"La restauration hors foyer peut devenir un véritable levier de croissance pour Le Duff"
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Fabrice Taillefer directeur général du pôle salé du groupe Le Duff "La restauration hors foyer peut devenir un véritable levier de croissance pour Le Duff"

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Le groupe rennais Le Duff lance Gourming, une nouvelle offre destinée aux professionnels de la restauration. Cette gamme de soixante recettes s’appuie sur l’expertise culinaire de Frial et de Cité Gourmande, deux entreprises de son pôle salé basées en Normandie et en Nouvelle-Aquitaine. Avec cette nouveauté, le groupe breton entend renforcer sa présence sur le marché de la restauration hors foyer.

Fabrice Taillefer, directeur général du pôle salé du groupe Le Duff — Photo : Groupe Le Duff

Le groupe Le Duff connaît une forte croissance en 2025, grâce au succès de sa filiale Bridor. Qu’en est-il du pôle salé ? Que coiffe ce pôle dans l’univers industriel de Le Duff et que pèse-t-il dans le chiffre d’affaires du groupe ?

Le pôle salé comprend deux sociétés : Cité Gourmande et Frial. Cité Gourmande possède deux sites dans le Sud-Ouest (à Agen, en Lot-et-Garonne, NDLR), avec 220 collaborateurs et une empreinte industrielle dépassant 13 000 m². La société fait partie du groupe depuis 2011 et a vu son chiffre d’affaires passer de 20 millions d’euros en 2011 à presque 100 millions aujourd’hui. Le site principal a été agrandi à 8 500 m² et un site secondaire complète l’activité. Une nouvelle ligne de frittage va porter la capacité industrielle à 35 000 tonnes à partir de début 2026.

Frial possède deux sites à Bayeux, en Normandie, situés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, sur une emprise de 55 000 m². Elle commercialise environ 37 000 tonnes pour un chiffre d’affaires proche de 200 millions d’euros avec 400 collaborateurs.

Au sein du groupe Le Duff, le pôle salé représente 9 % du chiffre d’affaires total, qui s’élève aujourd’hui à 3,5 milliards d’euros. C’est la deuxième branche industrielle du groupe après Bridor. Elle vient en complément de son activité restauration en France et dans le monde.

"Le pôle salé est la deuxième branche industrielle du groupe après Bridor"

Vous lancez Gourming, une nouvelle gamme de produits surgelés salés premium dédiée à la restauration industrielle hors foyer (RHF). Comment cette innovation culinaire s’inscrit-elle dans la stratégie industrielle du groupe ?

Gourming est née de la convergence des savoir-faire de Cité Gourmand et de Frial. Historiquement, nous étions très orientés vers le grand public et l’export : la RHF représentait à peine 3 % de notre activité. Mais le marché évolue fortement : tension sur les recrutements, manque de compétences culinaires, recherche de produits prémium, pratiques et fiables. Notre gamme répond parfaitement à ces enjeux. Nous avons identifié un territoire encore peu exploré par le pôle salé : la RHF peut devenir un véritable levier de croissance, parce que nous sommes capables de proposer des solutions salées de qualité, de l’entrée au plat.

"Porter le savoir-faire des deux entreprises"

Pourquoi avoir choisi de créer une marque dédiée plutôt que d’étendre les gammes existantes de Cité Gourmande ou de Frial ?

D’abord parce que chez Cité Gourmande, la marque phare, Pom Bistro, est vraiment dédiée au retail (supermarchés, e-commerce…). Les codes sont potentiellement différents entre les consommateurs B to B et B to C, et les marqueurs ne sont pas les mêmes. Donc, on s’est appuyé sur Gourming, qui avait déjà une première reconnaissance auprès des professionnels de la restauration. On s’est dit tout naturellement que cette marque avait les codes pour porter le savoir-faire des deux entreprises. Et mettre en avant le pôle salé.

Fabrice Taillefer, directeur général du pôle salé du groupe Le Duff, et Aurore Roussel, directrice de l’offre — Photo : Baptiste Coupin

Que comprend précisément l’offre Gourming ?

Elle combine les expertises des deux entités. Côté Frial : les sauces et aides culinaires, les accompagnements cuisinés, les produits de la mer cuisinés, les salades froides, les garnitures végétales et céréalières. Côté Cité Gourmande : tout le savoir-faire autour de la pomme de terre, des purées, des écrasés, des garnitures. Cela représente soixante recettes en tout. L’idée est de proposer une offre complète, qualitative et cohérente pour les professionnels : nous pouvons répondre à une grande diversité de besoins tout en garantissant une constance technique et culinaire.

"Les premiers retours montrent que nous avons une vraie carte à jouer"

Avez-vous commencé à démarcher des clients ?

