Réforme comptable 2025 : des conséquences sous-estimées pour les PME
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Réforme comptable 2025 : des conséquences sous-estimées pour les PME

Depuis 2025, la nouvelle présentation des états financiers s’impose à toutes les entreprises. Cette réforme du Plan comptable général, qui ressemble à une mise à jour technique, modifie en profondeur des indicateurs clés comme l’excédent brut d’exploitation ou le résultat d’exploitation. Derrière ces changements, deux risques majeurs menacent les dirigeants : des pactes d’associés devenus obsolètes et des covenants bancaires susceptibles de basculer en rupture sans prévenir.

Sophie Rousseau expert-comptable associée In Extenso. WEB — Photo : DR

La réforme du Plan comptable général (PCG), applicable aux exercices ouverts au 1ᵉʳ janvier 2025, modernise la structure et la présentation des comptes annuels des entreprises. Elle clarifie le périmètre du résultat exceptionnel, désormais limité aux seuls événements majeurs et inhabituels, fait disparaître les transferts de charges, reclassifie de nombreux flux et impose un modèle unique d’états financiers.

Une réforme plus stratégique que comptable

Ces changements améliorent la comparabilité et la lisibilité des comptes mais bouleversent aussi des agrégats devenus centraux dans les contrats financiers : l’excédent brut d’exploitation (EBE) et le résultat d’exploitation (REX). Leur mode de calcul évolue mécaniquement, notamment avec la réintégration des plus-values de cession, des pénalités contractuelles ou encore de certaines subventions dans l’exploitation.

Des risques invisibles mais majeurs

Or, nombre de pactes d’associés reposent sur des formules de valorisation indexées sur l’EBE ou le REX : mécanismes d’earn out, prix de sortie, déclenchements de Bons de Souscription d’Actions, compléments de prix, etc. Avec la réforme, ces indicateurs évoluent mais les contrats, eux, ne bougent pas. Résultat : des écarts de valorisation potentiellement significatifs, sources de tensions ou de litiges lors de cessions, transmissions ou opérations de haut de bilan. Autre zone sensible : les ratios financiers contractuels utilisés par les banques (endettement/EBE, couverture des charges, cash-flow tests…). Une modification du numérateur ou du dénominateur suffit à faire basculer un contrat en rupture, alors même que la situation économique réelle de l’entreprise n’a pas changé. Les conséquences peuvent être lourdes : renégociation dans l’urgence, pénalités, voire exigibilité anticipée d’un prêt.

Des actions prioritaires doivent être réalisées pour éviter ces effets de bord.

• Auditer immédiatement les pactes d’associés et recalculer les formules de valorisation selon le nouveau référentiel ;

• Recalculer l’ensemble des covenants bancaires avec les nouveaux agrégats ;

• Engager une renégociation proactive avec les associés et partenaires financiers, avant toute échéance contractuelle ;

• Faire rédiger les avenants nécessaires (clauses d’ajustement, redéfinition des indicateurs, dispositions transitoires).

En 2025, la réforme comptable n’est pas seulement une évolution normative : c’est un changement de langage financier. Pour les dirigeants de PME et les directeurs financiers, l’enjeu est clair : traduire ce nouveau langage avant qu’il ne s’impose à eux.

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