Le commerce équitable "made in France" grignote des parts de marché. Avec une croissance de 75 % en 2024, le label Agri-Éthique vient de confirmer la pertinence d’un modèle ancré dans les territoires, structurant pour les filières agricoles et porteur de stabilité pour les consommateurs comme pour les marques.
Dans un contexte économique incertain, où les tensions géopolitiques fragilisent les circuits d’approvisionnement mondiaux, où le bio souffre, cette initiative française fait figure d’exception. Basé en Vendée, le label Agri-Éthique annonce en effet une année 2024 record, avec un chiffre d’affaires atteignant 911 millions d’euros, soit une progression de 75 % en un an.
Créé en 2013 par des agriculteurs, pour des agriculteurs, du côté de La Roche-sur-Yon, le premier label de commerce équitable français est en passe de franchir le milliard d’euros, et rivalise avec le chiffre d’affaires du commerce équitable Nord / Sud, lancé voilà plus de 30 ans.
Plus de mille produits et plus de 4 500 producteurs
Avec plus de 1 050 références produits, 48 filières certifiées et 4 620 producteurs engagés, Agri-Éthique incarne une forme d’équitable local, à la fois transparent, contractuel et porteur d’impact. "Chez Agri-Éthique, on ne parle pas seulement de consommation responsable, on parle de stabilité financière et de vision long terme, résume Ludovic Brindejonc, directeur du label. Nos contrats sécurisent les revenus, structurent les filières et permettent aux agriculteurs comme aux marques de se projeter."
Des contrats de trois ans et des racines vendéennes
Le cœur du modèle repose sur une contractualisation pluriannuelle entre les maillons d’une même filière, avec une durée minimale de trois ans. Aujourd’hui, la démarche s’est développée sur 48 filières découpées en 8 catégories : les céréales, les légumineuses, les fruits, les légumes, le lait, la viande, les œufs, le miel. Les prix de la matière première sont fixés à l’avance, à l’abri des fluctuations des marchés internationaux. Résultat : une sécurité pour les producteurs et une garantie pour les industriels et consommateurs. Cette stabilité a convaincu d’y adhérer plusieurs grandes marques françaises comme Brets, Labeyrie, le vendéen La Boulangère, ou encore la Coopérative de sel de Noirmoutier. La Cavac, coopérative vendéenne, a été à l’initiative de ce label, qui est aujourd’hui une filiale du groupe. Sa marque Biofournil est l’un des acteurs clés de la filière.
"Une filière durable commence par un cadre clair et équitable"
Depuis 12 ans, ce label se positionne comme un levier de transformation des filières agricoles : "Une filière ne peut pas être durable sans commerce équitable. On est en passe d’atteindre le milliard d’euros, preuve qu’un modèle équitable, clair et engagé peut devenir un standard", affirme Ludovic Brindejonc. Trois engagements forts structurent la démarche : souveraineté alimentaire, efficience économique et développement des territoires. "Une filière durable commence par un cadre clair et équitable, estime Ludovic Brindejonc. Agri-Éthique est devenue une réponse systémique aux enjeux de valeur, de production et de consommation." Dans les années à venir, Agri-Éthique entend changer d’échelle, en "élargissant son réseau de partenaires et en développant de nouvelles filières agroalimentaires". Qui grignotera, verra.