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Frédéric Tuscan, le grimpeur qui sauva les chaussons d’escalade EB
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Frédéric Tuscan, le grimpeur qui sauva les chaussons d’escalade EB

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Frédéric Tuscan a transformé sa passion pour les falaises en projet entrepreneurial : cet ancien vice champion du monde d’escalade a repris il y a quinze ans l’un des seuls fabricants français de chaussons de grimpe, alors en grandes difficultés. S’il continue de grimper le week-end, ce quadragénaire originaire de Marseille a aussi mis sa ténacité de sportif au service de son entreprise 9A Climbing.

Fred Tuscan peut encore pratiquer sur le mur d'escalade situé au sein du siège de 9A — Photo : EB

L’escalade est une formidable école de la vie et ce n’est pas Frédéric Tuscan, ancien vice champion du monde de grimpe qui dira le contraire. "Ce sport m’a appris à me dépasser, à repartir malgré les chutes et à gérer mes émotions dans les passages les plus délicats des ascensions", explique le quadragénaire. Des qualités qui lui ont permis d’ouvrir et d’équiper plus de 300 nouvelles voies d’escalade autour de Marseille, dont il est originaire, puis de surmonter les obstacles lors de sa seconde vie mouvementée d’entrepreneur.

Grimper dans les calanques

Frédéric Tuscan commence l’escalade en famille, dans les calanques avec son oncle et son père, deux passionnés de montagne qui lui transmettent rapidement leur goût pour les sommets. "Quand nous partions dans les falaises, c’était toujours une sacrée expédition. J’étais fasciné par tout le matériel que l’on emportait, les coinceurs, les différentes pièces et les cordes", se souvient Frédéric Tuscan. À 12 ans, son père l’inscrit à sa première compétition d’escalade. "L’épreuve avait lieu sur une voie fraîchement ouverte. J’étais déjà déterminé ce qui m’a permis de remporter ma toute première compétition". Il intègre alors l’antenne départementale de la fédération d’escalade, et acquiert en quelques mois un excellent niveau technique. "À cette époque, je grimpais tous les mercredis et tous les week-ends, et même à la maison où mon père avait installé un pan de mur d’escalade dans le garage.

Vice champion du monde d’escalade

Bac en poche, le jeune homme opte pour une DUT technique de commercialisation au sein du CESNI de Chambéry (Centre d’études pour les sportifs de haut niveau international). Il a alors quatre jours de cours par semaine étalé sur 3 ans, un emploi du temps adapté qui permet aux sportifs de continuer à s’entraîner et participer aux compétitions. "L’escalade était encore un sport de niche avec une ou deux compétitions par an. C’était à nous d’aller démarcher les sponsors et les marques pour financer nos épreuves. Et nous n’avions pas l’aide des réseaux sociaux comme aujourd’hui pour nous faire connaître", se rappelle Frédéric. En 2001, il devient vice champion du monde d’escalade. "Le vainqueur a gagné 2 000 euros et moi 1 200 euros seulement !". Pas de quoi vivre de sa passion donc, ce qui pousse le sportif à bifurquer. Après un stage au sein d’un réseau de salles d’escalade, il postule pour un premier emploi chez Casino.

Gérant d’un Casino

Pendant trois ans, le jeune homme travaille jour et nuit comme gérant d’un Casino en région toulousaine. "Je suis arrivé à 26 ans pour gérer 19 personnes dans un des plus gros magasins du coin. Cette première expérience m’a énormément appris", raconte le jeune homme. "Je n’avais même plus le temps de grimper". C’est pourquoi, quand en 2007, le dirigeant de la marque de chaussons d’escalade EB part à la retraite et lui propose de prendre sa suite, il accepte sans hésitation. "J’avais aidé Jean-Claude Delubriac à développer de nouveaux produits lorsque je faisais de la grimpe à haut niveau. Diriger EB, marque emblématique créée par un grand alpiniste français, me permettait de revenir dans le milieu", se remémore le grimpeur.

À la tête d’une entreprise de chaussons d’escalade

Les débuts ne sont pas évidents : la marque a été laissée à l’abandon et le groupe de chaussures et prêt-à-porter Raoul Laley auquel elle est rattachée est en grandes difficultés financières. "Quand j’ai commencé, notre plus gros client, qui faisait 20 % de notre chiffre d’affaires, nous a lâchés", raconte Frédéric Tsucan. Deux ans plus tard, nouvelle épreuve : le groupe Raoul Laley fait faillite. "J’ai passé 4 mois à potasser les comptes d’EB pour savoir si elle était et serait rentable. J’ai fini par me lancer et ai convaincu le tribunal de me céder le fonds de commerce partiel, le stock et les 2 salariés dont je faisais partie", témoigne le dirigeant.

Un nouveau site de production au pied du Vercors

L’entreprise, rebaptisée 9A Climbing par Frédéric, en hommage aux voies les plus difficiles, a bien grossi depuis : elle réalise 30 % de croissance par an environ depuis 2010, soutenue par l’essor de l’escalade, devenue discipline olympique aux JO de 2020. "Il y a eu un coup d’accélérateur en 2016, avec une explosion du nombre de salles, surtout à Paris. C’est cette année-là que j’ai recruté mon associé", se souvient Frédéric Tuscan. La marque vient de déménager son siège de Voiron (Isère) à Sassenage (Isère) au pied du Vercors. Des locaux flambant neufs qui possèdent, un site de production pour les chaussons haut de gamme et son propre mur d’escalade pour permettre aux sportifs sponsorisés par 9A Climbing de venir tester les produits. "Nos nouveaux bureaux sont à 7 minutes en voiture d’un magnifique site d’escalade dans les falaises du Vercors, ajoute avec malice le dirigeant. Je rêve de pouvoir y aller plus souvent"! Un nouveau challenge pour ce dirigeant à l’emploi du temps débordant.

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