Si ce n’est une révolution, c’est à tout le moins un virage fort auquel on assiste, révélé par l’observatoire annuel de Commerce Équitable France. Première nouvelle de taille : les ventes de produits du commerce équitable (dont 78 % sont labellisés bio) décollent en 2024, après avoir stagné ou faiblement progressé depuis 2021. Elles grimpent de 25 % pour atteindre 2,65 milliards d’euros. Cette croissance contraste avec une consommation alimentaire atone estimée par l’Insee à 1,3 %.
"En 10 ans, les ventes de produits équitables ont été multipliées par cinq et nous sommes passés de 3 500 références produits à près de 15 000 aujourd’hui", indique Julie Maisonhaute, déléguée adjointe de Commerce Équitable France.
Origine France et produits internationaux à parts égales
Deuxième nouvelle : cette croissance est essentiellement due à l’accélération des ventes des produits français, qui ont monté en flèche l’an dernier (+ 65 %). Les produits de commerce équitable "origine France" (lait, fruits et légumes, céréales etc.) pèsent désormais autant, en valeur, que les produits tropicaux de commerce équitable (cacao, thé, café etc.) — respectivement 1,31 milliard d’euros et 1,34 milliard d’euros. L’économie française du commerce équitable est portée par environ 600 entreprises, essentiellement des PME. Elle concerne également 12 000 producteurs français réunis dans 100 organisations paysannes.
Les filières internationales de commerce équitable ont stagné en 2024 (+ 1 %). On note toutefois la forte progression du sucre (+ 42 %). Elles font vivre trois millions de familles.
Les effets positifs de la réglementation
Les filières françaises récoltent les fruits du travail de structuration sectorielle entamé depuis dix ans. Celle-ci a été rendue possible par une régulation française unique en Europe, analyse Commerce Équitable France. Les principes essentiels du commerce équitable sont inscrits dans la loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire de 2014. La loi climat de 2021 et la loi Egalim ont ensuite ajouté des leviers d’action. L’obligation pour la restauration publique d’offrir au moins 50 % d’alimentation durable dans les cantines explique ainsi la progression enregistrée par la restauration hors domicile. Hôtels, restaurants et RHD représentent désormais 15,5 % des ventes.
La moitié vendue en grandes surfaces
La grande distribution reste le principal diffuseur, et pèse pour 46,6 % des produits équitables vendus, en hausse par rapport à 2023 (43 %). Cette progression, portée par les filières équitables « made in France » participe à la montée en puissance de la notoriété de la démarche et accompagne son installation dans la consommation des Français, apprécie le collectif interprofessionnel.