La mission première de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) est d’apporter des fonds à des créateurs d’entreprise qui n’ont pas accès au prêt bancaire. Vous avez prêté 11,7 millions d’euros en 2025 en Paca, mais vous n’êtes pas un simple financeur. Comment définiriez-vous votre rôle ?
Nous sommes un organisme qui cherche à lever les freins à l’entrepreneuriat et donc à donner accès au financement, par le microcrédit, parce que c’est le principal frein, en particulier pour les femmes. Mais on apporte aussi de l’écoute, des conseils, de la formation, pas seulement des outils techniques. On est là aussi pour redonner confiance. Pour donner des solutions à des publics qui n’en trouvent pas.
Vous proposez une douzaine d’actions à destination des femmes, cette semaine, dans le cadre de la deuxième édition d’une campagne nationale ciblée, pourquoi est-ce important ?
En 2025, les bénéficiaires de l’Adie Paca étaient à 49 % des femmes (soit près de 800 entrepreneures qui ont reçu 6 millions d’euros), contre 43 % en 2024 et 44 % au niveau national. On progresse et on est donc "presque" à égalité mais je ne m’en satisfais pas. Tout est dans le "presque". Il ne faut pas relâcher les efforts. On doit encore montrer aux femmes qu’elles peuvent entreprendre. Qu’elles peuvent être financées.
Pourquoi ont-elles plus de difficultés à entreprendre ?
Les femmes entreprennent avec moins de réseau et moins de confiance que les hommes. Ce qui les amène à demander moins de financement et donc à en obtenir un peu moins. On a encore un écart pour la région Paca avec des microcrédits de 6 000 euros en moyenne mais de 4 200 euros en moyenne si on se focalise sur les femmes.
Elles ont une plus grande aversion au risque et se font un peu moins aider puisqu’en moyenne 46 % des entrepreneuses n’ont pas accès à l’accompagnement, pour 38 % des entrepreneurs. Pourtant 90 % des femmes qu’on a financées ont réussi et sont épanouies. C’est source d’émancipation et de plaisir.
Beaucoup créent essentiellement leur propre emploi, combien vont au-delà ?
Au global, 10 % des entreprises qu’on finance changent ensuite de statut quand leur taille augmente. En moyenne, elles ont 2,7 salariés, mais c’est moins pour les entrepreneures qui se projettent moins sur la création d’emploi : 1,8 salarié.
L’Adie Paca a créé il y a un an et demi Le passage des femmes, dans votre agence d’Aix-en-Provence. Quelle est sa vocation ?
Le passage des femmes, c’est un concentré de ce qu’on essaye de faire. Ce sont des locaux de 100 m2, un espace de coworking où une dizaine de femmes peuvent venir travailler chaque jour, un lieu où elles ont pu participer à une trentaine d’ateliers, où elles peuvent se former, enrichir leur réseau. C’est un espace enfin en lien avec les associations du quartier qui agissent en faveur de l’insertion des femmes. En plus évidemment du financement et de l’accompagnement proposés. C’est une première expérience à l’Adie, au niveau national, mais ça pourrait être dupliqué.
Avez-vous d’autres dispositifs spécifiquement dédiés aux femmes ?
C’est plutôt une démarche spécifique. On sensibilise toutes nos équipes pour qu’elles connaissent les freins particulièrement forts chez les femmes, notamment leur tendance à minimiser leurs besoins de financement. Puis on va les chercher plutôt que de les attendre. On fait l’effort "d’aller vers", d’occuper le terrain, c’est dans notre ADN. Et on fait confiance, on dit "oui". Une jeune femme qu’on a financée et qui a créé un salon de beauté avait subi dix refus bancaires avant de venir nous voir. Elle a aujourd’hui 5 salariés. C’est un exemple inspirant.
Les témoignages sont précieux ?
Oui, parce qu’elles ont besoin de modèles. Les récits ont plus d’impact que des chiffres. Et tous les chefs d’entreprise peuvent jouer un rôle à nos côtés, en partageant leur expérience avec les personnes qu’on accompagne. Ou en étant mécènes comme le Fondaher, la Fondation l’Occitane ou la Banque Populaire, qui nous soutiennent. C’est important que les grandes entreprises et les toutes petites se serrent les coudes.