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L’hôtel Negresco, en chemin pour la vie de palace
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L’hôtel Negresco, en chemin pour la vie de palace

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Derrière les façades Belle Époque, le Negresco est une PME, l’un des rares grands hôtels français encore indépendants. Monument niçois illuminant la Promenade des Anglais depuis plus de 110 ans, il vit un nouvel élan grâce à une feuille de route impliquant un vaste programme de rénovation. Objectif : faire perdurer le rêve et le patrimoine, et obtenir au passage la certification Palace.

Véritable monument niçois, l’hôtel Negresco domine la Promenade des Anglais depuis 1913 — Photo : Olivia Oreggia

Étonnamment, le Negresco n’est pas un palace. Si dans l’œil du profane il en possède tous les attributs, il ne l’est pas au sens administratif, celui de la labellisation officielle délivrée par Atout France, l’agence de développement touristique du pays. Du moins pas encore car il y travaille ardemment.

Un chiffre d’affaires doublé

Pour l’heure, derrière sa façade Belle Époque fraîchement rénovée, le Negresco continue de faire briller ses 5 étoiles sur la Promenade des Anglais. Symbole de Nice et d’un art de vivre à la française, épicentre de villégiature pour les plus fortunés du monde depuis 110 ans, l’établissement se porte à nouveau au mieux, avec un taux d’occupation de 80 % en saison, 40 % en hiver.

Depuis 2019 et son arrivée à la direction générale, "nous avons multiplié le chiffre d’affaires (près de 40 millions d’euros en 2024, NDLR) par deux et sa rentabilité par cinq, précise Lionel Servant. Nous sommes au-delà des prévisions que nous nous étions imaginées dans notre feuille de route 2020-2030, de l’ordre de 10 à 15 % de plus."

Le Negresco est ouvert toute l’année et affiche un taux d’occupation variant de 40 à 80 % selon la saison — Photo : Olivia Oreggia

Rénover tout en conservant l’identité

De bons chiffres donc, fruits d’une stratégie et d’une feuille de route imaginée par Lionel Servant, amoureux des lieux et de son histoire, et qui semble animé d’une mission. "Mon projet, confie-t-il, est évidemment d’embellir et entretenir le patrimoine, tout en conservant l’identité et l’ADN que Madame Augier a créé en 50 ans de propriété, et qui en a fait une légende. Nous sommes là pour continuer. Je considère que nous sommes les héritiers. C’est le message que nous passons à nos collaborateurs."

Un héritage qui oblige donc chacun entre ces murs à livrer le meilleur, en toutes circonstances. Ils sont jusqu’à 270 collaborateurs en pleine saison, 234 à l’année, en CDI.

L’écrin, lui, ne cesse d’être magnifié. Pendant six mois, jusqu’à fin mai, ont été rénovés la façade, l’entrée de l’hôtel, de la coupole au rez-de-chaussée. "Nous avons enlevé 110 ans de couche de peinture." De concert bien sûr avec l’architecte des Bâtiments de France et la Direction régionale des Affaires culturelles, l’hôtel étant classé au titre des monuments historiques.

L’enseigne a quant à elle été réduite pour ne pas gêner la vue depuis les nouvelles terrasses privatives de 200 m2 au dernier étage.

Une nouvelle suite de 400 m2

Ce sixième niveau, autrefois appartement de Jeanne Augier, propriétaire des lieux décédée en 2019, vient d’être transformé en une suite de 400 m2. Comptez entre 15 000 et 30 000 euros la nuitée selon la saison. "Notre objectif est de contribuer au positionnement de notre belle maison, mais aussi de devenir un lieu d’exception où nos hôtes ultra-riches pourront séjourner, explique Lionel Servant. Ces derniers jours par exemple, nous avions un milliardaire indien qui a adoré l’hôtel. Ce type de client pourra acheter cette suite. Il est une certaine clientèle qui veut un minimum de mètres carrés. Jusqu’à présent la plus grande était de 140 m2. Ce pourra être une alternative à la location d’une villa en été."

La nouvelle suite d’exception du Negresco s’étend sur 400 m2 — Photo : Negresco

Peu à peu, chacune des chambres est également rénovée. Pas moins de 26 l’hiver dernier. Au total, 11 millions d’euros auront été investis dans les travaux cette année. Près de 10 millions d’euros l’an dernier qui a vu la création d’un spa de 700 m2. Une prochaine tranche sera menée l’hiver prochain.

