Depuis sa création à Béziers (Hérault) en 2021, la société de technologie Genvia (180 salariés), qui développe une nouvelle génération d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène décarboné, suit un plan stratégique méthodique, conçu étape par étape. Le cap franchi en novembre 2024 porte sur la signature d’un contrat de test avec le groupe de sidérurgie ArcelorMittal, afin de déployer un démonstrateur au sein de son usine (250 salariés) de Saint-Chély-d’Apcher en Lozère, qui produit 100 000 T par an d’aciers électriques pour la mobilité.
Un processus d’innovation continu
Jusqu’en 2024, Genvia concentrait ses efforts sur la conception de "stacks" : ces empilements de cellules électrochimiques sont l’élément de base de ses électrolyseurs. Depuis six mois, elle a commencé à développer ses premiers modules, qui regroupent autour des stacks d’autres composants comme des systèmes d’étanchéité, de refroidissement, de distribution des gaz… Le contrat signé avec ArcelorMittal l’amène à aménager sur son site biterrois, depuis l’été dernier, une plateforme de tests de modules. "Cette plateforme est un véhicule d’apprentissage qui nous permet d’optimiser notre technologie et de démontrer qu’elle peut être déployée dans un environnement industriel", explique Florence Lambert, présidente de Genvia.
Une percée industrielle dans la sidérurgie
Une fois ce cycle de tests achevé, la plateforme, déjà conçue à l’échelle industrielle, sera dupliquée dans l’usine d’ArcelorMittal d’ici la fin 2025. Genvia signera, à cette occasion, une vraie prouesse : il s’agira d’un des premiers démonstrateurs expérimentaux au monde à être déployé sur un site industriel en conditions réelles. Il permettra au métallurgiste de remplacer l’hydrogène traditionnel produit par reformatage des gaz naturels par de l’hydrogène bas carbone issu de l’électrolyse de l’eau. Le système que finalise Genvia générera 200 kg d’hydrogène par jour.
"L’industrie sidérurgique est à l’origine de 6 à 7 % des émissions de CO2 dans le monde. Pour être encore là dans 50 ans, elle doit impérativement se décarboner. Dans notre usine de Lozère, nos procédés consomment beaucoup d’énergie, qu’on essaie de recycler. L’électrolyseur de Genvia nous permettra d’utiliser l’énergie non recyclée dans nos fours de recuit, ce qui est un avantage par rapport à des technologies concurrentes", commente Bruno Ribo, directeur général d’ArcelorMittal Electrical Steel Europe, rajoutant que le groupe vise une réduction de 35 % de ses émissions d’ici 2030.
Une patiente marche vers l’industrialisation
Pour Genvia, le partenariat est riche de perspectives économiques : Bruno Ribo rappelle que le groupe indien possède 50 lignes de production similaires en Europe… Mais ce contrat permet surtout à la société biterroise, qui reçoit 200 millions d’euros d’aides de l’État, de démontrer qu’elle tient son planning. Son objectif à moyen terme est de produire un stack par jour, et un module par mois. En 2026, elle disposera d’un produit manufacturable. L’étape suivante, encore plus décisive, sera la construction d’une gigafactory employant jusqu’à 1 500 personnes, qui permettra d’industrialiser la production d’électrolyseurs. Sur la base des résultats positifs en cours, les actionnaires de Genvia (le CEA, SLB, Vinci Construction, Vicat et la Région Occitanie) devraient donner leur feu vert à ce chantier majeur en 2026 également.