Les éoliennes géantes d’EFGL s’apprêtent à flotter sur la mer Méditerranée
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Les éoliennes géantes d’EFGL s’apprêtent à flotter sur la mer Méditerranée

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Après dix ans de préparation, les trois Éoliennes flottantes du Golfe du Lion (EFGL) vont être mises en place en pleine mer à partir de juillet 2025. Ce projet de ferme pilote porté par Ocean Winds et la Banque des Territoires devrait entrer en production avant la fin d’année, marquant ainsi l’installation d’une filière de l’éolien flottant en Méditerranée.

Ocean Winds — Photo : Ocean Winds

Tout le printemps, les infrastructures portuaires de Port-La Nouvelle (Aude) ont été en effervescence. Deux chantiers s’y côtoient : celui des éoliennes d’Eolmed, portées par le groupe Qair, avec TotalEnergies et BW Ideol, et celui des Éoliennes flottantes du Golfe du Lion (EFGL) portées par Ocean Winds (actionnaire majoritaire) et la Banque des Territoires.

Mise en service des éoliennes en 2026

Sur place, 65 personnes s’activent. Le dernier des trois flotteurs géants d’EFGL destinés à constituer la future ferme éolienne est arrivé de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) le 24 juin. Le premier avait été accueilli le 13 mai. Une première éolienne a déjà été assemblée. Les autres vont suivre ces prochaines semaines. L’installation en pleine mer à 16 km des côtes de Leucate (Aude) et du Barcarès (Pyrénées-Orientales) devrait démarrer en juillet.

Fin 2023, l’ancrage du site en mer avait été réalisé, puis les câbles ont été posés par RTE en 2024. À la fin de l’été 2025, après les travaux de raccordement, plusieurs semaines de test seront nécessaires pour parvenir à une mise en service officielle d’ici la fin de l’année 2025, pour une exploitation prévue de 20 ans.

Dès la mi-juin, la première éolienne était montée, avant d'être déplacée pour être stockée le temps de monter les deux autres — Photo : Rémi Hagel

De l’électricité pour 50 000 personnes

C’est un chantier aux chiffres vertigineux : les éoliennes mesurent 186 mètres de haut, avec des pales de 80 mètres. Elles pèsent 500 tonnes. La ferme alimentera plus de 50 000 personnes en électricité. Son budget n’est pas communiqué.

Installé depuis fin 2023, le premier site pilote d’éolien flottant de France vient d’être mis en service ce 23 juin au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) : le projet Provence Grand Large, porté par le groupe EDF Power Solutions (ex-EDF Renouvelables), avec le canadien Enbridge. En Occitanie, le premier sera celui d’EFGL, qui sera suivi par celui d’Eolmed au large de Gruissan (Aude).

Les flotteurs utilisés par Ocean Winds ont été conçus par Principle Power, basé à Aix-en-Provence, et assemblés par Eiffage Metal, à Fos-sur-Mer. Ils ont été transférés à Port-La Nouvelle entre le 13 mai et le 24 juin — Photo : Ocean Winds

Les prémices de projets de grande ampleur

Ces trois fermes pilotes (parce que dotées d'un nombre limité d'éoliennes) sont issues de l’appel à projets lancé par l’État en 2015. Elles constituent une première marche de test en France pour accélérer la production, avec des projets de plus grande ampleur. La France ambitionne de produire 45 GW d’électricité éolienne en 2050, soit l’équivalent des besoins d’un quart de la population. Pour la Méditerranée, l’objectif est d’atteindre 5,8 GW. Les éoliennes de 10 MW d’EFGL seront les éoliennes flottantes les plus puissantes jamais installées en France (8,4 MW pour Provence Grand Large), dont la puissance ne sera donc "que" de 30 MW.

Déjà se profile l’étape suivante : Ocean Winds a emporté fin 2024 avec la Banque des Territoires l’appel d’offres n°06, de 250 MW. Pour l’opérateur, ce projet nommé Éoliennes flottantes d'Occitanie (EFLO) sera le premier projet commercial (c’est-à-dire non expérimental) d’éolien flottant en Méditerranée. Sa production répondra aux besoins énergétiques domestiques annuels de près de 500 000 personnes. Ocean Winds et la Banque des Territoires sont, en outre, préqualifiés pour l’appel d’offres n°09 visant l’extension d’EFLO, et espéré début 2026.

Les éoliennes construites par le Danois Vestas mesurent 186 mètres de haut, avec des pales de 80 mètres. La première éolienne a été assemblée sur son flotteur à Port-La Nouvelle. Les deux autres suivent — Photo : EFGL

Une coentreprise franco-portugaise

Ocean Winds ne part pas de zéro. Cette coentreprise a été créée en 2020 par deux géants du secteur énergétique : le français Engie (73,8 Md€ de CA 2024) et le portugais EDP Renewables, 4e acteur mondial de l’éolien (2 Md€ de CA 2024). Avec son siège à Madrid (Espagne), Ocean Winds emploie 600 personnes et conduit des projets dans le monde entier : Europe, États-Unis, Australie, Corée du Sud… En France, l’entreprise mène quatre projets, avec 90 collaborateurs : ses deux dossiers occitans (EFGL et EFLO), ainsi que deux sites d’éoliennes posées de 500 MW chacun, actuellement en construction en Vendée (pour fin 2025) et en Seine-Maritime (pour fin 2026).

