Chaque nuit, entre 22 heures et 8 heures, les colis arrivent à la "delivery station" Amazon de Strasbourg, rue de Livio, depuis les centres de tri nationaux, par rail ou par route. Ils sont ensuite répartis et affectés aux tournées avant deux vagues principales de départ.
"L’enjeu est d’optimiser chaque tournée et de limiter les kilomètres inutiles", explique Tarek El Fawal, directeur de site logistique Amazon à Strasbourg. Pour cela, neuf vélos-cargo assurent les livraisons dans l’hypercentre strasbourgeois. D’une capacité d’environ 2,5 m³, ils parcourent jusqu’à 50 kilomètres par jour, avec un changement de batterie entre deux rotations qui montent au nord jusqu’à l’avenue des Vosges. Les petits colis sont priorisés pour maximiser le taux de remplissage.
Seize utilitaires électriques et thermiques quittent également le site à chaque vague pour couvrir un périmètre élargi jusqu’à Colmar ou Sarrebourg. "Nous adaptons le mode de livraison à la morphologie de la ville", précise Florian Celerier, manager chez Amazon à Strasbourg. Lors du marché de Noël, la livraison piétonne est par exemple privilégiée dans les zones les plus contraintes de l’hypercentre.
Le site compte une centaine de salariés en CDI. Avec les quatre prestataires logistiques, dont FA Logistics pour la flotte vélo, l’écosystème local mobilise près de 300 personnes, effectif doublé en période de pic.
Le dernier kilomètre, levier central de la transition
Selon les ordres de grandeur de l’Ademe, le dernier kilomètre représente près de 30 % des émissions logistiques de CO2. C’est sur cette phase que le groupe américain concentre une partie de ses investissements.
"La décarbonation du transport est un axe prioritaire de notre stratégie européenne", indique Olivier Pellegrini, directeur européen des opérations durabilité chez Amazon. "Elle repose sur l’électrification, la cyclologistique et la densification de notre réseau de stations."
Depuis 2021, plus de 100 millions de livraisons ont été réalisées à vélo ou à pied en Europe, dont 40 millions en France en cinq ans. En France, Amazon réalise déjà des livraisons du dernier kilomètre à vélo-cargo et autres modes propres dans une dizaine de villes, avec des déploiements continus dans des métropoles comme Lyon, Toulouse, Bordeaux, Montpellier ou Nice. Une vingtaine de villes sont concernées au total.
Objectif 0 émission
À l’échelle mondiale, les émissions du groupe sont passées de 71,54 mégatonnes de CO2 en 2021 à 68,25 mégatonnes en 2024. L’objectif affiché est d’atteindre zéro émission nette en 2040.
"Réduire la distance moyenne parcourue par colis est un levier majeur", souligne Vasileios Vrakas, responsable communication RSE chez Amazon. "Le groupe développe pour cela un réseau de plus de 35 sites logistiques en France". Le site d'Augny près de Metz a réduit de 25 % la distance moyenne des colis en aval, économisant 81 grammes de CO2 par colis, d'après l'étude menée par Roland Berger en 2023.
Densifier pour rapprocher la logistique du client
La logique industrielle est claire : plus la station est proche du client final, plus la distance parcourue par colis diminue. Et, avec elle, l’empreinte carbone.
Dans le Grand Est, Strasbourg s’inscrit dans un maillage comprenant également Metz et Belfort. À Metz, un renforcement des infrastructures électriques est en cours, avec une montée en capacité des bornes de recharge passées de 30 à 80. Sur Strasbourg, la fin de l’année 2026 verra naître un nouveau parking équipé d’une cinquantaine de bornes de recharge pour les partenaires de livraison du groupe.
En 2025, Amazon revendique 8 milliards de colis livrés dans le monde et un chiffre d’affaires supérieur à 500 milliards de dollars. La transformation du dernier kilomètre représente donc un enjeu stratégique à la hauteur des volumes.
À Strasbourg, la logistique urbaine devient un terrain d’équilibre entre performance industrielle, contraintes territoriales et trajectoire climatique. Le dernier kilomètre n’est plus seulement une promesse client : il s’impose comme un indicateur stratégique.