De la tempête Alex qui l’avait entièrement détruite en octobre 2020, la Brasserie du Comté s’est relevée. Après avoir investi 4 millions d’euros pour littéralement renaître - trouver un nouveau terrain, y construire un bâtiment écoresponsable de 1 400 m2, acheter des machines -, l’entreprise de Saint-Martin-Vésubie née en 2012 poursuit sa marche en avant en investissant 1,5 million d’euros sur les deux ans à venir.
Agrandir les lieux et varier les plaisirs
"Il nous faut d’abord agrandir la brasserie, sans quoi elle sera trop petite d’ici trois ans, explique Edwards Dilly, directeur général associé. Nous prévoyons aussi de nouveaux produits, notamment dans le sans alcool, nous avons déjà la limonade et le cola. Nous voulons développer les canettes, plus pratiques et écologiques."
Une encartonneuse (120 000 euros) a déjà été acquise pour conditionner bouteilles et canettes automatiquement et réduire la pénibilité pour les équipes. Des équipes passées de 7 à 21 salariés depuis la tempête Alex et qui devraient encore s’étoffer à la faveur d’une croissance annuelle de 30 à 35 %, portant le chiffre d’affaires à 2,3 millions d’euros en 2023 (690 000 euros en 2019).
Création d’une filière 100 % régionale
Avec la flambée des prix du verre, de l’énergie ou du malt, les brasseries indépendantes sont en crise. Selon le SNBI, leur syndicat national, 10 % d’entre elles menacent de baisser le rideau en 2024. Dans ce contexte, l’entreprise azuréenne investit aussi dans la Malterie artisanale Provence-Alpes, qui vise à structurer la filière orge-malt-bière en région Sud. Sise à Sisteron dans les Alpes-de-Haute-Provence, celle-ci devrait être opérationnelle en 2025. Une quarantaine de sociétaires (brasseries, agriculteurs, coopérative AgriBio) sont engagés dans cette Scic, Société coopérative d’intérêt collectif qui implique de réinvestir dans l’activité la quasi-totalité des excédents.
Avec le soutien de la région Sud, ils ont réuni 100 000 euros. La Brasserie du Comté a participé à hauteur de 10 000 euros. "Nous avons reçu beaucoup d’aide après la tempête, c’est normal de donner, reprend Edwards Dilly. Tout cela a bien sûr un coût. Le malt que nous achetons habituellement entre 1 euro et 1,10 euro le kilo, nous l’achetons là jusqu’à 2 euros, sans le répercuter sur nos prix de vente. C’est un pari, mais cela va dans le sens que nous avons toujours souhaité." À savoir produire au maximum en local, comme l’a toujours fait celle qui fabrique ses boissons à partir de l’eau de source de la Vésubie.
Locomotive économique de la Vallée
Ce credo rend la Brasserie du Comté locomotive de son territoire perché à 1 000 mètres d’altitude au-dessus de Nice. Pour dynamiser son tissu économique, elle a aménagé une salle de conférences en vue de séminaires pouvant accueillir jusqu’à 50 personnes. "Nous avons démarré avant l’été avec des équipes de la Caisse d’Épargne et une entreprise monégasque. Nous organisons une sorte de team building avec des partenaires locaux pour montrer les activités de la Vallée, de l’accrobranche ou une nuit dans un refuge." Et, bien sûr, une visite de la Brasserie qui ouvre toujours plus grand ses portes, aux entreprises comme aux particuliers, pour des ateliers de brassage ou des "apéros" avec dégustation de biscuits fabriqués à partir de sa drêche, les résidus végétaux issus des matières premières naturelles utilisées lors du brassage et le plus souvent jetés. Ou comment produire un cercle des plus vertueux.