Elle dispose d’une capacité de production annuelle de panneaux cumulant une puissance de 200 MW, de quoi produire l'équivalent de la consommation électrique de l'agglomération d'Agen (120 000 personnes).
Le 28 novembre dernier, le producteur lot-et-garonnais d’énergie solaire photovoltaïque Reden Solar (250 collaborateurs, 153 M€ d’Ebitda, chiffre d'affaires non dévoilé) a inauguré en grande pompe sa nouvelle usine d’assemblage de panneaux photovoltaïques à Roquefort, près d’Agen (Lot-et-Garonne).
Un investissement de 4,5 millions d’euros, opérationnel depuis mi-2024 et employant une douzaine de salariés, dans lequel elle souhaite assembler jusqu’à 300 000 panneaux par an ("à 70 % d’origine européenne et à au moins 50 % française").
Elle vient remplacer une première usine, construite dès 2009, qui sortait "50 à 60 MW par an, contre 200 ici, soit trois fois plus. L’usine précédente était limitée en puissance, la taille physique des panneaux que nous y fabriquions ne correspondait plus aux marchés. Avec cette nouvelle usine, nous sommes plus flexibles, capables de monter rapidement en charge et d’assembler plusieurs types de panneaux différents", explique Frank Demaille, ancien cadre d’Engie nommé directeur général de Reden en juillet 2024.
"Maîtriser la chaîne de valeur"
Plus encore que le souhait de consolider son activité de fabricant de panneaux (les cellules étant fabriquées en Asie et les composants provenant d’Europe), Reden souhaite garder sa maîtrise de "l’ensemble de la chaîne de valeur" de la production photovoltaïque, de la conception des projets à leur exploitation.
"L’usine d’assemblage nous permet d’avoir une connaissance fine des matériaux et des processus de fabrication des panneaux. C’est ce qui nous permet de nous engager sur leur durée de vie, entre 35 à 40 ans", souligne Frank Demaille.
Cette connaissance lui permet également de mieux négocier avec ses fournisseurs. Enfin, la flexibilité de l’usine donne aussi les moyens à Reden de "pouvoir fabriquer de plus petites séries" pour cibler davantage de types de projets différents.
Consortium financier
Née en 2008, l’entreprise agenaise, ancienne branche photovoltaïque du groupe Fonroche qui l’a cédée en 2017 à Eurazeo et Infravia, est depuis 2022 contrôlée en quasi-totalité par un consortium de fonds regroupant l’australien Macquarie Capital (65 %), le canadien British Columbia Investment Management Corporation (BCI, 25 %) et l’allemand MEAG (15 %).
"C’est une belle réussite que d’avoir réussi à les attirer au capital de cette belle ETI en croissance qu’est Reden. Les trois ont une vision de très long terme", précise le dirigeant de l’entreprise, dont l’actif lors de sa vente a été évalué à 2,5 milliards d’euros. "Elle vaut plus aujourd’hui", glisse encore Frank Demaille.
Un pionnier des serres solaires
Reden, qui dispose désormais de 800 sites en exploitation, a longtemps fait figure de pionnier en installant des panneaux solaires sur le toit des serres maraîchères ; des installations dont il assure le financement, remboursé grâce à la vente d’électricité. Il en exploite aujourd’hui une centaine sur 300 hectares, soit "près des deux tiers du marché français".
Une installation moyenne représente "environ 3 à 4 mégawatts. Il n’y a pas d’opposition locale, cette activité continue de se développer, c’est un fonds de commerce récurrent qui bénéficie d’un bouche-à-oreille efficace grâce à des agriculteurs jouant le rôle d’ambassadeurs", résume Frank Demaille, assurant que les serres représentent 10 à 20 % de l’activité de Reden en France.
Contrat record avec la SNCF
Cette activité, si elle a longtemps été et reste vecteur d’une bonne image pour Reden, ne lui permettra en revanche pas de réaliser l’ensemble de ses ambitions pour le développement du parc photovoltaïque français, qui voudrait passer de 22 GW de puissance installée jusqu’à 100 GW à horizon 2035.