Nous en sommes au tout début. Nous avons eu nos premiers contacts avec des chaînes et des distributeurs-grossistes, dont un premier référencement important. Mais le travail est devant nous : c’est un premier lancement, et il va falloir déployer une démarche commerciale structurée, notamment auprès de la restauration collective et commerciale. Tout reste à construire, mais les premiers retours montrent que nous avons une vraie carte à jouer.

Quels sont vos objectifs chiffrés pour Gourming ?

L’ambition est claire : passer de 5 à 6 millions d’euros de chiffre d’affaires aujourd’hui à 30 millions d’euros en 2030. Cela représenterait environ 10 % de l’activité du pôle salé, qui pèse 300 millions d’euros. Pour nous, c’est une révolution interne. Mais c’est atteignable grâce à la complémentarité de nos savoir-faire et à une demande RHF en pleine mutation.

Qui seront vos concurrents directs dans l’univers du surgelé premium ?

Nous allons entrer sur des marchés où des acteurs historiques sont très bien installés (le finistérien Sill par exemple avec Primel Gastronomie ou le belge Crops, NDLR). Nous savons que la concurrence sera exigeante, mais nous avons un positionnement différenciant : une forte valeur culinaire, une fabrication maîtrisée, un ancrage territorial assumé et des filières de qualité.

En parlant d’ancrage territorial, quelle importance accordez-vous à la dimension locale dans vos approvisionnements ?

C’est un marqueur fort, on s’appuie sur des partenaires français au maximum et sur des partenaires de long terme. Nous voulons construire une valeur durable, pour nos entreprises comme pour les territoires. Pour Cité Gourmande, notre origine pomme de terre est française à 100 %. Et depuis six ans, nous redéployons une partie de cette production dans le Sud-Ouest. Aujourd’hui, près de 40 % de nos volumes proviennent de cette région. Nous achetons plus de 12 000 tonnes de pommes de terre localement sur les 30 000 tonnes que nous travaillons chaque année. Nous avons vu des agriculteurs reconstruire des surfaces, redévelopper des filières : c’est un accompagnement de long terme.

Et concernant Frial ?

Frial combine un ancrage français et un sourcing international quand c’est nécessaire. Certains poissons ne sont pas disponibles dans nos mers : nous allons les chercher ailleurs, mais toujours dans des filières durables et respectueuses de l’environnement. À chaque fois que c’est possible, nous privilégions un approvisionnement français ou au plus proche. Manger Gourming, c’est donc contribuer au développement de filières françaises au maximum.

Frial est passée sous pavillon de Le Duff fin 2021. L’usine normande a été transformée et agrandie. D’autres investissements sont-ils prévus ?

Frial a annoncé un plan de 35 millions d’euros, toujours en cours. Plusieurs sites ont été reconfigurés et nous avons accompagné les salariés pour proposer des solutions adaptées. Ce recentrage industriel permet de renforcer les capacités d’un côté et le savoir-faire de l’autre. Nous continuons à moderniser les outils et à monter en gamme.

Une collaboratrice de Cité Gourmande, l’usine d’Agen du groupe Le Duff experte de la pomme de terre cuisinée — Photo : Franck Petit Photographe

L’outil de Cité Gourmande a aussi été transformé…

Oui, depuis 2013, nous avons investi environ 90 millions d’euros. Ces investissements soutiennent nos capacités industrielles, nos technologies, nos filières et anticipent la croissance future.

Quel est le modèle économique derrière Gourming ? Visez-vous une rentabilité rapide ?

Nous investissons dans les marques et dans nos outils industriels. La rentabilité viendra en allant chercher de nouveaux clients et de nouveaux marchés. L’enjeu est la croissance. Pour Pom Bistro comme pour Gourming, l’objectif n’est pas un retour immédiat, mais une marque forte, structurée et durable. C’est un ensemble cohérent.

"Nous faisons partie d’un groupe inspirant, avec un dirigeant inspirant"

Êtes-vous allés chercher de bonnes idées chez votre "cousin" Bridor, à adapter dans les usines du pôle salé que vous dirigez ?

Comme chez Bridor, le développement de la RHF dans nos usines nécessite un investissement en amont, un investissement culinaire et un investissement de définition de recettes, que l’on a trouvé — entre autres — auprès des Meilleurs Ouvriers de France (MOF). Ça n’est pas une culture présente dans le grand public, mais c’est très ancré dans la RHF, et c’est un vrai appui. Nous faisons partie d’un groupe inspirant, avec un dirigeant inspirant, qui nous pousse à faire mieux, à faire simple et à aller chercher du savoir extérieur. Monsieur Le Duff porte une vraie vision pour le groupe Le Duff et on s’appuie sur ce savoir-faire.

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