Les carburants d’aviation durable ne seront pas disponibles en quantité suffisante pour remplacer le kérosène, alertent le think tank "The Shift Project" et Décarboaéro dans un rapport sur la décarbonation du secteur aérien, publié le 2 février. Cette alerte est lancée alors que l’Association du transport aérien international (IATA) a également averti que la filière "ne progresse pas suffisamment sur les carburants d’aviation durable", selon les propos de Willie Wash, directeur général de l’association représentant 360 compagnies aériennes, à l’occasion du sommet de l’aviation de Shanghai, le 30 janvier.
"0,6 % de la consommation de carburants d’aviation en 2025"
Les carburants d’aviation durable ou SAF en anglais pour "sustainable aviation fuel" sont répartis en deux grandes familles : les biocarburants (huile de cuisson, biodéchets…) et les carburants de synthèse (e-SAF).
Leur production est limitée : selon l’IATA, elle devrait atteindre 1,9 million de tonnes (Mt) en 2025 et 2,4 Mt en 2026. Cette production "représente seulement 0,6 % de la consommation totale des carburants d’aviation en 2025, et ce chiffre passera à 0,8 %" en 2026.
D’après The Shift Project, il faudrait même produire 10 000 TWh d’électricité bas-carbone pour remplacer la consommation actuelle mondiale kérosène fossile par des e-SAF. Ce qui correspond à "environ la production mondiale actuelle d’énergie renouvelable soit un tiers de toute l’électricité actuellement produite dans le monde".
Des "limites physiques et industrielles"
La France "dispose de ressources favorables en biomasse durable et en électricité bas-carbone", relève The Shift Project. Mais ces ressources "ne seraient pas suffisantes pour respecter la réglementation européenne", prévient le rapport.
Pour atteindre les objectifs européens, il faudrait consacrer 20 % de la production d’électricité actuelle et 30 % de la biomasse résiduelle valorisable en biocarburant "uniquement pour l’aviation". La production de SAF est donc "restreinte par des limites physiques et industrielles, ainsi que par les conflits d’usage sur la biomasse et l’électricité", selon l’étude.
Réduire le trafic d’au moins 15 %
"Les SAF, et plus particulièrement les e-SAF, offrent le meilleur potentiel parmi les solutions technologiques mais ne seront pas suffisants si le trafic poursuit sa croissance actuelle", explique le rapport The Shift Project. La solution serait donc de réduire le trafic aérien d’au moins 15 % pour "rester compatible avec une trajectoire climatique limitant le réchauffement à + 1,7 °C".
Mais selon les estimations de l’étude, le trafic aérien devrait croître de 3 % par an jusqu’en 2050. Et d’après les derniers chiffres publiés par l’IATA, le trafic international a même augmenté de 7,1 % en 2025 par rapport à 2024.
Faire baisser le coût des carburants
Les objectifs européens en matière de carburants d’aviation durables vont en tout cas bien au-delà des résultats actuels. La loi européenne sur les carburants d’aviation durables, baptisée "ReFuelEU", prévoit qu’à partir de 2025, tous les vols au départ d’un aéroport de l’Union européenne devront incorporer 2 % de SAF. Ce taux monte à 6 % en 2030 pour atteindre 70 % en 2050.
Mais ces obligations ont un effet pervers selon l’IATA et feraient augmenter les coûts de ces carburants. Pour atteindre les objectifs, l’organisation réclame la mise en place de "mesures incitatives efficaces".