engagement est de ne plus utiliser une goutte de carburant fossile début 2027. Nos camions rouleront soit au B100, soit au XTL (carburant fait à partir d’huiles ou de graisses usagées, NDLR) ou à l’électrique", annonce le dirigeant de cette PME, qui compte 130 tracteurs, 200 semi-remorques et réalisait en 2024 un chiffre d’affaires de 22,5 millions d’euros, avec 200 salariés.
Un surcoût absorbable
Le premier camion électrique rejoint la flotte en juillet. Les suivants seront intégrés "au rythme d’un ou deux par mois". Il s’agit de 40 tonnes, avec une autonomie de 450 à 550 km. Le coût ? David Bray évoque 290 000 euros l’unité, contre 100 000 euros pour un camion diesel classique et 105 000 pour un camion diesel adapté au B100. "Pour le XTL, aucune adaptation du moteur diesel n’est nécessaire", note le dirigeant.
"Plus on roule, plus on écrase le coût au kilomètre, qui est moins cher de quelques centimes en électrique, face au diesel".
Selon lui, il y a des solutions à cet écart de prix, comme "une aide de l’État de 60 000 euros à l’acquisition et aussi un avantage fiscal, à condition de générer du résultat". L’enveloppe globale étant financée par emprunt, la PME a aussi profité des taux bonifiés des banques pour investissement vert. Enfin, l’électrique est moins cher à l’usage : "plus on roule, plus on écrase le coût au kilomètre, qui est moins cher de quelques centimes en électrique, face au diesel".
Tirer profit de l’expérience
Les contraintes, David Bray en voit peu. "L’expérience prouve que ça marche. Cela fait 7 ans que nous utilisons des camions au gaz, ayant eux aussi moins d’autonomie". Les camions électriques viendront remplacer cette flotte au gaz d’ici deux ans. "Il y a davantage de stations de recharge disponibles en électrique qu’au gaz. Et la technologie est plus fiable", plaide le dirigeant.
"Pour la première fois dans l’histoire du transport, l’électrique permet de faire rouler les camions avec une énergie produite sur place".
Le site de Méricourt va aussi accueillir une station de recharge électrique et envisage de se doter d’ombrières photovoltaïques. "Le camion électrique est rentable quand on le recharge la nuit, en heures creuses. Et pour la première fois dans l’histoire du transport, l’électrique permet de faire rouler les camions avec une énergie produite sur place".
Une question de positionnement
Pour le dirigeant, le succès de la décarbonation est aussi une question de positionnement. "Des entreprises comme Leroy Merlin veulent réduire leur bilan carbone par le transport. Nous voulons figurer parmi les 2 ou 3 acteurs référents qu’elles solliciteront. Nous ne pouvons pas bâtir une stratégie avec des clients qui cherchent juste un prix, car ils sont peu fidèles".
Chaque type de carburant aura un rôle à jouer : l’électrique est parfait pour des trajets réguliers, avec une charge de moins de 20 tonnes. Le B100 est fait pour les trajets demandant autant de souplesse que le diesel, la contrainte étant un entretien plus important des moteurs. Et le XTL le complète : un peu plus cher au litre que le B100, il exige moins d’entretien.