Le rêve de grandeur d’un ancien maître d’hôtel roumain

Lorsque naît le Negresco sur cette parcelle de bord de mer, nous sommes en 1913. Il est le rêve de grandeur d’un ancien maître d’hôtel roumain, Henri Negrescu.

Le Negresco vers 1925, immortalisé par le photographe niçois Jean Giletta — Photo : Le Negresco

Il confie la conception de l’édifice à l’architecte d’origine néerlandaise Édouard-Jean Niermans à qui l’on doit, entre autres, l’hôtel du Palais à Biarritz, les transformations de l’hôtel de Paris à Monte-Carlo, la rénovation des Folies-Bergère, de l’Olympia ou la reconstruction du Moulin-Rouge à Paris.

Aux premiers jours de janvier, l’inauguration est grandiose, réunissant grandes fortunes et même de têtes couronnées.

Façades du Negresco en 2025 — Photo : Olivia Oreggia

Un passé d’hôpital militaire

Mais la fête sera de courte durée. Lorsque la Guerre éclate, l’établissement est réquisitionné comme hôpital militaire. Il ne s’en relèvera pas et sera cédé en 1920 à la Société des grands hôtels belges. Il sera alors amputé de la moitié de ses chambres transformées et vendues en appartements.

La rotonde du Negresco vers 1913. Un cliché pris par Jean Giletta — Photo : Archives Ville de Nice

Une seconde naissance avec Jeanne Augier

C’est finalement en 1957 que sa vie débutera vraiment lorsque le riche promoteur immobilier breton Jean-Baptiste Mesnage rachète le Negresco et le confie à sa fille, Jeanne Augier, qui présidera à ses destinées. "Quand je l’ai récupéré, il était au bord de la faillite", assure-t-elle alors.

La rotonde du Negresco en 2025 avec son lustre composé de 16 800 pièces de cristal Baccarat — Photo : Olivia Oreggia

Elle le transformera en un lieu unique : un hôtel d’art à la gloire de la création française. Elle rassemble quelque 6 000 œuvres d’art et de mobilier, visibles un peu partout dans le Negresco. On y trouve l’un des trois portraits originaux de Louis XIV, par Hyancinthe Rigaud, (les deux autres sont au Louvre et à Versailles), des tableaux de Cocteau, Picasso, Dali, Vasarely, un buste sculpté de Renoir, une Nana de Niki de Saint Phalle, une tapisserie de Léger. Difficile, si ce n’est impossible, de lui trouver un équivalent. Une singularité qui attirera les plus grands artistes internationaux et tous les chefs d’État de passage à Nice.

Le buste signé Renoir est une des 6 000 œuvres d’art du Negresco — Photo : Olivia Oreggia

Un Fonds de dotation actionnaire

En 2009, Jeanne Augier crée le Fonds de dotation Mesnage-Augier-Negresco (FDMAN), qui a pour mission d’aider les personnes en détresse, améliorer la condition de vie des personnes en situation de handicap, soulager la misère animale et participer activement à la préservation culturelle en France. Ce Fonds est aujourd’hui propriétaire du Negresco. Rares sont les grands hôtels à pouvoir se targuer d’être ainsi indépendants.

Pour Lionel Servant, "c’est une très grande fierté, que nous revendiquons. Et personnellement, je pense que c’est nous qui sommes dans le vrai. Nous répondons évidemment aux ententes et aux standards internationaux, mais avec une identité française. Nous la mettons en valeur." Et pour le chef d’entreprise, cette indépendance est aussi synonyme d’une certaine latitude. "Elle nous donne une agilité décisionnelle, un engagement total pour l’enchantement des clients. Nos actionnaires sont des amoureux du Negresco, donc nos dividendes servent au fonds de dotation pour qu’il mène des activités caritatives."

Bientôt un Palace ?

Une indépendance qui, on peut l’imaginer aisément, a dû attirer de nombreuses offres d’éventuels acquéreurs. Lionel Servant le concède, lorsqu’il est arrivé, les sollicitations étaient nombreuses. "Elles le sont moins aujourd’hui, parce que je pense que dans le monde de l’hôtellerie, on sait que le Negresco est stabilisé."

Quand toutes les rénovations seront achevées, le Negresco se portera candidat pour obtenir la distinction Palace, mais ce ne sera pas avant 2027. L’un des critères, nombreux, pour espérer être éligible est "le caractère unique de l’établissement". Une case dont il n’est aucun doute qu’elle soit cochée.

Nice # Hôtellerie # Tourisme # PME # Écosystème et Territoire # Investissement