L’équipementier automobile Valeo confirme un virage sur le plan technologique, qui va impacter les emplois en France
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L’équipementier automobile Valeo confirme un virage sur le plan technologique, qui va impacter les emplois en France

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Sur la scène du Mondial de l’auto ou à l’extérieur du salon, les dirigeants et salariés de Valeo se sont exprimés sur l’année charnière que constitue 2024 pour le groupe français. Compétitivité chinoise, technologies de pointe et suppressions d’emplois sont les grandes lignes du virage engagé par l’un des principaux équipementiers automobiles mondiaux.

usine valeo — Photo : Longfin Media - stock.adobe.com - Marcin Golba

En marge du Mondial de l’auto à Paris, inquiétudes et incompréhensions dominent dans les rangs de l’équipementier Valeo. Syndicats et dirigeants ont chacun de leur côté profité de l’événement pour faire entendre leur voix. Des salariés encore dans l’incertitude de savoir si leur usine va fermer au directeur général du groupe qui juge que la politique européenne vis-à-vis des équipementiers du secteur automobile est inadaptée.

Des équipementiers automobiles peu protégés

A l'instar du patron de Stellantis Carlos Tavares hier, le DG de Valeo Christophe Périllat a ainsi critiqué le manque de pertinence des surtaxes européennes appliquées contre les importations de véhicules électriques chinois (qui varient de 17 % à 36 % selon les groupes). "Ce qui a été décidé par la Commission européenne, c’est finalement de protéger l’usine d’assemblage, de forcer les constructeurs chinois à s’établir en Europe. Mais avec des équipements venant d’où ? D’Europe, de Chine ? C’est une question à 13 millions d’emplois" — en référence aux emplois directs et indirects générés par le secteur automobile, soit au total 6 % des emplois de l’Union européenne.

Christophe Périllat serait plus favorable à un accord tel qu’il existe en Amérique du Nord et au Mexique, où un véhicule doit être composé à 75 % de pièces locales pour ne pas être surtaxé.

Une vision high-tech de la voiture

Ce 15 octobre, Christophe Périllat s’est voulu tout aussi offensif pour présenter sa vision de l’avenir du groupe parisien (110 000 salariés et 285 sites dans le monde ; 22,5 Md€ de CA attendus en 2024). Valeo veut devenir leader des capteurs pour les véhicules dans le monde. En particulier grâce à un partenariat avec Renault. Depuis sa nomination en 2022, le DG porte une stratégie résolument orientée vers les véhicules de demain, c'est-à-dire connectés, intelligents, autonomes... Une stratégie dans laquelle la voiture abordable pour "Monsieur Tout-le-Monde" semble une ambition d’un autre âge. Le dirigeant soulignant que "l’Europe a perdu 25 % de compétitivité par rapport à la Chine depuis le Covid". Un écart irrémédiable selon lui, dans la course au low-cost.

Vers un véhicule évolutif

Selon Christophe Périllat, ces capteurs démultipliés et plus aboutis sont un axe de sécurité et de confort. Ils seront aussi un moyen d’anticiper les besoins, et de s’y adapter. "Le Software-Defined Vehicle (SDV, technologies dans laquelle les fabricants voient les plus gros leviers de valeur, NDLR) est la promesse d’un véhicule qui peut être mis à jour, mis à niveau et personnalisé, tout au long de son cycle de vie. Vous pourrez ajouter ou supprimer des fonctions en fonction de vos besoins. Tout comme votre smartphone." Une révolution technologique portée par le patron qui nécessite "un changement collectif impliquant tout un écosystème".

Les craintes des salariés

Les salariés du groupe en savent quelque chose. Après avoir d’abord annoncé sa volonté de supprimer 235 postes en France en janvier, et 1 135 dans le monde, dans le cadre d’une fusion de divisions, Valeo a revu ses chiffres à la hausse : 1 300 salariés sont pour actuellement suspendus à une décision du groupe.

Cet été, trois sites ont été mis en vente dans les Yvelines, en Sarthe et en Isère. Un quatrième en septembre, dans le Calvados. "La différence du site de Caen-Mondeville avec les trois autres est que ce site n’est ni trop vieux ni déficitaire", déplorent les syndicats. L’intersyndicale du groupe s’inquiète aussi pour l’avenir des autres sites français. Le groupe emploie dans l'Hexagone 14 000 personnes, au sein de 23 sites de production et de 14 centres de R&D.

Réponse le 21 octobre ?

Ce mardi 15 octobre, les syndicats s’attendaient à libérer les salariés des trois premiers sites mis en vente, dont le préavis de trois mois minimum avant décision de fermer arrivait à échéance. C’est le cas du centre de R & D de La Verrière (Yvelines), et des sites de production de L’Isle-d’Abeau (Isère) et La Suze-sur-Sarthe (Sarthe).

Dans les Pays de la Loire, des dizaines de salariés ont débrayé trois fois dans la journée. Sept salariés attendent leur date de mobilité vers l’autre site sarthois de Sablé. Les 270 autres salariés restent dans l’incertitude. Mais en plein Mondial de l’auto, la direction semble avoir voulu reporter ces annonces au 21 octobre, en privilégiant la tenue d’un comité exceptionnel.

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