Après avoir rodé son modèle dans l’Hexagone, FM Logistic passe à la vitesse supérieure. Le logisticien mosellan (28 000 salariés ; 1,8 Md€ de CA), qui a fait ses preuves sur un axe domestique reliant le sud-est de la France à la région parisienne grâce à une ligne combinant rail et route, voit désormais plus grand. "Nous commençons à exposer à nos clients le fait que nous sommes en train de développer un réseau multimodal à l’échelle de l’Europe", dévoile Sylvain Philippe, responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic.
Le transport multimodal pour réduire les émissions de CO2
Un développement en ligne avec la stratégie Powering 2030, qui vise à atteindre les 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, tout en réduisant "significativement", soit environ de 30 %, le niveau des émissions de CO2 du groupe. "Pour y arriver, il faudrait qu’entre 15 à 18 % des flux du groupe soient faits par des solutions multimodales en 2030", fixe Sylvain Philippe. Un chiffre qui peut sembler modeste en volume, mais qui est significatif en tonnes de CO2 émise par kilomètre, l’unité de mesure pertinente pour quantifier l’impact carbone sur de longues distances.
1 600 tonnes de CO2 économisées
En septembre dernier, FM Logistic a lancé son premier corridor multimodal international, combinant rail et route, entre la France et la Pologne. Concrètement, les marchandises sont collectées en camion dans un rayon de 150 kilomètres autour du terminal ferroviaire de Dourges, dans les Hauts-de-France, avant de faire 1 300 kilomètres en train, jusqu’au terminal de Kutno, en Pologne, pour y être acheminées jusqu’aux clients finaux.
Ce premier corridor entre deux pays européens reprend le modèle utilisé en France, combinant rail et route entre Valenton dans le Val-de-Marne, et Avignon dans le Vaucluse. Après plus d’un an d’exploitation, cette ligne affiche au compteur "plus de 1 600 voyages réalisés, soit 1 600 tonnes de CO2 économisées", précise le responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic.
Un laboratoire entre Valenton et Avignon
Un laboratoire grandeur nature, de 700 kilomètres de long, qui a convaincu une trentaine de clients, et atteint aujourd’hui "trois à quatre rotations par jour", souligne Sylvain Philippe. "C’est-à-dire que nous avons trois ou quatre conteneurs qui montent et qui descendent tous les jours", précise-t-il. Si le chiffre d’affaires réalisé grâce à cette ligne n’est pas communiqué par le logisticien, le niveau de ponctualité de "cette solution ferroviaire est plutôt très bon", se félicite Sylvain Philippe. Une réussite opérationnelle qui pousse le groupe à accélérer le déploiement international du multimodal.
Une toile multimodale à l’échelle de l’Europe
"Les deux gros pays de l’Union européenne pour FM Logistic, c’est la France et la Pologne", souligne Sylvain Philippe. La montée en puissance est progressive. "De septembre à décembre, nous avons fait un train par semaine. Et aujourd’hui, nous sommes à trois trains par semaine au départ de Kutno", précise Sylvain Philippe. L’organisation a aussi évolué, avec un arrêt en Allemagne : "Désormais, nous marquons un stop à Duisburg avant d’arriver à Dourges". Cet arrêt permet aux équipes de Sylvain Philippe d’imaginer "demain de développer un autre réseau, avec des connexions directes qui descendraient depuis Duisbourg vers Lyon par exemple".
Le groupe FM Logistic tisse sa toile multimodale pour relier ses quatre grands pôles européens : la péninsule ibérique, la France, l’Europe centrale et le sud-est de l’Europe.
"Nous sommes en mesure de démarrer un flux Pologne-Espagne au cours du prochain trimestre"
La prochaine étape du développement de ce réseau est déjà identifiée : l’Espagne. "Nous sommes en mesure de démarrer un flux Pologne-Espagne au cours du prochain trimestre", révèle Sylvain Philippe. Une liaison rendue pertinente par l’ouverture progressive de l’Espagne à l’intermodalité, malgré les défis liés au gabarit ferroviaire. En parallèle, le groupe regarde vers l’Est, avec des études en cours pour connecter la Roumanie au reste du réseau.
En France aussi, le réseau de FM Logistic se densifie : "Nous avons fait quelques caisses par semaine en aller-retour entre Valenton et Toulouse, dévoile Sylvain Philippe. Et au cours du mois de février, nous partirons du sud-est de Lille pour remonter directement vers le Benelux."
Également une réponse à la pénurie de chauffeurs routiers.
Au-delà de la décarbonation des activités du groupe, cette stratégie se veut aussi une réponse pragmatique à la pénurie de chauffeurs routiers. Le train prend en charge la longue distance, permettant de redéfinir le métier de conducteur vers des trajets plus courts. "Demain, nous pourrons leur proposer des tournées régionales où chaque soir, ils peuvent rentrer chez eux", illustre Sylvain Philippe.
Prix garanti toute l’année
Une évolution sociale nécessaire pour rendre le métier attractif auprès des jeunes générations. Pour les clients de FM Logistic, l’équation économique change également. Là où le transport routier subit de fortes volatilités tarifaires saisonnières, le multimodal offre une stabilité : "Nous sommes donc capables de garantir un prix stable toute l’année", insiste le responsable du développement multimodal européen chez FM Logistic.
Produits alimentaires, produits de grande consommation ou encore produits industriels, les données accumulées par FM Logistic sur la ligne Valenton-Avignon permettent désormais de montrer aux clients que le multimodal peut convenir à une très large gamme de marchandises. "Nous avons aussi mis sur les rails des caisses mobiles bâchées", précise Sylvain Philippe. Une évolution par rapport aux containers en tôle classique, permettant de cibler des clients ayant des besoins de chargement ou de déchargement latéral.