Sarthe
"L’IA offre des leviers aux PME pour gagner en efficacité, dans un contexte où les coûts explosent"
Interview Sarthe # Intelligence artificielle # PME

Simon Fouchet coprésident du Comex 40 au Medef Sarthe "L’IA offre des leviers aux PME pour gagner en efficacité, dans un contexte où les coûts explosent"

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Le Comex 40, la commission des dirigeants de moins de 40 ans, du Medef Sarthe a déployé l’initiative Cap IA sur l’année 2025. L’objectif est d’identifier, d’évaluer, de trier les solutions existantes en intelligence artificielle et d'en conseiller auprès des TPE et PME. Coprésident du Comex 40, Simon Fouchet fait un point d’étape et témoigne de son expérience en entreprise.

"Nous avons décidé de débroussailler les offres multiples en IA pour les entreprises". Simon Fouchet, coprésident du Comex 40 (commission jeunes) du Medef Sarthe, ici dans son hypermarché Carrefour au sud du Mans — Photo : Frédéric Gérard

L’intelligence artificielle (IA) est l’un des sujets incontournables du moment. En Sarthe, pourquoi le Comex 40 — la commission des dirigeants de moins de 40 ans du Medef — a voulu s’investir sur le sujet ? Et que comptez-vous apporter de plus au débat et aux réflexions des entreprises ?

Tout le monde en parle mais peu l’appliquent. L’idée n’est pas d’aller vers l’IA pour faire "start-up nation", mais de trouver les bonnes solutions à des besoins réels. Nous avons mis en place un groupe de travail et des ateliers avec des thématiques transversales sur le sujet, afin de mieux définir quand et comment les TPE et les PME pouvaient l’intégrer. Ces entreprises ne sont pas dimensionnées pour avoir un directeur de l’innovation, par exemple. Mais toutes ont des tâches chronophages et sans valeur ajoutée qui peuvent être effectuées par IA. Nous voulons débroussailler les offres en IA pour évaluer quels étaient la faisabilité et les gains d’efficacité les plus accessibles. L’idée est de présenter un paquet de solutions à nos adhérents à la fin de l’année 2025. Nous pourrons aussi les orienter vers les sociétés les plus à même de leur installer les outils adéquats pour leur secteur d’activité et leur modèle économique.

Sur quels points voyez-vous déjà que le recours à l’IA est facile et pertinent ?

L’IA offre des leviers pour gagner en efficacité dans un contexte économique où les coûts explosent. C’est par exemple le cas dans les fonctions administratives et les ressources humaines, ou pour gagner en efficacité dans la gestion commerciale et aller chercher du chiffre en prospection. Un entrepreneur peut aussi y gagner en confort de vie : un petit artisan qui est toute la journée sur ses chantiers et se rend chez des clients potentiels jusqu’à 20h le soir met souvent du temps à envoyer un devis. Avec l’IA, il pourrait le préremplir rapidement dès la sortie de son rendez-vous, comme il pourrait faire son point de fin de chantier en vocal que l’IA peut retranscrire dans un document écrit. Et je ne parle pas du temps gagné en comptabilité qui est souvent réalisée le week-end.

"Le point commun quelle que soit l’entreprise, c’est la charge administrative, qui prend du temps, avec des règles complexes et qui évoluent souvent. L’IA peut faire gagner du temps et éviter au maximum les erreurs."

Les applications peuvent-elles être les mêmes dans une TPE ou une grosse PME, tel un grand magasin, comme celui que vous dirigez ?

Un artisan, par exemple, n’aura sans doute pas besoin d’aller vers des outils aussi complexes que les nôtres : une application avec une IA pour automatiser la gestion des factures, des devis, des recouvrements et du suivi des chantiers lui suffira sans doute.

Personnellement, je suis à la tête d’un hypermarché Carrefour de 11 000 m2, qui emploie 250 salariés. Nos besoins sont évidemment plus complexes. Nous avons entre 60 000 et 70 000 références de produits en rayons et accueillons en moyenne 30 000 clients par semaine, et 40 000 pendant les fêtes de fin d’année et les 24 Heures du Mans — pendant lesquelles nous réalisons le même chiffre d’affaires qu’à la période de Noël (le magasin est situé près du circuit, au sud de la ville NDLR).

