Le nom de Dômes Pharma évoque avant tout une histoire. "Il témoigne de notre attachement à nos racines auvergnates et à notre expertise française", explique Anne Moulin, PDG du laboratoire basé dans le Puy-de-Dôme, qui fabrique et commercialise des solutions pour la santé et le bien-être des animaux de compagnie. Un groupe qui emploie aujourd’hui 400 salariés et a réalisé 89 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son dernier exercice.
À l’heure où Dômes Pharma s’internationalise, il était donc important de regrouper sous un nom commun ses sept filiales, implantées à Clermont-Ferrand, son berceau historique, mais aussi à Berlin, à Madrid, à Oxford au Royaume-Uni et Salt Lake City aux États-Unis. Europhartech, TVM UK, TVM Tiergesunheit… Depuis le 1er mars, toutes portent le nom de leur maison-mère. Une manière de gagner en visibilité et en clarté vis-à-vis des clients et des partenaires, mais aussi de fédérer les collaborateurs sous un même pavillon.
Des "Produits vétérinaires Moulin" à "Biocanina"
Mais si le nom de Dômes Pharma a été retenu, l’histoire de l’ETI a débuté avec une autre marque. C’est le grand-père d’Anne, René Moulin, pharmacien à Clermont-Ferrand, qui a été le premier de la famille à s’intéresser à la santé animale. "Il était passionné par les chiens. Il faisait des formules à l’arrière de son officine pour soigner les bobos des animaux de compagnie. Juste après la seconde guerre mondiale, c’était peu courant. On s’intéressait davantage aux soins des vaches ou des moutons", note Anne Moulin. Mais très vite, le succès est au rendez-vous et le pharmacien développe sa propre gamme, sous le nom de "produits vétérinaires Moulin".
Industrialisation dès les années 60
C’est sa femme, Simone, qui le convainc de lancer une production industrielle. D’abord, dans une petite unité de fabrication, à Clermont-Ferrand. Puis, en 1963 quand la réglementation devient plus exigeante, elle lance la construction d’une usine à quelques kilomètres, sur la commune d’Aubière. "C’est elle, la véritable entrepreneuse. Elle a récupéré les formules de son mari pour en faire une entreprise. Autodidacte, elle a créé la marque Biocanina. À partir de là, tout a changé de dimension", relate l’actuelle PDG de l’entreprise.
Surtout, Simone Moulin a le sens des affaires, du marketing et de la communication. Elle signe notamment un partenariat avec La Cooper. La centaine de commerciaux du laboratoire fait alors la promotion des produits vermifuges et antiparasitaires Biocanina auprès des pharmacies de France. De quoi décupler très vite sa force commerciale et étendre sa notoriété dans tout l’Hexagone.
Diversification vers des produits ophtalmologiques
Dans les années 70, Simone est rejointe par son fils Jean Moulin, diplômé en pharmacie industrielle. Ce passionné de mécanique et d’industrie s’attelle à structurer l’usine et à consolider l’outil de production. Mais désireux d’aller vers des produits plus techniques à l’adresse des vétérinaires, il rachète le laboratoire TVM, division vétérinaire des laboratoires Chauvin-Blache spécialisés en ophtalmologie. Il développe l’entreprise aux côtés de son amie, Chantal Lugnier, également pharmacienne. "Ils greffent alors à cette activité d’ophtalmologie d’autres domaines thérapeutiques très spécialisés avec des produits contre l’épilepsie ou des antidotes contre les intoxications. Cette diversification donne un nouvel élan au groupe", se remémore sa fille, Anne Moulin.
Sous-traitance et médicament générique
Au décès de Simone en 1995, Jean reprend les rênes de Biocanina et poursuit le développement de TVM avec la construction, à Lempdes (Puy-de-Dôme), d’une usine de production de médicaments, Europhartech. Cette unité de façonnage pharmaceutique ne se cantonne pas à la santé animale. Elle produit aussi des médicaments pour l’homme. "Nous sommes ainsi devenus sous-traitants pour d’autres laboratoires, profitant de l’avènement des génériques et d’une forte demande du secteur. C’est à cette période que mon père a également redressé Biocanina qui, avec l’arrivée de nouveaux concurrents, connaissait un trou d’air", pointe la représentante de la troisième génération.
"La culture du risque est dans notre ADN. Ma grand-mère a investi dans une première usine, mon père s’est orienté vers des produits de spécialité. Et moi, je développe les marchés à l’étranger"
Anne Moulin arrive, elle, dans le groupe en 2008 à l’âge de 28 ans, après une école de commerce international à Paris et un MBA à Milan. Son père est parti depuis quelques années déjà à la retraite. C’est Chantal Lugnier qui dirige le groupe. Nommée membre du directoire, Anne Moulin s’imprègne pendant quatre ans des méthodes de production de l’entreprise, des attentes et des besoins des clients lors de tournées avec les commerciaux… Un parcours d’intégration riche et varié qui lui permet de comprendre le métier. "Cette immersion, dans chacune des filiales, m’a confortée dans mon choix de reprendre l’entreprise et a contribué à légitimer mon arrivée en interne", souligne la dirigeante.
La culture du risque
Au départ de Chantal Lugnier, en 2016, elle est nommée PDG avec une ambition : internationaliser l’entreprise familiale, désormais dénommée Dômes Pharma. "Chacune des générations a pris un risque. Cette culture du risque, c’est même dans notre ADN et c’est ce qui assure la pérennité de l’entreprise. Ma grand-mère a investi dans une première usine et lancé ainsi l’aventure, mon père s’est orienté vers des produits de spécialité à destination des vétérinaires. Et moi, je développe les marchés à l’étranger", analyse Anne Moulin.
30 % de l’activité à l’international
Cette internationalisation a commencé avec une première filiale au Royaume-Uni suite au rachat d’un concurrent en 2016. Aujourd’hui, Dômes Pharma compte des filiales en Allemagne et en Espagne. Mais surtout, elle est désormais implantée aux États-Unis, premier marché mondial pour le soin des chiens et des chats. Afin d’y parvenir, Anne Moulin s’est, elle-même, installée dans le pays, à Boston, il y a plusieurs années.
Ce qui a facilité le rachat, en 2023, de SentrX, société américaine située à Salt Lake City dans l’Utah et spécialisée dans l’ophtalmologie vétérinaire. Une acquisition (dont le montant n’est pas révélé) qui a aussi permis au groupe d’accroître son outil productif avec une usine sur le continent américain. "Actuellement, nous réalisons 30 % de notre activité à l’international. L’Angleterre représente 10 % du chiffre d’affaires, les USA 5 % mais le potentiel est énorme", précise la dirigeante de Dômes Pharma.
Une filiale au Canada l’an prochain
Le groupe est désormais présent dans une trentaine de pays. Son prochain défi : ouvrir une filiale au Canada, dès l’année prochaine. Dômes Pharma, dont l’actionnariat reste 100 % familial, n’a donc pas fini de grandir. "L’entreprise est profitable et nous avons de nombreux projets à court, moyen et long terme. Ce qui est essentiel pour moi, c’est de réinvestir chaque année 10 % de notre chiffre d’affaires dans la recherche et le développement", conclut Anne Moulin, farouchement attachée à l’indépendance du groupe.