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Le sud-coréen Sias mise sur l’Alsace comme tête de pont pour la conquête de nouveaux marchés hors Asie
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Le sud-coréen Sias mise sur l’Alsace comme tête de pont pour la conquête de nouveaux marchés hors Asie

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L’entreprise agroalimentaire sud-coréenne Sias compte sur son nouveau site de production bas-rhinois de Wisches, hautement technologique et automatisé, pour conquérir les marchés européens, voire au-delà, avec ses recettes de nouilles instantanées.

Une fresque colorée augure le site alsacien de Sias qui fabrique des ramens coréens — Photo : Fabrice Voné

La fresque colorée qui s’étale sur le bâtiment administratif de l’usine Sias à Wisches (Bas-Rhin) illustre joliment la résurrection industrielle qui s’est opérée, en l’espace de trois ans, dans ce village de 2 000 habitants situé dans les hauteurs de la vallée de la Bruche. Réalisée par l’atelier d’art mural Métamorphoze (15 collaborateurs), établi à Illkirch-Graffenstaden, elle montre un personnage bondissant sur un fond rose, représentant Jin Chul Choi, fondateur de l’ETI agroalimentaire sud-coréenne qui emploie 450 salariés pour un chiffre d’affaires de 155 millions d’euros en 2024.

Un investissement initial de 28 millions d’euros

Sias a récemment inauguré son site de production à Wisches à la place de l’ancienne usine Delpierre qui produisait des filets de saumon — Photo : Fabrice Voné

Cette deuxième implantation de Sias en France, lancée en septembre 2025, après l’ouverture en 2022 d’une usine à Roye (Somme) qui fabrique des plats coréens surgelés, tourne définitivement la page de l’usine de saumons Delpierre, qui avait abandonné le site alsacien en septembre 2021, laissant 130 salariés sur le carreau.

À l’été 2022, Jin Chul Choi découvrait cette friche industrielle "à l’aide d’une lampe torche" en compagnie de Frank Becker, directeur général délégué de l’agence de développement économique d’Alsace (Adira), et d’Emmanuel Romary, ancien directeur de l’usine Delpierre. L’entrepreneur sud-coréen décidait aussitôt d’injecter 28 millions d’euros pour y installer une unité de fabrication de ramens à destination du marché européen ainsi que de ceux du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Une revanche pour de nombreux anciens de salariés de l’usine Delpierre

Sias dispose d’une usine hautement automatisée pour la fabrication de ses nouilles instantanées — Photo : Fabrice Voné

"La volonté du groupe est d’apporter des produits coréens au goût authentique", indique Patrick Hennion, directeur général de Sias Alsace, en allusion aux nouilles instantanées, conditionnées en bols et en sachets, et désormais produites à Wisches sous la responsabilité… d’Emmanuel Romary. "Quelque part c’est une belle histoire", glisse ce dernier qui a constitué une équipe d’une cinquantaine de collaborateurs où figurent de nombreux anciens salariés de Delpierre et des autres usines agroalimentaires qu’il a dirigées en Alsace (Pierre Schmidt, Stoeffler et Umiami).

Prouesse technique

"Ce fut également une prouesse technique d’être aujourd’hui opérationnel", poursuit-il. Ainsi 100 containers maritimes en provenance de Corée du Sud ont été nécessaires pour équiper et automatiser le site bas-rhinois de Sias en moins de trois mois par le biais d’une cinquantaine de techniciens asiatiques.

Entre 3 et 4 minutes pour produire une palette de ramens

Le site industriel de Sias à Wisches possède également une salle de contrôle qui lui permet de superviser tous ses process de fabrication — Photo : Fabrice Voné

Bénéficiant d’une subvention de 1 million d’euros de la Région Grand Est et d’une aide de l’État de 154 000 euros dans le cadre du fond de revitalisation, l’usine dispose de deux lignes de productions de près de 200 mètres de long. Elles comportent tout le processus de fabrication des ramens : intégration des matières premières (farine et amidon), mise en forme des nouilles, deux étapes de cuisson, refroidissement avant conditionnement, mise en cartons puis palettisation. Le tout dans un temps record oscillant entre trois et quatre minutes en fonction des contenants. Seuls les petits sachets d’épices et de petits légumes déshydratés sont conçus dans un espace à part.

L’usine alsacienne de Sias se distingue aussi par sa salle de contrôle, équipée de quinze écrans, qui supervise toutes les opérations de fabrication, les cadences et les multiples contrôles qualité à l’aide d’une centaine de caméras qui permettent d’assurer la sécurisation du site. Une petite cellule R & D a également vu le jour pour certifier les cinq premières recettes, avant d’autres, mises sur le marché.

Des ingrédients issus de l’agriculture régionale

Disposant d’une surface de 13 000 m2, l’usine de Wisches tourne pour l’heure à 50 % de son potentiel avec une seule équipe dédiée à la production. L’ETI sud-coréenne projette de doubler les effectifs actuels d’ici 2028 et songe déjà à l’ajout d’une troisième ligne de production. Mais la priorité demeure la commercialisation de ses ramens dans les secteurs de la restauration et dans les rayons "épicerie" et "produits du monde" de la grande distribution sous la marque Choi’s, spécialement créée pour le marché européen, et qui répond à une demande de plus en plus croissante en matière de "snacking".

"Le goût de la Corée fabriqué en Alsace"

Si l’objectif en termes de chiffre d’affaires reste "confidentiel" pour Patrick Hennion, Sias ambitionne de régner sur le Vieux Continent en s’appuyant sur le slogan "Le goût de la Corée fabriqué en Alsace". D’autant plus que la société mentionne y avoir trouvé des ingrédients de premier choix comme la farine et le blé. "On dispose d’une texture de nouilles extrêmement qualitative que l’on peut comparer aux pâtes al dente auprès des Italiens, argue le dirigeant. Il n’est pas impossible qu’on mette un jour en avant nos ramens alsaciens comme premium sur les marchés japonais et sud-coréens".

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