Pour la gestion des stocks, nous nous appuyons sur une application développée par Carrefour avec Google. Mais il faut encore gérer les factures et les RH, et une masse de documents, dont une bonne partie se fait encore sur papier dans nos métiers… Le point commun quel que soit le type d’entreprises, c’est la charge administrative, qui prend beaucoup de temps, avec des règles complexes et qui évoluent souvent. Donc l’humain ne peut pas suivre. L’IA peut lui faire gagner du temps et éviter au maximum les erreurs.

"Il faut commencer par les victoires faciles. Nous y allons petit à petit en intégrant le classement des dossiers, la simplification des mails, la mise en place des commandes vocales"

Concrètement, comment avez-vous intégré l’IA dans vos services ?

Nous sommes encore un peu en phase de tests avec une entreprise locale (Brain IA). Mais il faut aussi des entreprises qui puissent dire à la fin de l’année aux adhérents du Medef : voilà ce que j’ai expérimenté et qui peut vous servir. Nous avons créé une IA programmée en circuit fermé. C’est essentiel : nous avons des blocs (modalités et fonctionnalités d’un logiciel ou d’une application, NDLR) personnalisés pour gérer des tâches à partir des données de clients. Sur ce point, il faut faire attention à ne pas se faire aspirer des données sensibles par le développeur d’une IA, et à respecter la RGPD (réglementation française sur la protection des données).

Nous avons commencé par caler notre IA sur la comptabilité pure : l’objectif n’est pas de supprimer des emplois mais de générer de l’efficacité à chaque poste. À titre d’exemple, la facturation représente 35 heures de travail par semaine chez nous.

J’aimerais aussi utiliser l’IA pour nous amener à travailler de manière assez fine sur les prévisions de trésorerie. À terme, le but serait de passer 100 % des actes de comptabilité pure vers l’IA pour faire basculer les équipes uniquement sur la gestion, comme l’orientation des volumes et prix à négocier, qui est le cœur de notre métier.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres chefs d’entreprise qui tâtonnent ou ne savent pas par quel bout commencer ?

Il faut commencer par les victoires faciles. Nous y allons petit à petit en intégrant le classement des dossiers, la simplification des mails, la mise en place des commandes vocales. Entre parenthèses, la réalisation de procédures par le vocal permet à des collaborateurs qui ne sont pas forcément à l’aise avec la langue française mais qui ont d’autres compétences de prendre confiance à leur poste. C’est le cas dans mon entreprise de sécurité (SF Security, 50 salariés, créée en 2023, NDLR), que je possède par ailleurs, où certains agents avaient du mal à remplir des rapports ou des comptes rendus de mission par mails. L’IA leur facilite la tâche. En quittant leur poste, ils peuvent envoyer une note de situation retranscrite du vocal. Pour la sécurité comme pour la distribution, le facteur premier c’est l’humain. On commence donc à appliquer l’IA aux RH et à la gestion des paies. Il faut rassurer les gens en leur expliquant où on veut les emmener pour gagner du temps et de la valeur à leur poste.

La mise en place de l’IA n’est-elle pas accueillie différemment selon les générations, est-elle plus difficile à faire accepter par les salariés les plus expérimentés ?

Non, l’IA n’est pas un problème générationnel. J’ai même été assez surpris : les jeunes aujourd’hui sont tout le temps sur leur smartphone et les réseaux sociaux, qu’ils utilisent de plus en plus en faisant des vocaux, mais ils ne savent plus manipuler des outils informatiques comme Excel par exemple. À l’inverse, proposer de supprimer les tâches rébarbatives est bien accueilli quel que soit votre poste ou votre ancienneté. C’est le cas pour les mails par reconnaissance automatique de destinataire et le classement automatique des dossiers. Quand nous avons dématérialisé l’enregistrement des notes de frais — qui est une application clé en main, pas une IA développée en interne — cela a fait gagner deux heures de travail en comptabilité. Là, il n’y a pas d’âge pour y voir immédiatement l’intérêt.

Sarthe # Intelligence artificielle # PME # TPE # Transition numérique # Syndicats patronaux # Qualité de vie au travail