Combien de procédures collectives, le tribunal de commerce de Nantes a-t-il enregistrées en 2024 ?
Nous avons recensé 589 liquidations judiciaires : un niveau proche des 600 faillites comptabilisées en 2008. Si on y ajoute 174 redressements judiciaires, cela fait près de 800 dossiers ouverts. Ils touchent 3 000 salariés, sans oublier les 800 chefs d’entreprise ou commerçants qui ne bénéficient pas de la même protection contre le chômage. Dans le détail, le secteur le plus affecté est celui du bâtiment. Dans un premier temps, c’est le gros œuvre qui a souffert. Aujourd’hui, la crise a gagné toute la chaîne de valeur de la filière, c’est-à-dire le second œuvre, ainsi que la commercialisation : les faillites d’agences immobilières ont bondi. Les autres secteurs d’activité particulièrement concernés par ces procédures collectives sont le commerce de détail, les cafés-hôtels-restaurants et les transports.
La taille des entreprises en difficulté augmente-t-elle ?
Oui, notamment sur le début de 2025. Il faut préciser que le tribunal de commerce de Nantes fait partie des 18 tribunaux français spécialisés dans les gros dossiers. Souvent plus complexes, ils portent sur des entreprises de plus de 250 salariés, réalisant un chiffre d’affaires d’au moins 20 millions d’euros ou dont le bilan dépasse 40 millions d’euros. Nous récupérons des affaires venant de toute la région des Pays de la Loire. Ainsi, c’est nous qui traitons la procédure collective du groupe mayennais MPO qui emploie 400 salariés. Depuis plusieurs semaines, 20 à 25 dossiers nous sont soumis à chaque audience au lieu d’une douzaine habituellement. L’intensité de cette crise est supérieure à celle de 2008-2009.
Quels sont vos axes de travail pour limiter les défaillances d’entreprise ?
Tout d’abord, ma priorité - et celle des 34 juges bénévoles du tribunal - est de maintenir le niveau de qualité de la justice que nous rendons. Sur la partie Contentieux qui représente 55 % de nos activités, le nombre d’appels infirmés est très bas. Ensuite, mon maître mot est encore et toujours la prévention. Je dis aux chefs d’entreprise : intervenez suffisamment tôt ! Osez le tribunal de commerce ! La loi met à la disposition des entreprises en difficulté tout un éventail de solutions qui, si elles sont mises en œuvre à temps, permettent de redresser la barre et de prendre un nouveau départ. Je fais référence au mandat ad hoc et à la conciliation. Ces procédures sont confidentielles. Elles permettent de gagner du temps en réaménageant les dettes sociales, fiscales et autres, de négocier avec les créanciers… Dans plus de 70 % des cas, ces procédures amiables permettent de passer le cap difficile. Mais, il faut agir quand il reste encore un peu de trésorerie dans l’entreprise. Les procédures collectives, elles aussi, peuvent être déclenchées suffisamment tôt. Le redressement judiciaire fait peur, car on ne retient que le second terme. Mais il peut sauver des entreprises. Je renouvelle donc mon invitation aux chefs d’entreprise à pousser les portes du tribunal de commerce pour se placer sous sa protection.