"Un état de santé préoccupant" marqué notamment par "une trésorerie dégradée, voire alarmante", des levées fonds "de plus en plus difficiles" : la conjoncture s’avère aujourd’hui complexe pour les start-up industrielles. C’est la conclusion d’une récente étude menée par Start Industrie, l’organisation professionnelle représentant les start-up et scale-up industrielles. Ces jeunes pousses sont pourtant l'un des grands espoirs de la politique de réindustrialisation de la France depuis la sortie du Covid.
60 % des start-up industrielles peinent à lever des fonds
"Les difficultés d’accès aux financements laissent présager des défaillances", indique Start Industrie. Plus de 60 % des entreprises sondées estiment en effet "avoir de grandes difficultés à lever des fonds", révèle le baromètre de cet organisme qui fédère plus de 2 500 start-up en France.
Autre indicateur marquant : plus d'une entreprise sur deux dispose de moins de six mois de trésorerie. Une sur cinq de moins de trois mois de trésorerie disponible… Aujourd'hui, plus de 50 % des jeunes pousses interrogées jugent leur niveau de santé global "moyen, voire mauvais ou très mauvais".
Certaines ont déjà mis un genou à terre. C’est le cas d’Ynsect. Cet emblème de la French Tech, qui élève et transforme des insectes dans une immense usine près d’Amiens (Somme), vient d’annoncer l’ouverture d’une procédure de sauvegarde.
Des conditions de financement durcies
La majorité des start-up répondantes constatent notamment que les conditions de financement se sont durcies ces derniers mois. Aucune entreprise du panel interroge n’observe d’amélioration récente dans ce domaine.
Des difficultés à se financer qui s’inscrivent dans une conjoncture plus vaste : celle des start-up de la French Tech au sens large, dont les levées de fonds ont récemment fondu. Avec un total de 9 milliards d’euros collectés l’an dernier soit 36 % de moins qu’en 2022 (14 milliards d’euros) et 18 % de moins qu’en 2021 (11 milliards d’euros à l’époque).
Les jeunes pousses doivent aussi s’adapter à des nouvelles exigences d’investisseurs parfois plus orientés vers la rentabilité. "Les investisseurs, en recherche de retours sur investissement très rapides, semblent se détourner de l’industrie qui nécessite des temps plus longs", indique en outre la synthèse de Start Industrie.
Des dirigeants paradoxalement très confiants
Paradoxalement, 69 % des entrepreneurs se disent confiants pour l’avenir de leur entreprise dans les 12 prochains mois, rapporte par ailleurs le baromètre… Plus confiant que dans la politique industrielle française (46 % des sondés se montrent pessimistes). "Les entrepreneurs s’interrogent sur la pérennité du soutien de la puissance publique dans un contexte de restrictions budgétaires et d’instabilité politique", rapporte encore l’organisation professionnelle.
Appel à l’État et aux investisseurs privés
Dans ce contexte, celle-ci en profite pour faire passer un message au gouvernement : "À l’occasion des débats actuels sur le projet de loi de finances, Start Industrie appelle au renforcement du statut de Jeune Entreprise Innovante, plutôt qu’à son détricotage, et à la sanctuarisation du Crédit d’impôt recherche, deux leviers clés pour l’émergence et le maintien d’une industrie compétitive et résiliente", insiste l’organisation.
Cofondateur de Start Industrie, Jean-Phillipe Thierry en appelle aussi aux investisseurs. "Il est indispensable de stimuler l’investissement privé afin de consolider une réindustrialisation durable en France", estime-t-il.