Michel Dessus : L'agriculture azuréenne en bandoulière

Michel Dessus : L'agriculture azuréenne en bandoulière

Horticulteur à La Gaude, le président de la chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes cumule les dossiers sensibles: lancement d'Eco-Vallée, déplacement du Min, énergies renouvelables... Et donne l'exemple en convertissant son outil de travail à la filière bois.

Il a cette bonhomie dans le regard, l'air mi-bourru mi-placide, qui fait souvent le propre des hommes de la terre. Mais il suffit de gratter un peu pour trouver sous le vernis une sensibilité à fleur de peau. Michel Dessus a du caractère. Son entrée dans la vie publique, cet horticulteur azuréen l'a d'ailleurs faite le jour où «j'ai pété les plombs et décidé d'organiser une manif' pour tout bloquer» comme il le raconte lui-même. Un coup de sang en pleine flambée des cours de l'énergie, qui marqua d'ailleurs un tournant dans sa vie syndicale.




La découverte du hors-sol






en Hollande

Retour en arrière. Début des années 80, le jeune Michel, fils d'horticulteur, veut devenir carrossier. Oui, mais sur les coteaux de la plaine du Var, la famille a besoin de bras à l'exploitation, et il n'est pas question de «laisser disparaître cet outil travail». Notre Niçois passe donc son brevet d'études professionnelles agricoles au lycée horticole d'Antibes et vient prêter main-forte à ses parents. À 25 ans, Michel Dessus prend la suite de son père... et passe à la vitesse supérieure. «En un peu plus de 3 ans, j'ai repris 2.400m² de terrain aux alentours et créé de nouvelles serres sur une surface totale de 4.000m².» Le tout en recentrant sa production sur les gerberas. L'an 2000 marque un tournant technique: «Je suis parti en Hollande voir comment ils travaillaient là-bas. J'ai découvert la culture hors-sol que j'ai développée sur mon exploitation en 4 ans... Et installé des systèmes simples: goutte à goutte et chauffage des serres au fioul.» Un combustible dont les prix explosent en ce début de millénaire. «J'ai fini par en avoir ras-le-bol: j'ai pris mon téléphone et appelé le président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) dont je suis membre». Joseph Trastour lui confie du coup le dossier de l'énergie... qu'il fera avancer en bloquant la circulation «sept heures durant» devant la préfecture des Alpes-Maritimes. «Je revendiquais un prix spécifique de l'énergie pour les serristes.» L'horticulteur de La Gaude obtient gain de cause auprès du ministère. Une victoire à «l'effet déclencheur»: «J'ai trouvé ce chantier passionnant». En 2002, il prend dans la foulée la tête de la FDSEA du 06, avant de briguer quatre ans plus tard la présidence de la chambre d'agriculture. «La liste que je menais affrontait quatre concurrents mais s'est fait élire à 48% des voix.»




Président de la chambre d'agriculture en 2006

Commence alors un mandat de six ans, «pour relancer l'agriculture départementale et mettre en place un suivi technique performant». Les "gros dossiers" ne manquent pas sur son bureau: mise en place de l'opération d'intérêt national dans la plaine du Var (rebaptisée Eco-Vallée), projet de déplacement du Marché d'intérêt national (Min), utilisation des énergies renouvelables... «Je ne cherche pas à garder à tout prix un maximum de terres agricoles dans l'Eco-Vallée» détaille Michel Dessus. «Il faudra mettre en place 2 à 3 pôles agricoles spécifiques, mais il ne servira à rien de garder des friches juste pour garder du terrain!» Le combat syndical se situe plutôt du côté du prix du foncier... «A quel prix seront achetées les terres des zones préemptées? Voilà l'enjeu!» Et face au projet du déplacement du Min sur la zone de la Baronne, cher au conseil général, l'élu semble sceptique: «Il faudrait d'abord savoir de quel outil nous avons besoin et essayer de le restructurer sur place!» Reste le dossier "énergie". Sur ce front, Michel Dessus a décidé de montrer l'exemple: une nouvelle chaudière à bois d'un coût de 208.000 € chauffe depuis cet hiver ses serres de gerberas. «J'ouvre mes portes à n'importe quel agriculteur qui souhaite voir le résultat!» Avec en ligne de mire «toujours l'intérêt général». «C'est passionnant, mais pas simple... Quand quelque chose ne va pas, qu'un confrère râle, ça fait mal et ça blesse. Les politiques ont de la distance avec ce genre de choses, mais moi, je n'en suis pas un.» Un homme solide mais sensible, vous a-t-on dit.