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Maison Lelièvre se rêve en "Hermès" de la décoration d’intérieur
Loire # Textile et mode # Investissement industriel

Maison Lelièvre se rêve en "Hermès" de la décoration d’intérieur

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Éditeur de tissus d’ameublement devenu fabricant de tissus de décoration haut de gamme, la plus que centenaire Maison Lelièvre compte sur son nouvel actionnaire de référence, C4 Industries, pour poursuivre sa success story. En ligne de mire un élargissement de son offre, des investissements dans son outil de production et dans son développement commercial à l’international pour devenir un acteur de poids de l’art de vivre à la française.

Emmanuel Lelièvre entouré de son père Paul et de Pascal Cagni, le nouvel actionnaire majoritaire du groupe — Photo : Lelièvre

La Maison Lelièvre (140 salariés ; 20 M€ de CA) est un créateur et fabricant de tissus d’ameublement, revêtements muraux et tapis sur-mesure. Elle a ouvert récemment un nouveau chapitre de son histoire avec l’entrée à son capital de Pascal Cagni, fondateur de C4 industries, un véhicule d’investissement qui jusque-là était plutôt présent dans la tech (participations dans plus de 50 start-up dont 9 licornes).

Ancien vice-président et directeur général d’Apple entre 2000 et 2012 pour la zone EMEIA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), recruté par Steve Jobs lui-même, Pascal Cagni a pris le contrôle de l’éditeur et fabricant de tissus pour l’ameublement et la décoration d’intérieur, dont la manufacture est basée à Panissières (30 salariés), dans la Loire. Son expertise et ses ressources financières devraient permettre à la plus que centenaire Maison Lelièvre de franchir une nouvelle étape dans son développement.

Maison Lelièvre fabrique 40 % de ses tissus dans sa manufacture à Panissières, dans la Loire — Photo : Thomas Garnier

Entre 5 et 10 millions d’euros d’investissement programmés

"Avec Pascal Cagni, nous partageons la même volonté d’élargir le spectre de nos activités et notre offre en matière de décoration d’intérieur, précise Emmanuel Lelièvre, arrière-petit-fils du fondateur et actuel directeur général du groupe. Cela peut-être du mobilier, de la passementerie ou autre chose. L’idée, c’est de créer une plateforme autour de l’art de vivre à la française. Tous les métiers qui ont un savoir-faire ancestral et qui pourraient avoir des synergies avec Lelièvre seront étudiés."

À l’affût de potentielles opérations de croissance externe pour élargir l’offre de sa nouvelle acquisition, Pascal Cagni a prévu d’investir "entre 5 et 10 millions d’euros" pour étoffer et moderniser l’outil industriel de la manufacture de tissage de Panissières et pour accélérer le développement commercial de la Maison Lelièvre à l’international. "Nous disposons pour l’heure de 5 showrooms en propre à Paris, Londres, Düsseldorf, Milan et Dubaï. Nous avons besoin d’aller au-delà de cette présence très européenne en ciblant les marchés porteurs que sont l’Asie, les États-Unis et l’Amérique du Nord. On va étudier les opportunités, en propre ou avec des partenaires, pour développer notre présence à l’international", confie Emmanuel Lelièvre. L’enveloppe d’investissement devrait aussi permettre de moderniser la plateforme logistique du groupe, basée à Compiègne.

Maison Lelièvre est labellisée depuis 2006 Entreprise du Patrimoine Vivant — Photo : Thomas Garnier

Un avenir à la Hermès et Chanel ?

L’objectif final ? Permettre à la Maison Lelièvre de doubler son chiffre d’affaires, actuellement de 20 millions d’euros, à horizon 6 ans. "Dans notre industrie de la décoration d’intérieur, et contrairement à la mode où des grands groupes comme Chanel ou Hermès se sont formés, nous restons un tout petit acteur. Nous avons besoin d’atteindre une taille critique pour nous implanter partout dans le monde. Il en va aussi du maintien des savoir-faire à la française. On le voit avec les petits ateliers de tissages autour de notre manufacture à Panissières. Soit ils ont été repris par Chanel ou Hermès, soit ils ont disparu", argumente Emmanuel Lelièvre.

