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L’Union Européenne adopte des surtaxes jusqu’à 35 % pour les voitures électriques importées de Chine
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L’Union Européenne adopte des surtaxes jusqu’à 35 % pour les voitures électriques importées de Chine

La Commission européenne a institué le mardi 29 octobre une nouvelle taxe sur les véhicules électriques fabriqués en Chine et importés sur le marché européen. S’élevant de 7,8 % à 35,3 %, selon les marques, l’UE la considère nécessaire pour rééquilibrer une concurrence jugée déloyale. Elle craint que la Chine, devenue en quelques années le leader mondial de l’électrique, mette en péril l’industrie européenne, déjà fragile.

Une voiture électrique sur dix vendue en Europe est chinoise — Photo : Pexels

Les voitures électriques chinoises vont être taxées à la frontière de l’Europe. La décision émane au terme d’une enquête approfondie de plus d’un an de l’Union Européenne. Celle-ci assure dans son règlement adopté le mardi 29 octobre, qu’une "augmentation substantielle des importations à bas prix faisant l’objet de subventions constituerait une menace de préjudice imminente pour une industrie de l’Union déjà vulnérable". Après avoir échangé avec plusieurs constructeurs automobiles, elle a dévoilé le montant de ses nouvelles taxes, qui s’appliquent dès ce 31 octobre. Pour BYD, ces droits de douane s’élèvent à 17 %, pour Geely, à 18,8 %, SAID, 35,3 %, et Tesla, 7,8 %. Les autres constructeurs ayant coopéré avec la Commission Européenne sont taxés à 20,7 % (Chery, BMW, par exemple), tandis que les autres sont taxés au plus fort, à 35,3 %. Ces droits de douane s’ajoutent à une taxe déjà en vigueur de 10 % pour tous les véhicules importés dans l’UE.

La Chine, leader mondial de la voiture électrique

Une voiture électrique sur dix vendue sur le marché européen est importée de Chine, selon les données du cabinet d’analyse indépendant allemand Schmidt Automotive Research. Moins chères, choix plus large de modèles, les voitures chinoises séduisent les consommateurs européens. Il faut dire que leurs entrées de gamme s’élèvent à 20 000 euros, contre 40 000 euros pour les modèles européens. Une différence de prix qui s’expliquent en grande partie par les subventions massives que Pékin accorde aux constructeurs automobiles. Selon les dernières estimations de l’Institut de Kiel, l’État chinois subventionne son industrie automobile trois à neuf fois plus que les pays de l’OCDE. Entre 2018 et 2024, le constructeur chinois BYD a ainsi reçu plus de 2,8 milliards d’euros de subventions de la part de l’État.

Le secteur de l’électrique à la peine en 2024

Depuis le début de l’année 2024, les véhicules électriques représentent 13,1 % du marché européen, soit une légère baisse par rapport à 2023 (14 %), selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles. Le prix, 27 % plus cher que celui de leurs homologues thermiques, le manque de bornes électriques en France (129 525 en 2024), ou encore la faible autonomie des voitures, sont les principaux freins à l’achat.

Néanmoins, une étude du groupe Transport & Environnement publiée en septembre, estime que les ventes de véhicules électriques devraient bondir en Europe en 2025, "pour représenter entre 20 et 24 % de voitures neuves vendues en Europe". Le rapport évoque la nouvelle réglementation en vigueur sur la pollution et l’arrivée de nouveaux modèles de moins de 25 000 euros, pour expliquer cette croissance. Après avoir freiné sur le virage vers le 100 % électrique à partir de 2035, voté en 2022 par l’Union Européenne, les constructeurs automobiles s’adaptent tant bien que mal à la fin de la voiture thermique.

Des taxes attendues des constructeurs français

Les taxes sur les voitures électriques importées étaient demandées par les constructeurs français de longue date. "Il y a 10 % [de taxes] pour rentrer en Europe, mais 25 % pour aller sur le marché chinois", critiquait dès 2022, Carlos Tavares, directeur de Stellantis, sur France Info. "L’Union européenne prend une décision cruciale pour la protection et la défense de nos intérêts commerciaux, à l’heure où notre industrie automobile a plus que jamais besoin de notre soutien", s’est félicité le ministre français de l’Économie, Antoine Armand, le 29 octobre, dans une réaction transmise par son ministère.

La Commission européenne a instauré des taxes de 7,8 % à 35,3 % sur les automobiles électriques construites hors Europe — Photo : Getty Images

Les gouvernements prennent des mesures pour freiner les importations chinoises

Depuis le 27 septembre, les États-Unis appliquent des droits de douane de 100 % sur les importations de voitures électriques chinoises. Des taxes imposées également sur les panneaux solaires à hauteur de 50 % et aux batteries pour véhicules électriques à hauteur de 25 %.

En 2023, le gouvernement français a lancé un bonus de 5 000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique, majoré à 7 000 euros pour les ménages modestes (revenu fiscal inférieur ou égal à 15 400 euros par part fiscale). Les voitures fabriquées hors de l’Europe n’y sont plus éligibles depuis le 15 décembre 2023. Une mesure visant à stimuler l’achat des modèles français. Néanmoins, le projet de loi de finances pour 2025 présenté par le gouvernement prévoit de réduire les aides publiques pour l’achat de véhicules électriques de 1,5 à 1 milliard d’euros. Le bonus électrique devrait donc être revu à la baisse.

Christian Lindner, ministre allemand des Finances, craint une guerre commerciale avec la Chine — Photo : BMF / Photothek

L’Allemagne redoute une guerre commerciale avec la Chine

L’Allemagne et quatre autres pays (Hongrie, Slovaquie, Slovénie, Malte) de la Commission européenne ont voté contre la réglementation. Les États craignent des sanctions de la Chine sur l’importation des véhicules européens en retour. La Commission "ne doit pas déclencher de guerre commerciale", avait mis en garde le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, début octobre, lors des premières annonces.

La décision de l’UE pourrait être fatale à Volkswagen, qui a annoncé la fermeture de trois usines en Allemagne ces derniers jours et la suppression de dizaines de milliers d’emplois. Volkswagen est le troisième constructeur mondial de voitures électriques, avec 769 000 voitures vendues en 2023, derrière Tesla (18,8 millions) et Byd (1,5 million). Historiquement très présent sur le marché chinois, Volkswagen a vu sa part de marché diminuer au profit de BYD depuis trois ans.

La Chine se défend en retour avec des taxes sur l’alcool européen

Dès l’annonce des taxes, la Chine a saisi l’OMC, jugeant les mesures "protectionnistes". Pékin a également répliqué en instaurant des taxes sur le cognac français et les brandys européens, dès le début du mois d’octobre. Des constructeurs automobiles chinois sont en train de s’implanter en Europe, pour contourner les droits de douane. C’est le cas de BYD est en train qui a lancé la construction d’usines en Hongrie et en Turquie.

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