À l’origine de la start-up Élodie SAS, il y a une sœur, Élodie, qui marche avec des béquilles depuis des années. Il y a aussi l’ingéniosité de son frère Alexandre Manuguerra et enfin sa volonté et celle de ses deux associés d’aider le plus grand nombre à se déplacer, à conserver un maximum d’autonomie dans leur quotidien sans endurer de douleurs supplémentaires. Ensemble, ils s’apprêtent à lancer, le 1er avril, un kit d’amortissement pour béquilles. Ce dispositif médical de catégorie 1 est marqué CE, et pourrait bien connaître un décollage rapide.
Des années de développement
C’est en voulant trouver une solution pour sa sœur, née handicapée, qu’Alexandre Manuguerra, a créé ce kit. "En 2009, à l’âge de 22 ans, Élodie apprend qu’elle ne pourra bientôt plus marcher avec des béquilles, ces dernières lui occasionnant des douleurs aux épaules", raconte l’ingénieur en mécanique. Constatant le manque de produits adaptés sur le marché, il met au point un système spécifique. "Au bout de deux semaines d’utilisation, ma sœur n’avait plus aucune douleur", se souvient-il. Il aurait pu en rester là… "D’autres personnes de mon entourage ont utilisé mon kit, toutes ont été séduites. Puis, une équipe de kinésithérapeutes confirme l’engouement. Alors, avec deux associés, Xavier Gesset, un spécialiste de l’impression 3D et Frédérick Bossaert pour le développement commercial, nous nous sommes lancés en 2023", raconte-t-il.
Un kit breveté
Ainsi est née Élodie SAS, dont le produit phare, Elo-D, est un kit amortisseur, qui s’adapte sur la quasi-totalité des modèles de béquilles médicales du marché. Il suffit aux utilisateurs de retirer les deux tubes servant au réglage de la hauteur et de les remplacer par les composants du kit. " Plusieurs années de développement et de tests avec Élodie, ont débouché sur une solution réglable selon la pathologie, la démarche, le poids de chaque patient. Nous sommes par exemple passés d’un pied en aluminium à un pied en polymère, plus léger, nous avons ajouté un embout et isolé le ressort pour limiter les bruits, nous pouvons proposer une cale de raideur pour ajuster la raideur du ressort et l’adapter à chaque patient", détaille Alexandre Manuguerra. Et, l’ensemble a été protégé par un brevet à l’échelle de la France.
Des essais scientifiques et cliniques
"Certaines pièces du kit sont réalisées en interne en impression 3D, d’autres sont produites par l’entreprise seynoise Serelec. À terme, nous avons prévu de faire appel à l’Avath Toulon, qui aide à l’insertion des adultes handicapés, par le travail, pour l’assemblage et nous avons déjà intégré la possibilité de récupérer les kits usagés pour les recycler et les réintégrer dans notre process", explique l’entrepreneur. Le dispositif médical de catégorie 1 a son marquage CE et les trois associés attendent désormais le retour de l’ANSM pour l’autorisation de mise sur le marché. "Nous avons déjà le feu vert de l’Europe. Ensuite, à l’horizon 2026, nous espérons obtenir une autorisation de remboursement de la Sécurité sociale."
C’est dans cette optique que l’entreprise mènera au cours de l’année 2025 des essais scientifiques, en partenariat avec le laboratoire IAPS (Impact de l’activité physique sur la santé) de l’Université de Toulon et des essais cliniques avec le concours de l’hôpital hyérois Renée Sabran, un établissement hospitalier des Hospices Civils de Lyon, spécialisé en médecine physique et de réadaptation. "Ces essais doivent valider la qualité de notre solution d’amortissement, le temps de rééducation qu’elle peut faire gagner, mais aussi valider son utilité auprès de patients pour lesquels les béquilles sont aujourd’hui contre-indiquées", explique Alexandre Manuguerra.
Une levée de fonds de 250 000 euros
Avant même le lancement d’une campagne de communication, "notre produit existe déjà et nous avons déjà de la demande. En une année, nous avons constaté un engouement énorme et la bienveillance a fait considérablement avancer notre projet", se réjouit le dirigeant. Prochaine étape, qui n’est à l’ordre du jour que depuis le mois de novembre 2024 : une levée de fonds de 250 000 euros. Après avoir financé l’ensemble des développements sur fonds propres, cet apport en trésorerie permettrait à la jeune entreprise de produire son premier lot, puis d’étendre son brevet à 20 pays européens et d’acheter des machines d’impression 3D pour augmenter les cadences, évaluées à 100 kits par jour actuellement. Le business plan, que les associés ont voulu "très conservateur", prévoit la vente de 400 kits la première année, 1 000 la deuxième année et 2 500 la troisième. "Mais, vu comme c’est parti, vu l’intérêt du corps médical, nous irons sans doute plus vite", confie le dirigeant. Viendra ensuite la constitution d’une équipe pour fabriquer, contrôler puis, dans un second temps organiser le recyclage. Enfin, à plus long terme, Élodie SAS veut pouvoir s’adresser au monde entier, soit à travers l’octroi de licences, soit à travers la création d’antennes de production dans d’autres pays.