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Hugues Salord (Santevet) : "Notre objectif est de réaliser 50 % de notre chiffre d’affaires à l’international en 2028"
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Hugues Salord président de Santévet "Notre objectif est de réaliser 50 % de notre chiffre d’affaires à l’international en 2028"

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L’assurance santé des animaux de compagnie Santevet a connu un exercice 2025 record. Hugues Salord, son dirigeant revient sur la stratégie internationale du groupe et les investissements engagés depuis sa levée de fonds de 150 millions d’euros en 2022. Avec l’objectif affiché de doubler de taille d’ici 2028 tout en améliorant sa rentabilité.

Hugues Salord, président de Santévet — Photo : SantéVet

Vous venez de prendre connaissance des résultats 2025 de Santevet (500 salariés ; 154 M€ de CA en 2025), quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 154 millions d’euros (primes encaissées et services), dont 70 % sur le marché français. Soit une croissance de 27 % comparé à 2024, où le chiffre d’affaires était de 121 millions d’euros. Nous comptons 500 000 clients en portefeuille, en incluant les assurés de Tedaisy, un courtier anglais au capital duquel nous détenons une participation majoritaire depuis septembre 2025.

Pourquoi avoir repris un courtier britannique spécialiste de l’assurance des animaux de compagnie ?

Le marché britannique est en avance sur le nôtre, et de façon générale, sur les autres pays européens. L’assurance animaux de compagnie a démarré en 1976 au Royaume-Uni, leur taux d’équipement (le pourcentage de propriétaires de chiens et chats ayant souscrit une assurance santé pour leur animal, NDLR) avoisine les 40 %. Donc ce marché-là est historiquement l’un des plus matures, structurés et concurrentiels. Il s’impose comme un véritable laboratoire d’observation pour notre secteur. Il nous enseigne plusieurs points essentiels : d’abord, l’importance d’un modèle tarifaire rigoureux afin de garantir une équité entre les assurés et la pérennité économique des contrats. Ensuite, la nécessité d’adopter une approche agile de la tarification, pour s’adapter rapidement aux innovations vétérinaires et à la hausse des coûts médicaux. Enfin, la maturité britannique souligne combien la valeur de l’assurance repose sur la confiance — celle des propriétaires d’animaux, mais aussi et surtout celle des vétérinaires, partenaires naturels de ce modèle.

Avez-vous d’autres projets d’acquisitions à l’international ?

Nous sommes déjà présents en Belgique (piloté depuis la France), en Espagne (très forte croissance), en Italie, en Allemagne et sommes en discussions avancées pour deux acquisitions potentielles en Allemagne et aux Pays Bas, qui devraient, je l’espère, aboutir cette année. Notre objectif est de réaliser 50 % de notre chiffre d’affaires à l’international en 2028.

Comment pensez-vous nourrir votre croissance organique ?

Nous anticipons un taux de 40 % de croissance en 2026. À côté de nos canaux de distribution BtoC (web et call-centers) qui nous apportent 85 % de nos ventes, nous développons des partenariats BtoB avec l’objectif de les faire monter en puissance. Nous avons signé fin 2025 un partenariat avec l’italien Conad, une coopérative de distribution de produits pour animaux dotée d’un réseau de plus de 3 300 magasins dans la Botte. Nous avons également repris le courtier généraliste Hueber (Tarbes), qui va distribuer nos produits comme le groupe Apicil avec lequel nous venons de nouer un partenariat. Enfin, à compter de fin janvier 2026, nous allons être intégrés dans le comparateur allemand d’assurances Check24.

Quel sera le rôle des cliniques vétérinaires ?

Les cliniques vétérinaires demeurent un levier de recommandation stratégique pour Santévet. En 2025, près d’un nouveau client sur deux est issu d’une recommandation directe de son vétérinaire. Ce chiffre illustre la solidité du lien de confiance établi depuis plus de vingt ans avec les praticiens.

Sur les 8 000 établissements vétérinaires recensés par l’Ordre national des Vétérinaires, nous avons tissé une relation active avec 6 000 d’entre eux, en particulier les cliniques prenant en charge les animaux de compagnie (chiens, chats et NAC) depuis plus de deux décennies : échanges réguliers, outils de gestion partagés ou opérations de communication conjointes, notamment via Canopia, notre service d’information sur des écrans installés dans les salles d’attente.

Nous avons également noué des relations privilégiées avec des groupes comme IVC Evidencia, Sevetys et Univet.

Où en êtes-vous du développement du service de paiement des factures de soins vétérinaires Payvet ?

