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"La technologie de Videtics va sécuriser les Jeux Olympiques"
Interview Sophia Antipolis

Alan Ferbach cofondateur et PDG de Videtics "La technologie de Videtics va sécuriser les Jeux Olympiques"

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La solution de Videtics (26 collaborateurs, CA : NC), entreprise basée à Sophia Antipolis, permet l’analyse vidéo en temps réel par intelligence artificielle. Après la Coupe d’Afrique des Nations ou le Festival de Cannes, elle va être utilisée pour accompagner les forces de l’ordre dans la sécurisation des Jeux Olympiques.

Les trois cofondateurs de Videtics, de gauche à droite : Alan Ferbach, Pierre-Alexis Le Borgne et Alexandre Reboul — Photo : Videtics

Videtics a remporté, avec trois autres entreprises françaises, l’appel d’offres du ministère de l’Intérieur concernant la vidéosurveillance algorithmique des Jeux olympiques. En quoi cela consiste-t-il exactement ?

Nous avons remporté l’appel d’offres pour couvrir les régions Sud, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Outremer. Dans le cadre de la Loi relative aux JO, notre outil, Videtics Perception, va pouvoir être déployé sur des événements sportifs, culturels et récréatifs jusqu’au 31 mars 2025. Cela concerne bien sûr les Jeux olympiques mais plus largement, tout ce qui rassemble un nombre de personnes important et où la gestion de foule peut jouer un rôle majeur dans la sécurité.

Il s’agit de détecter mais aussi d’anticiper d’éventuels problèmes de sécurité ?

Notre outil permet aux opérateurs de sécurité de créer des scénarios autour d’une caméra. On va pouvoir créer des barrières virtuelles, des zones virtuelles qui permettent d’être alerté si un scénario type se présente. Huit cas d’usage ont ainsi été identifiés selon lesquels nous allons pouvoir remonter une alerte en temps réel aux forces de l’ordre. Ces scénarios-là sont : un mouvement de foule, une estimation de densité trop importante, un véhicule à contresens, une intrusion dans une zone protégée, une personne au sol, un départ de feu, une détection d’arme à feu ou un bagage abandonné. Dans un de ces cas, on alerte l’opérateur, c’est toujours un opérateur humain qui prend la décision, ce n’est jamais l’IA qui est là pour remonter l’information.

Début 2024, Videtics a déjà participé à la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations. Comment cela s’est-il passé ?

Très bien. Et comme la compétition se déroulait en Côte d’Ivoire et que la Côte d’Ivoire a remporté la finale, il y a eu vraiment beaucoup de monde dans les fans zones autour d’Abidjan. C’est une première pour notre filiale Videtics West Africa, créée il y a quelques mois avec Dux, filiale du groupe ivoirien Kaydan. C’était une bonne mise en jambe pour tester nos solutions déployées en France depuis.

Vous venez de "participer" au Festival de Cannes, sur sa sécurisation, avez-vous d’autres projets sur des grands événements ?

Nous surveillons ce qui peut se passer mais il n’y a pas tant de grands événements que ça, surtout comparés aux JO. Le Tour de France qui va arriver à Nice, le Nice Jazz Festival, les festivals pyrotechniques, les concerts… nous pouvons les sécuriser et accompagner les forces de l’ordre dont beaucoup seront mobilisées sur les JO, à Paris et les sites olympiques. Les collectivités habituées à recevoir des renforts en période estivale, en auront moins cette année. Pour moi, il y a un créneau pour qu’elles puissent voir la pertinence de notre solution et pérenniser son utilisation.

En dehors du cadre de cette Loi relative aux JO, avez-vous le droit de donner des alertes quand vous détectez un problème ?

Non, nous n’avons pas le droit de proposer d’alertes en temps réel. Nous pouvons faire du comptage, des statistiques, comme nous le faisons pour certaines communes, mais pas d’alerte opérationnelle. Nous espérons qu’après cette expérimentation, les forces de l’ordre jugeront qu’il est pertinent d’avoir des solutions comme la nôtre et qu’une loi sera promulguée pour définir vraiment les cas d’usage sur lesquels on pourra agir avec elles. Une demande qui revient souvent pour les collectivités par exemple concerne les dépôts sauvages qui leur coûtent très cher et sont une forte nuisance pour l’environnement. Or, à date, il est impossible d’agir en temps réel, même si nous pouvons flouter des personnes ou des véhicules. Si un humain regarde, c’est possible, mais pas une machine. Nous le faisons donc en différé.

Alan Ferbach, co-fondateur et président de Videtics, avec Jean-Michel Diaz, directeur Provence Alpes Côte d’Azur Corse. TotalEnergies — Photo : DR

Selon vous, les choses évolueront-elles après les JO ?

Je pense que cela va permettre de poser un peu le débat, ça avancera, mais cela prend du temps et le temps c’est toujours difficile pour une start-up. C’est pour cela que nous diversifions et que nous travaillons dans le secteur privé, sans nous limiter au marché français, notamment avec des industriels, pour protéger à la fois des biens (un site, des matières premières…) et des collaborateurs. Si l’un d’eux est victime d’un accident ou d’un malaise, nous envoyons alors l’alerte en temps réel à un opérateur. Nous pouvons aussi directement avertir une personne, via un signal lumineux par exemple, si celle-ci est en train de se mettre en danger en s’approchant trop près d’une machine par exemple. Et nous venons d’être lauréats de TotalEnergies ce qui est très important pour nous aussi stratégiquement, car nous avons une volonté de nous déployer à l’international et via de gros industriels français. Nous travaillons déjà avec EDF et Suez, bientôt sans doute avec Veolia. Ils ont des sites à l’international que nous pourrons protéger de la même façon.

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