Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
Concrètement, il y a un blocage de la reprise sans frais des déchets des entreprises de construction sur les chantiers de démolition, contrairement à ce qui est prévu dans la responsabilité élargie du producteur (REP) Bâtiment. L’éco-organisme agréé par l’État, Valobat, a pris cette décision début juillet nous expliquant que ce n’était pas viable économiquement. C’est brutal et unilatéral. Et ce n’est pas la seule défaillance. Nos entreprises se sont pourtant organisées pour répondre à cette injonction, pour optimiser le tri. Et le service ne fonctionne pas !
Quelles sont les conséquences économiques pour les entreprises de la construction ?
Les conséquences sont énormes, parce que l’écotaxe est toujours levée. Les entreprises la paient toujours lors de l’acquisition des matériaux. Mais comme il n’y a plus de services de reprise, ces mêmes entreprises sont obligées de payer le traitement des déchets comme elles le faisaient avant la mise en place de la REP. C’est la double peine. Prenons l’exemple d’un de nos adhérents, dirigeant d’une entreprise de maçonnerie de 35 salariés dans les Combrailles. Il a payé 18 400 euros d’écocontribution sur un an. Mais il continue de solliciter sa filière de traitement des déchets qui lui coûte 7 650 euros. C’est loin d’être anodin pour cette entreprise qui réalise environ 3,5 millions de chiffre d’affaires.
Pour autant, vous n’êtes pas opposés à cette REP Bâtiment ?
Le principe du pollueur-payeur est très largement accepté. Il est normal qu’un émetteur sur le marché d’un produit manufacturé quelconque assume sa part de responsabilité dans le traitement de sa fin de vie. La REP bâtiment a des objectifs louables : accélérer et développer le recyclage et le réemploi des déchets du bâtiment et aussi réduire les dépôts sauvages. Mais manifestement, la filière est à bout de souffle.
Que demandez-vous aux pouvoirs publics ?
Nous aimerions qu’il y ait plus de transparence sur l’utilisation des écocontributions et sur le suivi de la REP avec notamment plus de contrôles de l’État. Surtout, notre fédération exige une refonte profonde de la filière qui a été mise en place trop vite sans réelle concertation.
Cette refonte est justement en discussion. Le ministère chargé de la Transition écologique dit vouloir une filière déchets du bâtiment "plus soutenable et plus lisible" ? Qu’attendez-vous de cette remise à plat ?
Il va falloir évoquer la question de l’efficacité. Et peut-être changer le schéma organisationnel de cette reprise des déchets. Il serait plus pertinent de se concentrer sur les déchets qui sont peu recyclés, comme le plastique et les isolants. Nous attendons toujours beaucoup sur la partie recherche et développement sur les nouvelles filières. En revanche, sur des matériaux comme le bois ou le béton, il n’y a pas de valeur ajoutée à garder une écocontribution et à rajouter de la lourdeur à des filières de recyclage qui existaient déjà et qui fonctionnaient très bien avant la REP.