Elle a presque cent ans et vient de couper le ruban d’une énième renaissance. La papeterie de Bègles (Gironde), fondée en 1929 et rebaptisée pour l’occasion papeterie de la lune, a inauguré ce 21 février sa nouvelle ligne de fabrication de papier toilette et essuie-main à partir de ouate de cellulose, mise en marche au printemps dernier et destinée à des revendeurs professionnels (hygiénistes, grossistes…).
Antenne Ouest
Cette nouvelle activité arrive trois ans après la reprise du site par l’industriel bourguignon Global Hygiène (200 salariés, 80 M€ de CA). Il l’a repris des mains du groupe belge Etex, propriétaire depuis 2011. Etex y fabriquait, avec 90 salariés, un papier entrant dans la fabrication des plaques de plâtre avec une machine à papier qu’il dénonçait, au moment de son départ, comme "structurellement déficitaire depuis 2008".
Le site, passé de mains en mains au fil des décennies - Saint Frères, Saint-Gobain, Lafarge Plâtres, Etex - est aujourd’hui l’antenne industrielle Ouest de Global Hygiène et l’une de ses 4 usines de productions aux côtés des sites d’Auxonne (Bourgogne-Franche-Comté), Vern-d’Anjou (Pays de la Loire) et Charavines (Auvergne-Rhône-Alpes), ancienne usine d’ArjoWiggins relancée en 2020.
"Il n’existait jusqu’à présent aucune papeterie ouate permettant de fournir les clients du quart Sud-Ouest de la France", assure Luc Brami, le dirigeant de Global Hygiène. "Cette usine donne une nouvelle physionomie à notre groupe".
5 millions d’euros d’investissement
L’entreprise a investi 5 millions d’euros - dont 750 000 euros de prêt à taux zéro accordé par la région et issus de fonds européens - pour faire renaître l’activité industrielle de ce site. "Nous avons mis l’essentiel de l’investissement (environ 3 M€) sur les machines et un peu sur l’environnement", révèle ainsi Luc Brami.
La nouvelle ligne est en capacité de fabriquer environ 10 000 tonnes de papier d’hygiène par an, avec 12 à 15 salariés actuellement, dont 8 à la production. Plusieurs postes sont ouverts à l’embauche, notamment des caristes, des postes d’encadrement ou de maintenance. "Pour l’heure, la ligne tourne 5 jours par semaine, nous espérons la faire tourner aussi le week-end", révèle le dirigeant. Global Hygiène vise un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros avec cette première ligne.
Vers une nouvelle machine à papier
L’industriel a de la suite dans les idées : il réfléchit déjà à ajouter une seconde ligne de production et de transformation et à installer "une, voire deux" machines à papier pour fabriquer de la ouate de cellulose. Des machines plus onéreuses ("environ 30 M€") mais capables de décupler la production et d’assurer au groupe un approvisionnement local, ce dernier se fournissant aujourd’hui notamment dans sa papeterie de Charavines ou ailleurs en Europe.
Ces machines pourraient prendre la place de la machine à papier historique du site, mastodonte de 60 mètres de long entièrement démantelé en 2023 et exporté au Bangladesh. "La capacité de cette ligne était devenue trop petite pour le marché français, il n’y avait plus aucune rentabilité. En revanche, sur un pays émergent, elle pouvait fonctionner", précise Luc Brami. Au grand dam de l’association Avenir papeterie de Bègles, formée par d’anciens salariés, qui avait proposé un projet - depuis avorté - de reprise en Scop pour transformer les vieux papiers et cartons en matière biosourcée, destinée notamment à l’isolation.
La relance industrielle du site fait partie de la vaste opération d’intérêt national Euratlantique, l’établissement public d’aménagement ayant acheté puis cédé à l’entreprise une partie (les 5 hectares industriels) du foncier de l’ex-papeterie de Bègles. Poussée par une croissance porteuse du papier d’hygiène, elle reste à contre-courant d’une industrie papetière française en profonde déprise.