Reproduire des phénomènes aujourd’hui réservés au soleil et aux étoiles pour générer une énergie sûre, abondante, compétitive et bas carbone. C’est, en vulgarisant à l’extrême, l’objectif de GenF. Créée par Thales en partenariat avec le Centre d’énergie atomique (CEA), le CNRS et l’école Polytechnique, ce qui ressemble aujourd’hui à une start-up est destinée à devenir un acteur mondial, moyennant un développement en Gironde.
Le secret : la fusion nucléaire par confinement inertiel
GenF partagera ses équipes entre la capitale et le Barp, où elle a été inaugurée ce 15 mai. C’est là qu’un démonstrateur doit être construit d’ici 2028, le projet Tarannis, un hub fusion qui emploiera 30 à 40 personnes. Il expérimentera la fusion nucléaire dite "par confinement inertiel" (FCI). Le process — qui n’a rien à voir avec la fission utilisée dans les centrales nucléaires, à base d’uranium — suscite ces dernières années l’intérêt des scientifiques, en parallèle de la fusion dite par confinement magnétique qui repose sur la chaleur (projet Iter dans les Bouches-du-Rhône).
La FCI consiste à comprimer par une centaine de lasers très puissants des isotopes d’hydrogène issus de deuterium (un "carburant" disponible dans l’eau de mer) dans une capsule de la taille d'un grain de poivre. "La fusion par confinement inertiel n’émet ni CO2 ni déchet radioactif (principalement de l'hélium, un gaz neutre, NDLR), explique Yann Gérard, président de GenF. Elle était essentiellement utilisée dans le secteur de la défense, on est en mesure aujourd’hui de l’utiliser dans un cadre civil." Avec une commercialisation du réacteur envisagée en 2040 et une intégration au mix énergétique français à partir de 2050.
Un enjeu national
"Seule une petite dizaine d’entreprises dans le monde l’étudie, et nous bénéficions en France d’une puissance déjà en place qui nous confère — j’en suis sûr — de l’avance", affirme Yann Gérard. Il fait ici référence au Laser Mégajoule du CEA inauguré 2014 sur un site voisin. Créé pour reproduire les conditions d’une arme nucléaire après l’abandon par la France des essais en conditions réelles, il est l’un des deux au monde capables d’une telle puissance. GenF pourra y valider sa technologie, avec un premier tir envisagé en 2027.
"Le temps nucléaire est long, rappelle Alexis Morel, vice-président en charge des activités laser chez Thales. Mais il faut commencer tôt." D’autant que "les besoins en énergie vont être colossaux, rien qu’avec l’IA", martèle le président de région Alain Rousset.
Levées de fonds
Sans attendre, GenF cherche des fonds. Financé à 100 % par Thales aujourd’hui (18,5 M€ d’investissement, dont 3,5 M€ de l’État via France 2030) il n’a pas vocation à être une filiale. "Thales initie le projet en tant que leader mondial des lasers de haute puissance, avec une exclusivité pour cette partie, mais nous ne serons plus à terme qu’un partenaire parmi d’autres", détaille Alexis Morel.
"Nous sommes en phase de levée de fonds pre-seed", précise Yann Gérard, qui espère boucler l’opération d’ici la fin de l’année, pour un montant "de l’ordre de nos investissements" ; qui nécessitera plus tard de nouveaux tours de tables pour rassembler plusieurs centaines de millions d’euros. Il sera alors temps d’embarquer l’Europe, estime Alain Rousset, qui se dit dans "le bonheur total" de voir naître ce projet qui mêle industrie et recherche au cœur de l’écosystème Route des lasers, développé depuis 12 ans autour du Laser Mégajoule.