L’expérience d’un site dans l’Atlantique depuis 5 ans

Pour l’éolien flottant, l’opérateur franco-portugais s’appuie sur l’expérience d’EDP Renewables, qui a mis en service un premier démonstrateur en mer de 2 MW, et depuis cinq ans, Ocean Winds opère Windfloat Atlantic, une ferme de trois éoliennes de 8,4 MW. En 2023, lors de la tempête Ciaran, la structure a fait ses preuves en résistant à des conditions météorologiques difficiles (forts vents, vagues de 22 mètres).

Une éolienne, puis trois, puis trois plus puissantes pour EFGL avant celles d’EFLO : "Nous avançons de façon itérative", commente Thomas Bordron, directeur du développement des projets EFGL et EFLO chez Ocean Winds.

"Le parc au Portugal est précieux pour nous, nous en tirons des enseignements". À chaque nouveau projet, la technologie connaît des améliorations. C’est notamment le cas des flotteurs conçus par Principle Power, entreprise franco-américaine, dont l’antenne française est basée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) : la première génération a équipé le démonstrateur Windfloat, la 2e génération la ferme Windfloat Atlantic, et la 3e génération a été mise au point pour EFGL. L’avantage de l’éolien flottant est qu’il permet de s’affranchir des limites de profondeur, ce qui est nécessaire avec les fonds méditerranéens (l’éolien posé peut difficilement s’envisager à plus de 70 mètres). EFGL sera ancré à 70 mètres de fond, EFLO à plus de 90 mètres, le projet en Corée à environ 250 mètres.

"EFGL conserve une taille réduite, mais nous avançons dans la structuration industrielle de l’éolien flottant", apprécie Thomas Bordron, responsable projet pour EFGL et EFLO — Photo : Ocean Winds

Des dizaines de sous-traitants

À l’instar de Principle Power, des dizaines d’entreprises sous-traitantes ont participé et participeront à cette nouvelle filière, aussi bien en Occitanie qu’en région Paca. L’assemblage des flotteurs a mobilisé 300 travailleurs sur les chantiers d’Eiffage Metal à Fos-sur-Mer (groupe : 1,3 Md de CA, 2 000 salariés). À terme, l’exploitation et la maintenance de la ferme emploieront une vingtaine de personnes : Ocean Winds vient d’en recruter six pour les flotteurs. Le danois Vestas assurera l’entretien des turbines qu’il fournit (également à EolMed). "EFGL conserve une taille réduite, mais nous avançons dans la structuration industrielle de l’éolien flottant", apprécie Thomas Bordron. Le projet EFLO devrait générer environ 5 millions d’heures de travail durant ses phases de développement et de construction.

L’ancrage d’une filière régionale

C’est avec cette intention de développer une filière que le Conseil régional d’Occitanie a investi dans les infrastructures de Port-la-Nouvelle. Il est devenu propriétaire du port en 2021, et confié la gouvernance portuaire à la société d’économie mixte à opération unique (Semop) Port-La Nouvelle, dont il est actionnaire aux côtés de la Banque des Territoires et de Nou Vela, un groupement d’actionnaires privés (majoritaire). Quelque 600 millions d’euros ont été injectés pour moderniser les infrastructures. Acteurs publics et privés ont avancé de concert : "La Région souhaitait donner un second souffle au port et parallèlement, la filière de l’éolien flottant se dessinait", raconte Thomas Bordron. "Nos travaux ont avancé concomitamment".

Une création de biodiversité en test

L’expérimentation de la ferme pilote ne concerne pas que la technologie. "Notre projet est aussi attendu pour améliorer les connaissances environnementales", expose le chef de projet. Avec 7 500 éoliennes maritimes posées implantées en Europe, la filière est déjà bien pourvue en connaissances. Toutefois, EFGL va initier une première mondiale pour l’éolien en mer flottant : elle a installé 32 modules Biohut® sur l’un des trois flotteurs. Ce sont des habitats artificiels jouant le rôle écologique de nurseries pour poissons et invertébrés marins, conçus et fabriqués en partenariat avec la société montpelliéraine Ecocéan (CA 2023 : 1,3 M€). "Nous allons pouvoir comparer, et voir si nos installations peuvent générer un développement de biodiversité, par l’effet récif".

Par ailleurs, l’avifaune sera surveillée : des balises ont été posées sur des oiseaux, un radar a été installé sur un flotteur et une quarantaine de caméras seront présentes près des rotors.

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