Implantée à Saint-Lyé, dans l’Aube, la coopérative agricole La Chanvrière (750 adhérents ; 70 salariés) franchit une nouvelle étape en annonçant s’implanter sur un second site, dans les Ardennes, à Juniville. La nouvelle unité aura une capacité de production de 50 000 tonnes de chanvre par an. Elle représente un investissement d'"a minima 15 millions d’euros", d’après Benoit Savourat, le président de La Chanvrière. Pour autant, "le montant de l’investissement engagé n’est pas encore arrêté, car nous sommes encore dans les arbitrages, notamment pour choisir le matériel installé", précise-t-il.
Le nouveau site devrait être opérationnel fin 2027, et sera installé sur un terrain vierge de 5 hectares, dont le rachat par la coopérative est en cours. Le dépôt du permis de construire devrait intervenir fin 2025.
Une croissance du marché
Pour l’entreprise, l’objectif affiché est d'"augmenter nos capacités de défibrage et répondre à la forte croissance de nos marchés". Créée en 1973, la Chanvrière avait déjà doublé ses capacités de production en 2020 et déménagé son usine de Bar-sur-Aube à Troyes, pour un investissement de près de 25 millions d’euros. Son site troyen a désormais une capacité de production de 100 000 tonnes par an. Avec cette nouvelle implantation, l’entreprise augmente encore ses capacités de production de 50 %.
"À la fin des années 90, d’autres opérateurs ont commencé à produire du chanvre industriel : les marchés se sont ouverts. Depuis le début des années 2020, il y a une nouvelle accélération", analyse Benoit Savourat. En France, cette accélération est en partie portée par La Chanvrière : la Région Grand Est représente 50 % du chanvre français et 20 % du chanvre européen, en 2022. D’après les statistiques agricoles annuelles du ministère de l’Agriculture, l’Aube est le premier département du Grand Est, avec 48 700 tonnes de chanvre textile et industriel produit en 2024, devant la Marne qui en produit 24 900 tonnes.
De nombreux débouchés
Avant la création de La Chanvrière, les agriculteurs du territoire apportaient leur production à un client principal : l’usine de pâtes à papier SA des Papeteries Bolloré, à Troyes. C’est suite à sa fermeture que La Chanvrière s’est constituée, pour pouvoir continuer à produire pour le marché papetier. "Au départ, nous étions la seule coopérative à faire du chanvre industriel en Europe. Il nous a fallu trouver nous-mêmes des marchés et des débouchés", poursuit Benoit Savourat.
La Chanvrière produit aujourd’hui pour plusieurs filières, et notamment sous ses propres marques : Canalia pour le textile, Kanabat pour l’isolation thermique et acoustique, Promulch pour l’entretien des sols, AubiChick, Aubiose et Aubizoo pour les litières pour chevaux, poules et animaux de compagnie. La Chanvrière réalise aujourd’hui deux tiers de son chiffre à l’export.
"Nous avons un poids important dans le bâtiment, mais nos marchés restent très diversifiés et nous n’en sommes qu’au début : la création de Fibres Recherche et Développement nous aide sur ce point", continue Benoit Savourat. Fondé en 2011 par 11 industriels producteurs de fibres, de renforts, ou acteurs majeurs de la chimie du végétal, dont La Chanvrière et Vivescia, le centre technique implanté près de Troyes a pour objectif de favoriser l’émergence et le développement d’applications innovantes pour les fibres végétales issues de biomasse.
Concentrer les acteurs sur un territoire
"Troyes Champagne Métropole a retenu la bioéconomie comme un axe prioritaire et développe à proximité immédiate un parc d’activités de 40 hectares dédié à ces activités, sur lequel se situe déjà le site aubois de La Chanvrière notamment", explique Philippe Charmont, directeur adjoint de Business Sud Champagne. L’agence de développement économique a créé une cellule interne dédiée à la filière, pour faciliter la création et l’installation de projets. "L’objectif est de favoriser l’installation d’entreprises, plutôt positionnées sur la deuxième transformation du chanvre", explique-t-il. Les différents acteurs du secteur travaillent au développement de la filière au sein du Pôle européen du chanvre, créé en 2023. La Société coopérative d’intérêt collectif regroupe un noyau de 11 partenaires et de 350 acteurs diversifiés et a organisé fin 2024 le premier forum mondial du chanvre, à Troyes.