On ne sait pas encore où Safran construira sa future usine. On ne sait même pas si l’équipementier aéronautique choisira la France ou l’étranger. On se doute toutefois aujourd’hui que le groupe boudera certaines villes. "Il n’est plus question aujourd’hui d’investir en France dans une ville qui est détenue par une majorité écologiste. Ce n’est plus possible, je ne le ferai pas !", a affirmé Olivier Andriès, directeur général de Safran, interrogé par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les freins à la réindustrialisation de la France.
L’usine rennaise au centre de la polémique
Affirmant que cette décision "n’est pas politique", Olivier Andriès reproche aux militants écologistes d’avoir vivement critiqué le projet d’implantation du groupe à Rennes.
En début d’année 2024, le groupe Safran a dévoilé son projet d’installer une nouvelle usine à Rennes, pour fabriquer des pièces de moteurs d’avion (des aubages de turbine), aussi bien pour les marchés civils que militaires. Le site doit employer près de 200 salariés lors de sa mise en service, prévue en 2027.
Le dirigeant du groupe salue l’accueil réservé par les collectivités locales. "Nous avons bien travaillé avec la maire de Rennes et avec le conseil régional. Nous nous sommes installés dans une zone d’un ex-site Stellantis en respectant le Zéro artificialisation nette", expose Olivier Andriès. L’accueil a été moins chaleureux de la part des élus écologistes bretons, pourtant alliés de la maire socialiste Nathalie Appéré. Vice-président écologiste de la métropole rennaise, Laurent Hamon s’était ainsi dit "affligé" par l’annonce de l’arrivée du groupe, qui a généré une crise politique dans la capitale bretonne.
"Les écologistes nous ont jeté des tomates"
"On a été surpris dès l’annonce d’être critiqué par les écologistes à Rennes qui ont mis en cause la majorité municipale. Les écologistes nous ont jeté des tomates sur le thème : c’est scandaleux, un groupe vient s’installer, créer de l’emploi. C’est l’aéronautique, c’est l’avion, ils vont polluer. Et puis, c’est le militaire, ce n’est pas bien…", développe Olivier Andriès. Ce dernier dénonce des "attitudes égoïstes" et en appelle à la défense de l’intérêt national.
La prochaine usine à l’étranger ?
Espérons qu’Olivier Andriès n’oublie pas son sens de la nation quand il dévoilera le lieu d’implantation de la prochaine usine du groupe. En décembre 2024, le directeur général de Safran avait déjà mis le feu aux poudres en laissant entendre que le groupe n’allait probablement pas faire construire sa prochaine usine en France.
Les écolos n’y sont cette fois pour rien. La faute incombe aux coûts de l’énergie. Pour cette future usine de freins à carbone pour l’aéronautique, le coût de l’énergie "représente plus de 30 % du coût de fabrication des pièces", assure Olivier Andriès. Ce critère est "prédominant", poursuit-il, rappelant que la France a perdu ces dernières années son avantage compétitif en matière de coûts de l’énergie, par rapport à des pays comme les États-Unis ou le Canada.
50 000 salariés en France
Le choix d’implantation sera connu dans quelques semaines. Safran trouvera-t-il en France les conditions d’implantation idoines ? Pour l’instant, le groupe aux 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires reste très présent dans l’Hexagone. S’il réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, Safran emploie 50 % de ses 100 000 salariés en France. Les effectifs de ce groupe, présent aussi bien sur le marché aéronautique (fabrication de moteurs d’avion, de nacelles, de trains d’atterrissage, de sièges), que sur les marchés de la Défense et du spatial, sont répartis au sein de 80 sites de production, dans toutes les régions françaises.