C’est reparti pour un tour. Le groupe mayennais MPO, connu pour presser des vinyles ou graver des CD, est sorti de redressement judiciaire. La décision du tribunal de commerce de Nantes a été donnée aux dirigeants à l’issue de l’audience du 18 mars 2026. L’industriel avait demandé son placement en redressement en décembre 2024. La situation devenait difficile pour le groupe qui avait vu son principal client (Universal Music Group) réduire ses commandes et son activité vinyle décrocher fortement à l’été 2024.
Le plan de redressement a été validé pour dix ans, jusqu’en 2036, et tient compte de la phase de transformation engagée pour adapter l’entreprise aux réalités de ses marchés : les vinyles, CD, DVD, Blu-Ray, mais aussi le packaging et la distribution.
Le niveau pré-RJ bientôt retrouvé
En pleine période d’évolution, MPO France a réalisé 43 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. "Nous visons 60 millions d’euros cette année", annonce Stanislas Renard, PDG du groupe. C’est-à-dire un niveau équivalent à celui de 2022 et 2023, en intégrant les activités du site en Espagne ; MPO Iberica (16 M€ de CA) emploie près de Madrid une centaine de salariés permanents et entre 50 et 100 emplois intérimaires en fonction des besoins.
Le client au cœur des opérations
De nouvelles perspectives sont engagées après des changements de process et "de culture d’entreprise", explique Stanislas Renard. Nous avions le savoir-faire, nous mettons désormais la relation clients au cœur de notre quotidien. J’ai l’habitude de dire à mes équipes : "Si ce que vous faites n’a pas d’impact pour le client ; arrêtez tout de suite et faîtes autre chose."
MPO a ainsi innové en proposant des produits "fast track", c’est-à-dire des petites séries pressées dans des délais courts. Une solution qui permet à un client un réassort avant un concert, par exemple, mais qui permet aussi de fidéliser. L’entreprise propose désormais des "picture-disc" – des photos imprimées sur toute la surface, la PME proposait déjà des disques de couleur –, des objets de collections qui ne représentent pas de gros volumes. "Mais en obtenant 3 % des besoins d’un client, on peut derrière gagner les 97 % restants", voit Stanislas Renard. Le groupe a ainsi investi de manière ciblée dans ses équipements industriels.
Une production triplée en un an
Recruté en avril 2025, Stanislas Renard est le maître d’œuvre du plan de transformation du groupe. "Quand je suis arrivé dans le groupe, nous étions descendus à 400 000 à 500 000 vinyles pressés par mois. Nous en produisons aujourd’hui 1,3 million", met en lumière le nouveau PDG.
Le contrôleur de gestion de formation s’est attaché à "enrichir le portefeuille clients". L’une des volontés du dirigeant est de retourner chez d’anciens clients pour "être de nouveaux présents auprès de toutes les majors du marché (Universal, Sony, Warner Music)". "Mais nous devons également entrer chez les labels indépendants : on ne peut plus dépendre d’une commande pour Taylor Swift" (comme en 2024 ; la chanteuse américaine était alors devenue la plus grande vendeuse de disques au monde, NDLR), ajoute le dirigeant.
Un apport de méthodes américaines
Avec une expérience aux États-Unis dans différents groupes et à différents postes, aux finances, au commerce et à la direction générale, Stanislas Richard a fait infuser chez MPO une culture à l’américaine. "Chaque matin, si quelque chose n’a pas été, s’il y a eu le moindre problème, une équipe se réunit avant de commencer pour comprendre d’où cela vient. Cela participe à l’amélioration continue, mais aussi à l’esprit d’équipe", prend en exemple le PDG.
Le dirigeant a voulu conserver la priorité aux vinyles, produit phare de l’entreprise familiale depuis sa création en 1957. Il a cependant initié des changements avec de la maintenance préventive, des équipements plus techniques, un encadrement structuré mais aussi une nouvelle approche commerciale. "Quand on veut retrouver de la confiance dans le commerce, il faut avoir des "chasseurs", insiste le PDG. Il faut aussi parler la même langue que le client pour améliorer les relations." Ainsi, une montée en compétences des collaborateurs en plusieurs langues est en cours.
Des embauches après les licenciements
Stanislas Renard se félicite que les actionnaires du groupe, la famille de Poix qui détient toujours 70 %, ou le groupe Turenne Capital Partenaires, lui aient accordé toute leur confiance pour réajuster la stratégie du groupe.
Le PDG confie qu’il a aussi dû faire passer faire comprendre aux salariés pourquoi de nouvelles embauches avaient été actées. Dans un premier temps, un PSE avait en effet conduit à réduire les effectifs de MPO France, de 356 à 298 salariés en 2025, avec un recours moins important aux intérimaires. "Il fallait réajuster nos coûts et les structurer en fonction de nos besoins et de nos capacités de marché", explique Stanislas Renard. L’entreprise a également annulé ou repoussé des projets industriels pour se focaliser sur l’urgence du redressement.
MPO emploie désormais 300 personnes en France, plus environ 150 intérimaires. La campagne de recrutements lancée porte sur une quarantaine de postes différents. Ce qui représente pratiquement l'équivalent du nombre de personnes qui avaient été licenciées. "Nous avons revu nos besoins, avec des postes plus qualifiés", justifie le PDG.
Au tour du packaging
Dans un second temps, la transformation entreprise sur le site de production de disques de Villaines-la-Juhel devrait se poursuivre sur le site du Mans, dédié à l’activité packaging. "Là aussi, nous avons les moyens d’aller chercher de nouveaux clients. Nous avons les compétences et une certaine agilité pour accompagner des marques en croissance, par exemple, estime le dirigeant. Notre site au Mans est par ailleurs une opportunité pour attirer des profils plus spécifiques."
Le regard des partenaires étrangers
Pour se relancer, il a fallu aussi convaincre les partenaires hors de France, à commencer par les fournisseurs, investisseurs et clients étrangers. "Pour eux, c’est difficile à comprendre les mécanismes juridiques français, comme de ne pas pouvoir payer un créancier avant les autres. Que la maison mère soit en difficulté inquiétait en Espagne, mais aussi en Angleterre ou encore en Allemagne. Certains ne voulaient plus travailler avec nous", rapporte Stanislas Renard. Là encore, le dirigeant de MPO assure que la nouvelle dynamique en a déjà fait revenir un certain nombre.