La barre de La Belle-Iloise est bien tenue, en famille et toujours à Quiberon. Depuis 1932, date de la création de la conserverie de poissons, la famille Hilliet demeure aux commandes. C’est désormais et depuis 2011, Caroline Hilliet - Le Branchu qui préside l’entreprise créée par son grand-père Georges Hilliet. "Mon grand-père était un homme exigeant, un obsessionnel de la qualité. Il a ouvert le premier magasin en 1967 en s’affranchissant de la grande distribution. Mon père Bernard et mon oncle Georges fils ont développé le réseau de magasins en le portant à 96 boutiques. Ils ont aussi créé l’univers de marques", rappelle celle, qui modestement, dit souvent s’appuyer sur ce "socle de la qualité" et l’idée "d’agir en conscience."
L’indépendance de la distribution
"Mon grand-père venait d’une famille de pêcheurs et de mareyeurs. Son idée était de travailler du poisson frais et local." Nous sommes dans les années trente, Quiberon est alors l’un des plus grands ports sardiniers de France et la commune compte 14 conserveries.
L’usine prend place à Port-Maria face à l’océan. Georges Hilliet aménage un petit local, alors un vestiaire et le transforme en magasin. Quelques étagères, des conserves tout juste fabriquées à côté, le premier magasin de La Belle-Iloise voit le jour. Les années passent, les conserves se vendent en lots à prix d’usine. "Le lien direct avec les clients à qui on propose un produit de qualité, pour bien se nourrir : c’est ce qui nous anime dans ma famille."
Georges Hilliet est un précurseur dans son modèle de distribution mais aussi sur son cœur de métier. Après les conserves, il invente le premier tartinable de poisson. La crème de sardine au whisky. D’autres tartinables de poissons suivront. La Belle-Iloise se fait désormais, aussi, une place à l’apéritif.
Un réseau de magasins
Quand en 1972, deux des cinq fils de Georges Hilliet, Georges fils et Bernard reprennent les rênes de la société, ils mettront sur pied le réseau des boutiques sur le littoral breton. La conserverie est alors à l’étroit : elle s’installe à l’entrée de ville sur la zone de Plein Ouest. Il s’agit de son site de production actuel. "Après le départ à la retraite de mon oncle, mon père a poursuivi le développement du réseau en l’ouvrant au littoral français." La Belle-Iloise sort de ses bases historiques et se fait un nom en France. D’année en année, les recettes évoluent. Après la sardine et le thon blanc, le maquereau fait son entrée dans la gamme de conserves. Le végétal fait aussi une percée remarquée dans les recettes.
2011 sonne l’arrivée à la tête de l’entreprise de la troisième génération. Après cinq ans à se former au contact de son père et à connaître tous les métiers de la conserverie, Caroline Hilliet - Le Branchu reprend la société et imprime sa patte.
Une conserverie devenue ETI
Aujourd’hui, La Belle-Iloise est un nom, une gamme connue partout en France mais surtout une réussite bretonne, morbihannaise et quiberonnaise. La conserverie est devenue une ETI qui emploie de 350 à 650 salariés en pleine saison de la sardine et du maquereau. Elle réalise plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et compte 94 magasins avec les dernières ouvertures à Sarlat (Périgord) et Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Présidente du club ETI Bretagne, Caroline Hilliet - Le Branchu a structuré l’entreprise pour la tourner vers l’avenir tout en gardant ses traditions. "Il a fallu s’adapter pour garder la même qualité. Nous n’avons jamais abordé les choses dans un autre sens. J’ai accéléré sur les process industriels avec la mise en place du lean management. L’entreprise s’est aussi staffée", rappelle la dirigeante.
Deux à quatre millions d’euros investis chaque année dans l’outil
Les investissements demeurent aussi constants. Ils sont en moyenne de deux à quatre millions d’euros chaque année sur la partie industrielle. Des investissements sont en cours sur de nouvelles lignes de production pour emboîter des poissons en conserve. "Nous avons toujours du mal à recruter. Cela changera peu sur certains postes. Je préfère faire le pari d’améliorer la qualité de vie au travail de mes salariés et cela permet de gagner en productivité sur certaines opérations", confie Caroline Hilliet - Le Branchu.
Des marges réduites depuis deux ans
Aujourd’hui, La Belle-Iloise garde le cap malgré quelques vents contraires comme le dévoile la PDG : "Nous avons réduit nos marges ces deux dernières années. La raison ? En deux ans, nous avons enregistré une hausse de 25 % de nos coûts de fabrication. Il était inenvisageable de le répercuter et d’augmenter nos coûts de 25 %." En conséquence, c’est donc la rentabilité de l’entreprise qui a diminué. "C’est un choix, notre entreprise se porte bien," assure Caroline Hilliet - Le Branchu qui y voit surtout un épisode cyclique.
Une identité préservée
À 92 ans, La Belle-Iloise est bien conservée. Elle demeure fidèle à son identité et à ses racines. Son port d’attache est toujours Quiberon, avec les avantages et les inconvénients liés au fait de fabriquer au bout d’une presqu’île. "La Belle-Iloise, c’est à Quiberon et pas ailleurs", s’amuse à souligner Caroline Hilliet Le Branchu. Seule "petite entorse", sa plateforme logistique est implantée près de Vannes, à Saint-Avé, afin de faciliter les flux de transport. La Belle-Iloise demeure la conserverie de référence du sud Morbihan ; elle a d’ailleurs racheté, fin 2023, la Quiberonnaise, l’autre conserverie historique de la ville. "Nous avons repris la marque et les savoir-faire. Nous avons deux marques différentes et deux sociétés différentes. La Quiberonnaise vend ses produits dans un magasin à Quiberon et en GMS."
Des poissons frais et locaux
Si les matières premières sont les mêmes avec des approvisionnements locaux, le plus possible ou dans l’Hexagone, sur des espèces sauvages, non menacées, de saison, si les savoir-faire sont authentiques, le parallèle entre les deux conserveries s’arrête là. La Belle-Iloise commercialise ses produits en direct à 95 % : à 75 % dans ses boutiques, à 20 % via son site e-commerce et 5 % en BtoB comme dans des épiceries fines, Lafayette Gourmets, etc.
Les engagements, des leviers du quotidien
Gardienne des traditions, elle ouvre de nouveaux magasins notamment dans des villes. Discrète, elle s’anime sur les sujets sociétaux et environnementaux. La Belle-Iloise devient une entreprise à mission. Elle est aussi Iso 26 000. "Tous ces engagements guident aujourd’hui l’entreprise. Ils nous rendent agiles et enthousiastes."