Payvet est une solution de facilité de paiement innovante développée par santévet en partenariat avec l'organisme de crédit alma et proposée par 4 000 cliniques vétérinaires. Elle s'adresse à tous les propriétaires d'animaux, qu'ils soient assurés ou non. Pour nos assurés Santévet et Bulle bleue, c'est une forme de "tiers payant" même si l'ordre des vétérinaires n'aime pas que l'on emploie ce terme. Et s'il y a un reste à charge, nous leur proposons de le régler en trois fois gratuitement. Pour les propriétaires qui ne sont pas assurés, Payvet permet d'échelonner le règlement de la facture en plusieurs versements, jusqu'à 12 échéances, avec des frais pouvant être pris en charge par la clinique et par le client. Pour nos assurés Santévet ou Bulle bleue, le service Payvet permet un paiement direct de leur facture. C'est une façon également de sécuriser le règlement pour les praticiens.

Quels volumes ont été traités par Payvet en 2025 ?

Nous avons versé 40 millions d’euros de remboursements, soit 170 000 factures pour la France et la Belgique. Le panier moyen pour les non-assurés qui bénéficient des services de crédit de notre partenaire Alma pour le règlement de leurs frais vétérinaires s’élève à 500 euros et à 150 euros pour les assurés. Nous allons développer ce service en Espagne en 2026.

Vous annoncez une croissance de 40 % de vos revenus en 2026, comment allez-vous gérer ces nouveaux afflux de contacts et demandes de remboursements ?

L’année dernière, nous avons été victimes de notre succès, avec des délais d’attente pour les appels et les mails entrants qui se sont allongés. Depuis fin 2025, nous avons mis en place Sales Force, un nouvel outil de gestion de la relation client.

Nous nous sommes fixés comme objectif de répondre aux appels téléphoniques en moins d’une minute et en moins de 24 heures pour les mails. Je souhaite que les demandes de remboursement soient traitées en 24 heures, contre 48 heures aujourd’hui.

Aujourd’hui 20 % de nos demandes de remboursements sont automatisées essentiellement pour des requêtes simples comme le remboursement de vaccins par exemple, grâce à l’IA notamment et nous voulons passer à près de 50 % fin 2026 en France. La technologie est là pour seconder nos équipes du service client et pour l’indemnisation mais c’est juste un outil de productivité, à côté du facteur humain qui reste primordial pour Santévet.

Vous aviez 7 assureurs qui garantissaient vos risques, vous ne travailliez désormais qu’avec 2, Allianz et Axa Assurances. Que vous apporte cette nouvelle configuration ?

C’est plus simple de travailler avec moins de fournisseurs. Nous allons réaliser des économies d’échelle car nous pèserons plus pour chacun d’entre eux et bâtir des partenariats stratégiques avec eux.

Quel est le contenu de votre partenariat avec AXA et Allianz ?

AXA et Allianz sont les assureurs porteurs de risques de l’ensemble des programmes d’assurance santé animale et responsabilité civile opérés par Santévet en Europe.

Nos assureurs nous accompagnent activement dans le cadre d’une collaboration structurée autour d’une stratégie de tarification co-construite, orientée à la fois vers la croissance et la rentabilité, et d’un soutien concret au développement commercial sur les marchés européens.

En tant que courtier spécialiste, Santévet bénéficie d’une délégation très étendue couvrant la conception et la tarification des offres, la souscription, la gestion des contrats et des sinistres, ainsi que l’encaissement des primes, la lutte contre la fraude et le traitement des réclamations.

Est-ce dans ce cadre que vous travaillez sur votre data pour améliorer le ratio sinistres/primes et la rentabilité ?

La maîtrise de l’équilibre technique et financier est un pilier historique du modèle Santévet. Elle repose sur une stratégie de tarification rigoureuse, alimentée par plus de 20 ans de données propriétaires en santé animale. Dans le cadre de ces partenariats, des engagements clairs de rentabilité ont été définis avec nos assureurs. La collaboration entre nos équipes techniques est renforcée afin d’affiner en continu le pricing et le pilotage des portefeuilles. Nous avons 20 années de data et allons grâce à l’outil Aku8 (logiciel de tarification dopé à l’IA pour actuaires) affiner l’analyse des risques sur tout le portefeuille.

Allez-vous recruter pour mieux exploiter toutes ces données utiles pour la construction de vos garanties ?

Notre service digital emploie déjà 80 personnes et nous allons encore recruter une cinquantaine de personnes cette année pour la technologie et l’ingénierie marketing, deux fonctions qui tournent autour de l’analyse de la data. Nous investissons aussi pour mieux exploiter toutes les données issues de notre portefeuille depuis plus de 20 ans. C’est un pilier pour un bon pilotage du groupe. Je ne suis pas inquiet, notre ratio sinistres/primes est inférieur à 60 % mais nous pouvons encore l’améliorer.

Lyon # Assurance # Grandes Entreprises # Gestion # Marketing-communication # Commercial