Tracée par le législateur européen et transcrite en droit français, la trajectoire visant à doubler la part des marchandises transportées par le rail en France d’ici à 2030 convient très bien à Sylvain Philippe, responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic. "Globalement, l’enjeu est de passer de 9 à 18 %. Est-ce que demain, l’infrastructure ferroviaire européenne sera en capacité de recevoir 20 % des flux d’un groupe comme FM Logistic, je ne sais pas, mais c’est un indicateur de performance que nous allons surveiller", indique-t-il.
Des transports totalement orientés vers la route
Pour le logisticien mosellan FM Logistic (28 000 salariés ; 1,7 Md€ de CA), basé à Phalsbourg, en Moselle, le défi est immense : l’utilisation de la route pour le transport, à l’échelle du groupe, pèse "entre 96 et 97 %", d’après Sylvain Philippe, quand l’ensemble des autres modes de transport ne représente que 3 %. Pour développer l’utilisation du ferroviaire, FM Logistic vient de mettre en place un corridor multimodal combinant rail et route, soit un trajet principal de 700 kilomètres réalisés en train, entre les gares de Valenton dans le Val-de-Marne, et d'Avignon dans le Vaucluse, quand les derniers kilomètres vers les plateformes logistiques sont fait en camion.
Volonté de trouver des "solutions de décarbonation"
Pour le responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic, le report modal vers le ferroviaire est appelé à se développer, ne serait-ce que pour permettre aux clients de FM Logistic de se mettre en conformité avec la taxonomie mise en place par la CSRD, pour Corporate Sustainability Reporting Directive, la directive européenne relative à la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises. "À l’échelle de la France, le transport est l’activité qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre, soit environ 30 % des émissions totales du pays, précise Sylvain Philippe. Sur cette part, un groupe familial comme FM Logistic veut être en capacité de trouver des solutions de décarbonation."
Une tonne d’émission évitée toutes les 33 palettes
Surveillant l’émergence de technologies comme les camions roulant à l’hydrogène ou à l’électricité, les équipes du logisticien mosellan ont décidé d’accélérer sur le transport combiné. "Nous avons un entrepôt situé à moins de 20 minutes de la plateforme d’Avignon, détaille Sylvain Philippe. Et depuis Valenton, il était possible de connecter facilement cinq de nos entrepôts de la région."
Les trajets entre les plateformes ferroviaires et les entrepôts sont assurés par des camions alimentés en Oleo100, soit un biodiesel fabriqué à 100 % à partir de colza. Au final, de porte à porte, les marchandises sont acheminées en émettant entre 70 et 80 % de CO2 en moins :"Évidemment cela dépend de la distance à laquelle on achemine la marchandise par rapport au terminal, mais globalement, chaque fois que mes clients me donnent 33 palettes à transporter dans un conteneur, soit l’équivalent d’un camion, nous gagnons une tonne de CO2", précise Sylvain Philippe.
Jusqu’à six conteneurs par train
Mis en place en septembre, le corridor permet d’acheminer chaque jour trois conteneurs dans un sens, et trois dans l’autre. "Notre objectif, au 1er avril, c’est d’avoir quatre montées et quatre descentes tous les jours, sachant que nous pouvons aller jusqu’à six, puisque nous avons pris en location 12 conteneurs", souligne le responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic. Peu à peu, les équipes de FM Logistic travaillent avec leurs clients pour massifier les flux : "Grâce à la bourse de fret, avec des gens qui viennent chercher du transport routier, nous parvenons à convaincre des clients de faire prendre le train à leurs lots", indique Sylvain Philippe.
Vers des corridors à l’échelle de l’Europe
Et le groupe veut dupliquer le modèle du corridor à l’échelle de l’Europe : "Il a fallu un an de travail pour lancer le premier, maintenant, ça va aller plus vite", se félicite Sylvain Philippe en dressant la carte prévisionnelle des futures ouvertures. Le prochain corridor devrait être ouvert en Pologne en septembre, puis en Roumanie et en Espagne. En France, l’équipe de Sylvain Philippe travaille sur l’ouverture d’un corridor de Paris à Marseille, en passant par Lyon, mais aussi des Toulouse-Bordeaux vers Avignon-Marseille ou encore des Lille-Rennes ou Metz-Nancy vers Paris.
Des terminaux exploités en direct ?
"C’est à la fois un sujet domestique dans chaque pays, qui deviendra demain un sujet de corridor européen", précise le responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic. Disposant actuellement de deux embranchements ferroviaires "potentiellement réactivables", à Neuville-au-Bois dans le Centre Val-de-Loire et à Crépy-en-Valois dans l’Oise, le logisticien mosellan ne s’interdit pas "de regarder, d’étudier et de chiffrer" pour investir dans ses propres terminaux ferroviaires. "L’Union européenne estime le besoin à 350 plateformes de terminaux multimodales supplémentaires en Europe, dont 15 en France. Très clairement, pour y arriver, les investissements seront portés par des financements public-privé et des subventions européennes", estime Sylvain Philippe.