Maison Lelièvre s’est ouvert au fil du temps à la décoration d’intérieur — Photo : alexandre tabaste

De l’ambition, la Maison Lelièvre n’en manque pas et n’en a jamais manqué. Et c’est pierre après pierre, que l’entreprise familiale a su bâtir sa success story pour devenir une maison reconnue pour ses tissus haut de gamme. Entreprise du Patrimoine Vivant depuis 2006, la Maison Lelièvre, dont les produits ornent les plus grands châteaux en France et en Europe (dont le château de Versailles), est même devenue, le 1er juillet 2024, la 95e maison de luxe du Comité Colbert.

Maison Lelièvre intervient aussi dans les tissus à destination des revêtements muraux — Photo : Maison Souquet

De l’édition de tissus au tissage

Cette reconnaissance, la Maison Lelièvre la doit au travail mené pendant plus d’un siècle par 4 générations qui ont permis de faire évoluer l’entreprise du statut de simple éditeur à celui de fabricant.

Fondée le 1er juillet 1914 à Paris par Henri Lelièvre, la PME familiale a démarré son activité comme éditeur de tissus d’ameublement. "Maison Lelièvre est née du rachat par mon arrière-grand-père de la Maison Piquée et Logerot, qui était spécialisée dans le velours (de mohair, de laine, de coton, de lin). Il a créé la société Lelièvre qui était installée à l’époque au 36 rue des Petits Champs à Paris", relate Emmanuel Lelièvre.

Renommée pour la qualité de ses tissus, la Maison Lelièvre reçoit en 1922 la médaille de bronze du commerce lors de l’exposition française d’Amsterdam. En 1935, Madeleine Lelièvre prend la tête de l’entreprise suite au décès prématuré de son mari. Elle la confiera en 1942 à son fils Paul, qui crée le velours de soie. En 1944, l’entreprise emploie 6 salariés et génère 2 millions de francs de chiffre d’affaires.

En 1970, le grand-père d’Emmanuel Lelièvre élargit l’offre de produits en reprenant Victor Coates, Maison créée en 1927 et spécialisée dans les imprimés au goût anglais. Deux ans plus tard, son fils Patrick - le père de l’actuel directeur général - le rejoint pour manager l’entreprise. "Ensemble, ils ont permis à l’entreprise de prendre un premier virage majeur en reprenant en 1973 le tisseur et éditeur Quenin, qui était implanté à Panissières. Ce soyeux lyonnais avait été créé en 1865. Il faisait des tissus jacquard pour l’ameublement et un peu pour la mode. C’est de cet outil industriel que nous avons hérité et c’est d’ailleurs là-bas qu’est toujours installée notre manufacture", relate le dirigeant.

Reprise de Tassinari & Chatel

En 1997, Maison Lelièvre reprend Tassinari & Chatel, le plus ancien soyeux lyonnais, créé en 1860 — Photo : J.GUIOT

Ce changement de statut permet à la Maison Lelièvre de connaître une ascension fulgurante. En 1994, l’entreprise familiale emploie 180 salariés et réalise 165 millions de francs de chiffre d’affaires. Trois ans plus tard, elle acquiert un des fleurons du textile français, Tassinari & Chatel, le plus ancien soyeux lyonnais (créer en 1860). "Pendant de nombreuses années, nous avons donc eu deux ateliers de tissage distinct : un à Panissières et l’autre à Fontaines-sur-Saône avant de rassembler les deux ateliers à Panissières en 2008. Ces deux acquisitions nous ont fait basculer dans la production et nous ont permis de devenir l’un des rares éditeurs en Europe à avoir cette double caquette. Ce qui nous confère une très grande indépendance puisque 40 % des tissus de notre catalogue sont produits en interne", explique Emmanuel Lelièvre.

Et d’ajouter : "Nous n’avons pas tous les savoir-faire en interne. Nous ne pouvons pas faire de voilages, de grandes largeurs ou de grands volumes par exemple". Des compétences qui seront peut-être intégrées dans le futur, au gré de nouvelles acquisitions…

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