Le PDG du groupe Gys, Bruno Bouygues, ne le cache pas : "Recevoir un Trophée de l’INPI est une grande fierté. Cela vient récompenser tout un travail collectif des équipes (NDLR : 900 salariés), une forme d’innovation incrémentale que nous avons mis en place, un peu à l’allemande. La notoriété de l’INPI met aussi un sceau d’excellence sur nos produits qui aura, nous l’espérons, un effet à l’export."
Les brevets rassurent les clients à l’étranger
Pour le fabricant de postes à soudure et de recharge de batterie, ce prix vient couronner une politique de brevets mise en place depuis trois ans par le groupe de Laval, en particulier dans les outils de soudage. "Nous avons déposé environ 25 brevets, au niveau français, européen, etc. C’est un phénomène de rattrapage par rapport à tous les sujets de recherche que nous menions déjà, mais qui n’étaient pas formalisés de la sorte", raconte Bruno Bouygues.
Il faut dire que l’entreprise était encore une PME il n’y a pas si longtemps. Il y a 27 ans, l’actuel dirigeant et son père Nicolas Bouygues reprenaient l’entreprise qui employait alors 45 personnes. "Nous travaillions un peu comme des artisans. Ce n’est plus possible aujourd’hui. Nous sommes face à des clients de plus en plus importants, avec des outils technologiques de plus en plus perfectionnés. Nous avons donc mis en place une véritable culture de recherche au sein de l’entreprise. Les brevets nous permettent de nous créer un espace commercial et incitent plus facilement les investisseurs à l’étranger à nous suivre."
Une croissance par la différenciation
Cette année, Gys devrait réaliser "près de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires", dont les deux tiers à l’international. "Peut-être un peu moins, tout dépendra de l’activité du mois de décembre. Nous serons en tout cas sur une croissance comprise entre 3 % et 6 %, annonce le président du groupe. En 2025, on voit que la France va être à la diète. Cela va donc être d’autant plus important de nous différencier à l’international avec une offre innovante. C’est primordial, car nous ne pouvons plus nous positionner sur des gammes à bas coûts, voire sur des prix de milieu de gamme." Le site de Laval va ainsi développer son service R & D avec un nouveau centre qui sera animé par une trentaine d’ingénieurs et techniciens recrutés.
La notoriété de l’industrie germanique
Cette stratégie d’innovation brevetée est d’autant plus pertinente par rapport à la nationalité du groupe, insiste Bruno Bouygues. "La France n’est pas perçue à l’international comme une puissance industrielle. La France ne bénéficie pas d’une image très marketée comme l’Allemagne par exemple, détaille-t-il. C’est d’ailleurs pour cela aussi que nous venons d’ouvrir un nouveau centre de formation en soudure manuelle et robotique en Allemagne, qui est le pays prescripteur pour la R & D industrielle en Europe : nous pourrons former simultanément quinze collaborateurs et accueillir au total une centaine de personnes avec nos clients et fournisseurs, pour imaginer des produits au près de leurs besoins."
L’Asie et les États-Unis sont les locomotives
La démarche est similaire en Italie où Gys a ouvert il y a dix-huit mois un nouveau centre technique et commercial pour attirer les clients de l’Italie et de toute la Mer Adriatique. "Nous avons besoin de nous rapprocher de nos clients dans l’industrie lourde. Et à chaque fois que l’on s’installe quelque part, nous développons notre carnet de clientèle. Nous sommes ainsi plus proches des besoins, des appels d’offres et nous avons aussi accès aux informations techniques et technologiques précises et non pas seulement informations commerciales, ajoute le dirigeant. C’est fondamental pour répondre pleinement aux besoins de nos clients." Le groupe vient également de lancer le chantier d’un nouveau bâtiment de cinquante personnes en Espagne, qui regroupera le commercial, le SAV, la qualité et une partie formation technique.
"Notre activité en Europe est globalement stable", indique le dirigeant mayennais. Elle permet de rentabiliser les investissements dans la R & D en France — une centaine de personnes hautement qualifiées sur 650 salariés en France.
La croissance du groupe est surtout tirée en Amérique du Nord et en Asie. "Nous y faisons de très bons chiffres, contrairement au Moyen-Orient et en Afrique où le marché est plus difficile actuellement, pour des raisons géopolitiques", rapporte le PDG.
Une technologie avancée mais sans IA
Sur certains produits, Gys demeure "seul sur le marché". "Nous proposons des postes à soudure avec reconnaissance de métaux. Car sur une voiture, il y avait quelques nuances d’acier il y a vingt ans, on en compte 70 ou 80 aujourd’hui. Donc l’ouvrier ou le carrossier ne peut s’y retrouver, surtout si ces métaux sont peints", prend en exemple Bruno Bouygues. Pour tous les produits, "nous venons répondre à une demande commune de nos clients dans une guerre mondiale de la productivité".
Qui dit "reconnaissance des métaux" et autres technologies de pointe ne signifie pas pour autant proposer des outils fonctionnant avec de l’intelligence artificielle (IA). "Nous en avons bien sûr au sein de l’entreprise, pour avancer dans nos recherches et gagner du temps, explique le PDG. Mais avec des produits de soudage qui ne dépassent pas les 20 000 euros, nous ne pouvons pas proposer un réseau neuronal natif comme sur des machines à 100 000 euros, explique le patron de Gys. En revanche, grâce à notre R & D, nous avons pour l’instant suffisant d’avance dans l’électronique et avec les algorithmes que nous avons créés pour ne pas être copiés par nos concurrents." Le dirigeant ne fait toutefois pas un trait sur l’IA. "D’ici cinq ans, le prix moyen de ces technologies devrait nous permettre de l’intégrer à nos produits", annonce Bruno Bouygues.