À l’approche des municipales à Rennes, les 15 et 22 mars prochains, quelles sont les attentes les plus fortes des chefs d’entreprise ?
Il faut rappeler que beaucoup de décisions structurantes ne relèvent pas uniquement de la commune, mais plutôt de la métropole, voire de la Région. Pour autant, les attentes sont claires : du dialogue, de la visibilité et du temps long. Ce que l’on attend du politique, c’est qu’il donne de la perspective sur le foncier, la mobilité, l’organisation du territoire. Cette visibilité est indispensable pour permettre aux entreprises d’adapter leurs modes de fonctionnement ou de mener les transformations nécessaires.
"Rennes doit rester connectée aux autres pôles d'activités du territoire"
Dans le cas d’une métropole comme Rennes, y a-t-il des enjeux particuliers ?
Oui, clairement. Une métropole doit jouer son rôle de locomotive économique, sans être une île. Rennes doit rester connectée aux autres pôles d’activités du territoire. La chance que nous avons ici, c’est de ne pas avoir une métropole hypertrophiée entourée d’un désert économique. Il existe une vraie diversité : des zones plus industrielles, d’autres plus touristiques. Cette diversité crée une résilience économique forte.
Quand on entre dans le détail, quels sont les sujets les plus saillants pour les entreprises ?
La fiscalité arrive clairement en tête. Les marges des entreprises se sont fortement restreintes ces dernières années. On subit déjà des coups de rabot au niveau national et une concurrence internationale accrue. Il faut absolument éviter que la fiscalité locale vienne ajouter encore du poids et handicaper davantage le développement des entreprises. Dans une logique de temps long, il y a aussi le sujet du ZAN, le zéro artificialisation nette, qui est majeur. On ne fera pas l’économie de l’économie. Sa mise en œuvre ne peut pas se faire sans intégrer les besoins productifs.
"C’est à la métropole d’arbitrer l’utilisation de son enveloppe foncière"
Justement, le ZAN pose directement la question du foncier économique…
Exactement. C’est bien à la métropole d’arbitrer l’utilisation de son enveloppe foncière. Et nous serons très vigilants pour que le foncier économique ne devienne pas la variable d’ajustement du ZAN. Il ne faut pas opposer usage résidentiel, usage de services et usage économique. C’est souvent plus simple de construire des immeubles que des usines, mais sans usines, demain, il n’y aura plus personne dans les immeubles.
Le bâtiment 78, à La Janais, s’inscrit-il dans cette logique de réindustrialisation ?
Il permet de produire des pré-séries sur des périodes de six mois à un an. C’est une forme de pépinière industrielle, une première marche pour des projets productifs.
Mais ce n’est pas suffisant ?
Non, car il faut du foncier derrière. Une fois lancées, ces entreprises doivent pouvoir rester sur le territoire dans des bâtiments adaptés. L’industrie implique des contraintes spécifiques : énergie, gaz, parfois produits chimiques. Du foncier, on peut en trouver. Le vrai sujet, c’est du foncier prêt, au bon moment. Il faut anticiper pour être capable de répondre rapidement.
"Pour rester compétitifs sur des marchés internationaux de plus en plus complexes, il faut continuer à investir dans nos outils industriels."
Les chefs d’entreprise sont-ils encore prêts à investir ?
Oui, notamment dans l’énergie et l’environnement. Mais un industriel n’investit pas à cause de la fiscalité. Il investit quand il a un produit qui marche et qu’il peut le produire au bon coût, au bon moment et à la bonne vitesse. À nous, avec les collectivités, de créer un écosystème "business friendly" : compétences, formations, foncier accessible, délais maîtrisés.
Dans le contexte économique actuel, y a-t-il un risque de décrochage industriel ?
Oui, clairement. Les marges sont faibles, les trésoreries tendues, et donc les capacités d’investissement diminuent. Il ne faut surtout pas décrocher.
Si l’investissement baisse, ce sont les gains de demain qui disparaissent. Pour rester compétitifs sur des marchés internationaux de plus en plus complexes, il faut continuer à investir dans nos outils industriels.
"L’industrie d’aujourd’hui n’a rien de rétrograde."
Certains projets industriels se heurtent aussi à des oppositions (Bridor, Safran…), notamment environnementales…
Je ne dis pas qu’il n’y a pas de sujet environnemental, mais il existe aujourd’hui des solutions, notamment sur l’eau ou l’énergie. Parfois, le vrai sujet, c’est qu’on ne veut pas de l’usine, et l’argument environnemental devient un point d’entrée.
C’est aussi pour cela que les collectivités doivent être fières de leur industrie et la valoriser. L’industrie d’aujourd’hui n’a rien de rétrograde. C’est ce qui permet d’animer un territoire et de renforcer son indépendance économique.