Be Wtr n’a pas eu besoin de partir à la recherche de nouvelles sources d’eau naturelle dans la montagne. Où qu’elle installe ses usines, l’entreprise suisse a une source toute trouvée : l’eau du robinet.
À Nice, où elle vient d’ouvrir son deuxième site français de production après Paris en 2024, c’est en l’occurrence l’eau de la Régie d’Azur en provenance directe des sommets du Mercantour. Be Wtr (160 collaborateurs, dont 30 en France) a investi 600 000 euros dans cette "usine compacte" de 250 m2 à l’est de la ville.
Une douzaine de brevets
Mais comment imaginer vendre de l’eau du robinet ? "L’eau Be Wtr est ultra-filtrée, ce qui permet d’enlever la quasi-totalité, à 99,99 % de toutes les microparticules et microplastiques, explique Mike Hecker, son fondateur. Notre système permet d’activer l’eau qu’on met dans un vortex, avec un mouvement accéléré, avant d’amener de l’oxygène. C’est aujourd’hui la meilleure garantie d’avoir une eau la plus libre de tout polluant et la plus soyeuse."
La promesse est étayée par une douzaine de brevets et par les trois années de développement qui ont précédé le lancement du produit. L’équipe de R & D est installée en Suisse.
La bouteille d’eau proposée n’est donc pas une simple bouteille en verre. Consignée, livrée scellée, elle peut être utilisée jusqu’à 300 fois. Elle n’a donc pas d’étiquette mais une impression spécifique, sans produits nocifs, capable pour résister à autant de cycles de lavage et de désinfection. Le goulot est plus large pour être nettoyé de façon automatisée.
Le verre, particulièrement résistant, est quant à lui de qualité "extra-flint", utilisé dans la plupart des instruments d’optique. "Il fallait aussi trouver une technologie de scellage qui protège à la fois le consommateur et la bouteille qui va être réutilisée maintes fois, ajoute le dirigeant. Tous ces détails entrent en ligne de compte."
Du café de Nespresso à une véritable passion pour l’eau
Ingénieur alimentaire de formation, Mike Hecker a participé au début de l’aventure de la marque Nespresso dont il a été le premier directeur marketing, une activité passée "de zéro à près de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires avant que l’appel de l’entrepreneuriat" le pousse à cofonder la société de livraison d’eau Eden Springs (Château d’Eau en France, devenu Culligan).
"Je me suis dit qu’il fallait trouver une manière de sublimer l’eau de robinet"
"Cela a été un beau succès mais avec plus de 1000 camions qui circulaient pour livrer les bonbonnes à eau, je me suis rendu compte que j’étais aussi un pollueur. Étant un amoureux de la montagne, voyant le glacier qui s’effondre devant nous, je me suis dit qu’il fallait trouver une manière de sublimer l’eau de robinet. Et en appliquant un peu ce que j’ai appris chez Nespresso (le designer historique de Nespresso, Antoine Cahen, a collaboré au projet, NDLR), à savoir le développement produit, la technologie au service d’un produit, un goût amélioré. Le modèle Be WtR est né."
Produire et consommer en local
Un modèle durable donc. "Quand il y a une bouteille Be WtR sur la table, soit elle aura été embouteillée sur place si l’établissement est équipé sous son comptoir, d’un système que nous avons développé et qui intègre un filtre haute performance, soit elle l’a été dans un rayon de 10 ou 15 kilomètres, détaille Gautier Richard, directeur général Be WtR France. L’idée est de ne pas avoir une eau embouteillée à Nice et consommée à Bordeaux. C’est cette logique que nous dupliquons."
Des restaurants et hôtels haut de gamme déjà clients
La Côte d’Azur est ainsi un terrain de jeu idéal pour l’entreprise puisque sa clientèle est celle des restaurants et hôtels haut de gamme. Cinq établissements hôteliers du territoire sont les premiers clients, "engagés même un an avant l’ouverture de l’usine niçoise".
Les particuliers pourront aussi en bénéficier. Le système de filtration à installer chez soi est actuellement testé en Suisse.
Plus d’un million de bouteilles par an dans l’usine de Nice
S’il ne communique pas son chiffre d’affaires actuel, Be WtR vise les 100 millions d’euros à 2028. Dans les semaines à venir, de nouvelles usines ouvriront à Toronto et à Marrakech, mais aucune n’est pour l’heure prévue en France. "Cela se fera en fonction de la demande", précise ses dirigeants qui réfléchissent toutefois à implanter un site à Monaco pour alimenter directement les hôtels et palaces de la Principauté.
L’usine de Nice qui fonctionne pour l’heure avec 2 salariés, devrait rapidement étoffer son effectif jusqu’à 10 personnes, suivant le rythme de production. Sa capacité maximale est de plus d’un million de bouteilles par an. Un chiffre que l’entreprise espère atteindre dès la fin 2026.