La Région Sud ne disposait pas encore d’une opération d’intérêt régional (OIR) dédiée à la Défense et à la sécurité. C’est désormais chose faite avec le lancement officiel, aux côtés du ministère des Armées, de cette neuvième OIR. Cette nouvelle filière d’excellence complète le dispositif d’attractivité de la collectivité régionale, aux côtés d’autres OIR dédiées notamment aux industries du futur, aux énergies de demain, à l’économie maritime ou encore à la naturalité. L’objectif est de structurer l’écosystème régional et de soutenir l’industrie, l’innovation et l’attractivité du territoire, en mobilisant l’ensemble des acteurs militaires, industriels et institutionnels.
500 millions d’euros mobilisés
L’objectif est fixé : faire émerger une cinquantaine de projets structurants et mobiliser 500 millions d’euros afin d’accompagner la montée en puissance des entreprises du secteur (plus de 2 140 sous-traitants de la Défense, dont 400 PME) et de sécuriser les phases critiques de recherche et développement. "Ces fonds seront mobilisables via les dispositifs Sud Développement, Sud Garantie ou encore Région Sud Investissement. Au total, ce sont 300 millions d’euros potentiels ouverts à nos PME. Nous avons par ailleurs créé le fonds Sud Défense, doté de 50 millions d’euros, avec l’Europe (Feder) et Bpifrance, afin de financer et d’accompagner le tissu industriel souverain et stratégique. Des financements européens pourront également être mobilisés pour soutenir les capacités de production et les infrastructures duales", détaille le président de la Région Sud, Renaud Muselier. La Banque européenne d'investissement a par ailleurs signé un "partenariat inédit" avec la collectivité.
À ces financements s’ajoutent la création d’un guichet unique, destiné à simplifier les démarches des entreprises, ainsi que des actions de formation afin d’anticiper les besoins en compétences.
La transformation des Armées
De quoi répondre aux attentes des armées, alors que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur est la première de France en termes d’effectifs militaires (47 800 personnels). Elle abrite notamment, à Toulon, la première base navale d’Europe et de projection en Méditerranée, avec 24 000 personnels civils et militaires, mais aussi le camp d’entraînement de Canjuers, unique par sa taille, ou encore une base industrielle et technologique de défense parmi les plus importantes du pays.
"La loi de programmation militaire 2024-2030 soutient une transformation ambitieuse pour atteindre des capacités d’engagement majeur", souligne Yves Métayer, l’officier général de zone de défense et de sécurité Sud et commandant de zone terre Sud.
Le défi est colossal, à la fois humain et matériel. "L’armée ne peut pas faire seule. Cette OIR est une opportunité de capitaliser sur les atouts de la région au service d’une armée dont les besoins sont croissants", ajoute-t-il. Il s’agit de "trouver des leviers d’accélération pour faire émerger rapidement des projets", complète le vice-amiral d’escadre Christophe Lucas, à la tête de la préfecture maritime de la Méditerranée.
Sept priorités identifiées
Les projets s’articulent autour de sept priorités communes : accélérer la production d’équipements de défense ; développer de grandes infrastructures industrielles et d’entraînement des forces ; soutenir l’innovation et la R & D ; renforcer les actions de formation et de soutien à l’emploi ; moderniser et développer les moyens logistiques de transport et de santé ; renforcer l’esprit de défense ; enfin, créer de nouvelles capacités de logement pour les forces. Certains projets sont déjà identifiés ou avancés, tandis que d’autres sont encore en recherche de financements.
Deux projets à l'aéroport Marseille Provence
L’aéroport Marseille Provence (197 millions d’euros de chiffre d’affaires) souhaite par exemple créer un pôle d’excellence de soutien aux armées sur une zone ouest de 33 hectares, le long des pistes, ainsi que sur 54 hectares supplémentaires. "Le projet Kairos, porté conjointement par AMP et Airbus Helicopters (son voisin, NDLR), doit permettre d’assurer la disponibilité opérationnelle de la flotte d’hélicoptères Airbus à travers la création d’un centre de ressources pour la formation des personnels militaires et des réservistes de la Garde nationale, ainsi que par l’amélioration continue de la disponibilité des aéronefs", détaille Julien Coffinier, président du directoire d’AMP.
Un second projet, sur les 54 hectares, vise l’émergence d’une infrastructure aéronautique de premier plan destinée à accueillir des activités de maintenance, de réparation et de révision.
Naval Group monte en puissance dans le Var
Dans le Var, Naval Group prévoit d’investir 140 millions d’euros à court terme pour l’agrandissement, déjà en cours, de son site d’Ollioules, à l’ouest de Toulon, ainsi que pour la création d’un centre d’excellence dédié aux drones à La Londe-les-Maures. "Ce centre, soutenu par la Région Sud, accueillera 550 collaborateurs pour la conception, l’assemblage, l’intégration et les essais de drones. Le centre d’essais sera mutualisé avec des partenaires et animé par le pôle Mer Méditerranée", explique Laurent Moser, directeur des opérations et de la performance chez Naval Group et président du pôle Mer Méditerranée.
Une plateforme d’innovation aéronautique et spatiale à Salon-de-Provence
Sur la base aérienne 701 de Salon-de-Provence, son commandant Olivier Kaladjan, par ailleurs directeur général de l’École de l’air et de l’espace, a présenté le projet de plateforme d’innovation aéronautique et spatiale (PIAS), susceptible de se concrétiser entre 2030 et 2035. Pour la première phase, le laboratoire NX, un bâtiment dédié à l’enseignement, à la recherche et à l’innovation, verra le jour : "Le budget a été bouclé, notamment grâce au soutien de la Région Sud et de fonds Feder, et le bâtiment sera achevé à l’automne 2028", précise le commandant.
La seconde étape, baptisée "Air et Espace", prévoit la construction d’un bâtiment comprenant des salles de formation et de conférences, un centre immersif à destination du grand public, une pépinière d’entreprises innovantes ainsi qu’une résidence de services étudiants de 120 chambres. "Nous recherchons encore des partenaires", souligne Olivier Kaladjan.
Préparation des hôpitaux militaires
Parmi les autres projets évoqués figure la préparation des hôpitaux militaires de Laveran, à Marseille, et de Sainte-Anne, à Toulon, en coordination avec l’Agence régionale de santé, afin d’anticiper un afflux de blessés et d’assurer la continuité des soins.
Aix-Marseille Université projette la création, à l’horizon 2030, d’un cursus dédié avec la mise en place d’une Université des métiers de l’industrie et des technologies de défense, tandis que l’Université de Toulon souhaite entériner sa vocation d’université duale.
Enfin, à Canjuers, dans le Var, sur le plus grand camp d’entraînement d’Europe occidentale, l’armée entend développer des moyens d’extinction des feux de forêt afin de permettre la poursuite des entraînements, y compris en période de sécheresse. "Nous voulons également développer des infrastructures d’accueil pour expérimenter de nouveaux matériels et recevoir des délégations étrangères", explique le général Guillaume Venard, commandant adjoint de la zone de défense et de sécurité Sud.