Consciente du défi et souhaitant y tenir son rôle, l’entreprise a signé dès fin 2022 avec la SNCF le plus gros contrat d’achat direct d’électricité renouvelable de France et l’un des plus important en Europe, prévoyant la construction de 4 centrales pour une puissance de 146 MW et une capacité de production de 207 GWh par an à horizon 2026. L’ETI affirme disposer aujourd’hui de 1100 MW de sites déjà opérationnels et d’un portefeuille de projets européens de 5000 MW. Elle souhaite atteindre 10 000 MW de capacité installée à horizon 2030.
Virage agrivoltaïque
L’ETI s’affiche donc frontalement en "champion national de l’agrivoltaïsme" et mise de plus en plus sur les centrales au sol, "une bonne réponse aux problématiques des besoins du solaire". Un modèle différent de celui des serres, puisque l’entreprise paye un loyer à l’agriculteur à l’hectare, qui varie en fonction de la rentabilité du projet.
Le décret national relatif au développement de l’agrivoltaïsme au sol, publié en avril dernier, a servi de coup d’accélérateur à de nombreux projets en cours de développement chez Reden, qui souhaite que ce marché des centrales au sol (10 à 12 MW sur 10 à 15 hectares en moyenne) représente 50 % de son portefeuille de projets en cours de développement.
Le gisement est massif : "la France veut réserver 0,3 % de la surface agricole utile au photovoltaïque. Aujourd’hui, 5 % de cette SAU est en friche ou à très faible rendement", énumère le dirigeant de Reden.
Un déploiement massif
C’est pour ce penchant pour l’agrivoltaïsme, à l’entendre, que Reden a été choisi par la Banque des Territoires fin novembre, pour développer, d’ici à trois ans, près de 900 MW de centrales photovoltaïques. Le tout devrait comprendre 150 MW de serres agrivoltaïques, 500 MW de centrales classiques au sol. Le reste devrait être installé "sur des terrains dégradés déjà industrialisés".
Ce vaste déploiement, qui nécessitera un budget total de l’ordre de 750 millions d’euros, se fera via Reden Territoires, une entreprise commune décrite comme une "plateforme d’investissement" détenue à 51 % par Reden et à 49 % par la Banque des Territoires.
Reden, enfin, ne s’interdit pas de continuer à investir dans son déploiement industriel. "Ce n’est pas prévu dans l’immédiat, mais nous avons encore de la place dans cette usine pour rajouter une ligne de production", termine le directeur général. Dernière preuve concrète de son ambition, s’il en fallait une : l’ETI souhaite passer de 250 à 350 salariés d’ici à fin 2025.
Un périmètre de croissance international
Si son directeur général affirme volontiers que "la France a une place prépondérante dans le business model du groupe", puisqu’elle représente "40 à 50 % de ses objectifs" d’installation, Reden n’en oublie pas l’export. "Aujourd’hui, la moitié de nos résultats sont imputables à la France. À terme, on souhaiterait que cet indicateur passe à environ 40 %, dans un souci de meilleure répartition", assure Frank Demaille.
L’intégrateur lot-et-garonnais est ainsi présent dans 8 pays en plus de la France. Il s’est attelé à conquérir l’export dès 2011 en ouvrant des bureaux à Madrid pour cibler l’Espagne et le Portugal, où il vise une production de 73 126 MWh par an (dont 62 000 en Espagne). La même année, il s’est installé en Amérique Latine et en Amérique centrale - où il dispose aujourd’hui de 300 MW installés - à Porto Rico (67 000 MWh produits par an), au Mexique (61 614 MWh/an) l’année suivante et en 2018 au Chili (environ 23 000 MWh/an). Enfin, Reden a attaqué la Grèce (plus de 5 500 MWh/an) en s’implantant à Athènes en 2020 et l’Italie en arrivant à Rome (36 000 MWh/an).
En avril dernier, il a signé un contrat d’achat d’électricité avec le producteur milanais Renantis, pour l’achat de 90 MWc répartis sur 11 centrales (130 GWh de production annuelle) de Reden en Italie, dont la construction doit se terminer au second semestre 2024. En juillet, enfin, l’ETI a nommé un responsable dédié au marché Allemand, où elle dispose déjà de 400 MW de projets en cours de développement.