En déplacement en Alsace, le ministre délégué à l’Industrie Marc Ferracci a été reçu par le président d’Aster Développement Nicolas Guize, à Marlenheim, propriétaire d’Heimburger SAS (près de 20 M€ de CA en 2023 ; 80 collaborateurs) et des marques Pâtes d’Alsace Grand’Mère et Thirion. La première étape ministérielle dans la région a fait l’objet d’une visite au pas de course du site bas-rhinois.
Sur 12 000 m2, Heimburger produit 6 500 tonnes de pâtes au blé dur et aux œufs protégées par une IGP. L’entreprise familiale alsacienne, en difficulté, avait été reprise par le groupe Aster Développement en 2022 dans le but de créer des synergies (sous-traitance croisée, forces de ventes) avec sa filiale chambérienne Alpina Savoie (CA 2023 : 63 M€, 150 salariés) qui fabrique des crozets. Le groupe espère voir Heimburger renouer avec la rentabilité en 2025.
"Sécuriser les approvisionnements"
Nicolas Guize a notamment sensibilisé le ministre "à la nécessité de continuer de soutenir le développement la filière blé dur", se félicitant de la signature du plan de relance, acté à l’occasion du dernier salon de l’agriculture. "Avec une perte de 50 % des terres agricoles cultivées en blé dur en 15 ans, nous sommes passés pour la première fois depuis 20 ans en dessous du million de tonnes produites, précise le dirigeant. Or, les pastiers français absorbent 600 000 tonnes par an. Il faut donc mettre des moyens pour redynamiser la filière auprès des agriculteurs et aussi au niveau de la recherche variétale", a-t-il plaidé.
Le sujet de l’identification par le consommateur de la provenance des produits et des matières premières agricoles, est un second sujet de préoccupation de l’industriel. En trente ans, la consommation de pâtes, majoritairement d’origine française, s’est inversée dans l’Hexagone. Aujourd’hui, les deux tiers des pâtes consommées sur le marché français sont produites à l’extérieur, en Espagne, Grèce et Turquie, notamment sous l’effet des marques distributeur.
"Fabriqué en France, transition alimentaire"
"Nous sommes aujourd’hui dans la valorisation du fabriqué en France, on a l’illustration de ce que peuvent faire des acteurs ancrés dans le territoire et qui se sont positionnés sur le segment innovant des pâtes aux œufs, qui répond à une démarche de transition alimentaire, a commenté le ministre, "nous sommes au cœur de la problématique de la souveraineté alimentaire. L’industrie agroalimentaire compte 40 000 emplois dans la région Grand Est", a-t-il rappelé.
"Nous sommes dans une posture de dialogue mais aussi de vigilance"
Présente à l’export sur les marchés belge, tchèque et irlandais essentiellement, Heimburger réalise 10 % de son chiffre d’affaires à l’export, derrière Alpina déjà présente au Canada, Mexique ou encore au Moyen-Orient.
Une précédente mésaventure au début des années 2020 avec un importateur sur le marché américain avait participé à précipiter les difficultés d’Heimburger, selon Nicolas Guize. "Il est possible que la politique commerciale américaine se durcisse", a prévenu le ministre de l’Industrie. "Face à cette perspective, notre réaction sera forcément et nécessairement une réaction en Européen. Sur un certain nombre de filières, industrielles en particulier, nous devons avoir une réponse coordonnée. Nous devons sortir d’une forme de naïveté par rapport à ce que sont les politiques de certains concurrents, ça peut être sur l’agroalimentaire ou sur l’automobile, avec une politique commerciale plus offensive."
La question de la distorsion de concurrence glissée par l’ARIA
L’actualité locale a également pu être abordée de manière informelle par Sébastien Muller, le président de l’ARIA (l’association régionale des industries agroalimentaires) qui n’a pas manqué d’interpeller Marc Ferracci sur les craintes du monde économique à l’égard de la mise en œuvre du R-Pass, la taxe poids lourds adoptée par la Collectivité européenne d’Alsace, quant à son impact sur la compétitivité des entreprises alsaciennes. "Il a assuré son plein soutien à l’industrie. Il s’agit d’un sujet local mais il s’est dit à l’écoute sur la question de la problématique de la distorsion de concurrence par rapport aux entreprises hors Alsace, et nous allons travailler à nous rencontrer", a assuré Sébastien Muller.