"La filière aéronautique et spatiale française est convalescente, mais passe en mode reconquête. Sa reprise est visible, sa compétitivité progresse et ses perspectives à long terme sont réelles", indique Frédéric Parisot, délégué général du Gifas. L’étude commandée par ce syndicat professionnel fédérant 525 entreprises françaises de l’aéronautique et du spatial auprès de la Banque de France confirme ces dires.
Un chiffre d’affaires qui décolle de 10 % en 2024
Tirées par Airbus (dont le carnet de commandes atteignait 8 665 avions commerciaux à fin septembre 2025), Dassault, Thales ou encore Safran, les entreprises de la supply chain de l’aéronautique et du spatial sont en forme. En 2024, la filière tricolore affiche un chiffre d’affaires (78 Md€) en croissance de 10 % par rapport à 2023.
Le niveau pré-Covid dépassé
Que ce soit sur les plans industriels et financiers, les entreprises affichent des indicateurs en nette amélioration sur un an, mais aussi depuis la crise du Covid, qui avait particulièrement secoué la filière. Les effectifs du secteur (222 000 salariés) sont ainsi supérieurs à ceux de 2019, de 9 % dans les PME et de 5 % pour les équipementiers. L’enjeu est désormais de recruter. "Nous avons devant nous un vrai challenge à relever en matière de main-d’œuvre", nous confiait ainsi l’été dernier Philippe Eudeline, président de NAE, réseau normand des acteurs du domaine aéronautique, spatial, défense et sécurité.
Des rentabilités qui s’améliorent
Sur le plan financier, les entreprises retrouvent aussi des couleurs. Le résultat net des PME est aujourd’hui supérieur de deux points en moyenne à celui de 2019. Celui des ETI et des équipementiers est, lui, stable par rapport au niveau pré-Covid. En 2024, 83 % des PME interrogées par la Banque de France ont dégagé des bénéfices. Ces bonnes performances financières permettent aux entreprises "de continuer à investir au moins autant qu’en 2023". Il faut dire que les perspectives sont prometteuses : selon une étude d’Airbus, le trafic mondial aérien devrait augmenter de 3,6 % par an jusqu’en 2044.
Des fragilités persistantes
Pourtant, certaines fragilités demeurent, liées à l’intensité capitalistique de l’activité. Le financement de la montée en cadence pèse ainsi sur la consommation en trésorerie des entreprises, en particulier des PME. L’autonomie financière de certains sous-traitants demeure dans ce contexte "fragile", notent les auteurs de l’étude. L’an passé, la Banque de France avait classé 40 grands sous-traitants "à risque", en raison notamment d’un endettement élevé ou d’une capacité d’autofinancement réduite.
Cette année, le Gifas ne dévoile pas le nombre d’industriels traversant une zone de turbulences. Il fait juste état de délais de paiement qui s’allongent et de "rentabilités encore insuffisantes dans certaines PME". Si une partie de la supply chain "est encore convalescente, elle reprend le dessus pour répondre à une demande exceptionnelle", positive le groupement professionnel.