Préparer, former les futurs dirigeants à des notions de base de gestion, au monde administratif et financier, au jargon qui les attend pour leur éviter de sombrer quelques années plus tard. C’est le concept que défend l’Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine pour un métier "qui ne s’invente pas" et dans un contexte national de défaillances d’entreprises jamais vu. C’est ce contexte justement - illustré par les chiffres du tribunal de commerce de Bordeaux ce 21 janvier - qui fait dire à la présidente de l’Ordre qu'"il y a urgence".
Le déficit technique et managérial pointé par une étude
"Nous avons lancé l’étude de notre think tank Sofos sur les motifs de défaillances en avril 2024 pour défendre notre idée, données à l’appui, et démarcher des partenaires", explique Delphine Sabatey. Il en ressort que la conjoncture, les PGE, le post-Covid en général n’expliquent pas à eux seuls les records de défaillances. Présenté le 17 janvier, le compte rendu de l’étude "édifiante" selon les termes de l’Ordre conclut que les entrepreneurs français ne sont pas suffisamment armés. "Le déficit est important à la fois sur le plan technique mais encore plus d’un point de vue managérial sur l’ensemble des composantes de la gestion d’entreprise : recrutement, gestion financière et fiscale, marketing, achat et approvisionnement, commerce et export, organisation du capital, gouvernance."
Pour Delphine Sabatey, "il y a une méconnaissance voire un déni du chef d’entreprise qui n’a pas su identifier les premiers signes." Un défaut qu’elle attribue au fait que, "aujourd’hui on peut créer une entreprise sans jamais rencontrer quelqu’un. Or, un professionnel évalue la pertinence, contraint à prendre le temps de calculer sa rentabilité, etc."
Une formation obligatoire quel que soit le secteur
L’institut Sofos rappelle qu’en France, un entrepreneur sur quatre a moins de 30 ans et un sur cinq est autodidacte sans diplôme. Moins de la moitié est diplômée de l’enseignement supérieur.
L’OEC de Nouvelle-Aquitaine prône donc une formation obligatoire en préalable à toute immatriculation qui s’adresserait à tout entrepreneur - créateur ou repreneur - et tout secteur. "Personne n’est épargné, on a même assisté à des défaillances d’officine. On peut être un bon technicien mais un mauvais entrepreneur. Laisser penser qu’entreprendre est donné à tout le monde est extrêmement dangereux", affirme la présidente. Un dispositif similaire a été annoncé par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie au niveau national fin 2024. L’OEC-NA souhaite déjà se concentrer sur son territoire.
"On peut être un bon technicien mais un mauvais entrepreneur. Laisser penser qu’entreprendre est donné à tout le monde est extrêmement dangereux"
"Nous finalisons la modélisation. Nous allons solliciter le conseil régional, les chambres consulaires, etc." En pratique, il s’agirait de dispenser via "les chambres consulaires et des acteurs du territoire" des notions de développement commercial, marketing, stratégie, et par les experts-comptables les parties gestions, finances, trésorerie, systèmes d’information. "Ce serait très utile au futur entrepreneur de rencontrer un banquier, un comptable, un avocat, pour appréhender un nouveau milieu, tout comme l’apprentissage de la conduite requiert des heures de cours théoriques, des leçons pratiques et des mises en situation."
Si des formations existent, comme "Cinq jours pour entreprendre" à la CCI, "elles sont insuffisantes et facultatives", déplore Delphine Sabatey.
La question du financement
Quant à la question du financement, "c’est important qu’il y ait un reste à charge pour l’entrepreneur", estime la présidente. De la même manière que la formation autrefois obligatoire pour les artisans avant la loi Pact de 2019 était payante et à la charge du demandeur.