[Exclusif] Le mayennais Ermo et l’aindinois SMP rejoignent le groupe industriel italien Mech-I-Tronic
# Industrie # Fusion-acquisition

[Exclusif] Le mayennais Ermo et l’aindinois SMP rejoignent le groupe industriel italien Mech-I-Tronic

S'abonner

Le jeune groupe industriel italien Mech-I-Tronic vient de signer le rachat de deux PME françaises : les moulistes SMP (Ain) et Ermo (Mayenne). En deux ans, pas moins de six entreprises françaises et italiennes ont ainsi intégré Mech-I-Tronic qui nourrit des ambitions aux États-Unis et en Asie.

Maurizio Delnevo, PDG d’Ermo. Le fabricant mayennais de moules à injection vient d’être repris par Mech-I-Tronic — Photo : Frédéric Gérard

Depuis peu, six PME françaises et italiennes constituent un groupe de mécatronique qui monte en puissance en Europe. Ces entreprises forment une chaîne de production et de valeur, dans la conception et la fabrication de machines et de moules pour l’injection plastique. En les réunissant, Mech-I-Tronic s’est muée en une ETI de 900 salariés pesant 186 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’objectif est d’imposer leurs lignes d’emballage et de conditionnement auprès de clients de la pharmaceutique, du médical et de la cosmétique.

Une genèse et un noyau italien

La holding industrielle est basée à Milan : Groupack est depuis sa création en 2022 présidée par Marco Giovannini. Ce capitaine d’industrie italien a présidé le fabricant de bouchons pour spiritueux Guala Closures jusqu’en 2021. Puis il s’est lancé à son compte dans ce projet avec une poignée de dirigeants transalpins.

Leur première prise s’est opérée en Lombardie, auprès de la famille Bettinelli. Celle-ci est à la tête de l’entreprise du même nom créée dans les années cinquante. Avec sa division CB Automation, la PME (33 M€ de CA à son intégration) imagine des machines pour l’emballage et l’assemblage robotisé de composants pour l’industrie pharmaceutique, comme des valves anti-reflux en silicone pour le collyre.

Reprise des moulistes SMP et Ermo

Au 1er janvier 2025, Mech-I-tronic a acquis deux entreprises françaises. Dans l’Ain, l’ETI reprend SMP, un mouliste dirigé par Jacky Mazzolini depuis 2003. L’entreprise (11,5 M€ de CA 2022) emploie près d’une centaine de salariés sur deux sites, la majeure partie à Lavancia-Epercy, une douzaine dans l’atelier GMoules à Dortan.

En Mayenne, Mech-I-tronic reprend Ermo, un fabricant de moules pour injection plastique. L’Italien va ainsi constituer un pôle moulistes, piloté par Maurizio Delnevo, PDG du groupe mayennais. Ermo possède deux unités de conception et de production à Marcillé-la-Ville, près de Mayenne, où se trouve le siège du groupe, et à Vire (Calvados), ainsi que la filiale Erpa à Louverné, près de Laval. Cette unité est spécialisée dans les solutions d’automatisation de lignes de production. Le groupe mayennais emploie plus de 150 salariés et réalise en fonction des années entre 23 et 27 millions d’euros de chiffres d’affaires. Un profil qui a justifié ce rachat, selon son président.

Pour Ermo, un moyen de pouvoir se développer

"Nous avons compris que notre taille moyenne d’entreprise nous limitait pour conquérir les marchés, explique Maurizio Delnevo. Pour conserver notre leadership en Europe, nous aurions dû nous développer de manière organique ou par croissance externe. Mais nous n’avions pas les moyens de le faire seuls. Dans nos métiers, nous ne sommes pas en production continue. Un temps long est nécessaire pour élaborer et concevoir de nouvelles solutions pour nos clients. Il est donc difficile de planifier des investissements lourds. Nous avons donc décidé d’entrer dans un groupe constitué en fédération d’entreprises avec un gros projet industriel". L’intégration au sein de Mech-I-Tronic doit permettre à Ermo de "réduire un peu nos coûts" et "de gagner du temps pour servir nos clients".

Comme à chaque rachat opéré par Mech-I-Tronic, SMP et Ermo conservent leur identité, leur organisation, la gestion de leur clientèle et leur dirigeant reste en place. La société mère a racheté le capital du groupe. "Avec mes associés, nous réinvestissons en retour la valeur du rachat soit 15 % de Mech-I-Tronic pour en devenir actionnaires", précise Maurizio Delnevo.

Neyret, un autre atout industriel français

En 2024, une autre entreprise française avait déjà intégré Mech-I-Tronic. Le groupe lyonnais Neyret est l’un des partenaires les plus importants à ce jour, avec ses 42 millions de chiffre d’affaires et ses 275 collaborateurs. Le groupe familial conçoit et fabrique des machines spéciales d’assemblage sur-mesure à haute cadence pour l’industrie, en particulier des secteurs qui nécessitent des process d’assemblage et de qualité exigeants : la pharmaceutique, la cosmétique ou encore l’automobile (avec des connecteurs rapides pour l’essence ou l’eau, des microrupteurs, etc.).

Des projets aux Etats-Unis et en Asie

Présidé par Bruno Neyret, fils du fondateur Guy, Neyret Group dispose d’usines dans le Rhône à Chanopost, en Normandie avec Lagniel SAS, ainsi qu’aux États-Unis avec Franklin Automation dans la région de Chicago. L’extension de cette usine américaine pourrait être l’un des premiers investissements en commun à se concrétiser. Elle permettrait au pôle moulistes de se développer outre-Atlantique.

Le groupe Neyret est capable de produire des machines spéciales et des lignes en continu. Le Lyonnais a intégré Mech-I-Tronic en juin 2024 — Photo : Neyret Group

"Je pense que l’on peut améliorer le savoir-faire technique que les Américains n’ont pas et capter de nouveaux clients chez eux. Les grands comptes dans la cosmétique ou la pharmaceutique demandent à être proches des usines produisant pour eux partout dans le monde", commente Maurizio Delnevo.

La construction d’une usine en Inde est également envisagée. Actuellement, le groupe Ermo s’appuie sur un bureau commercial là-bas. Cet investissement industriel permettrait le suivre la croissance industrielle du sous-continent. Des bureaux commerciaux sont également présents à travers le monde, notamment en Chine.

Un œil sur l’Allemagne

Les autres PME du groupe sont italiennes et devraient conserver la maîtrise du pôle extrusion. C’est le cas d’Union Officine Meccaniche et de sa filiale Tecom, fabricant de lignes d’extrusion de film soufflé en boule, "capables de traiter tous les types de thermoplastiques, de polymères biodégradables et matériaux recyclés postindustriels et post-consommation".

Intégré en même temps que Neyret, Alci (15 M€ de CA) est un fabricant de machines complexes situé près de Rome.

Mech-I-Tronic ne semble pas en avoir fini avec les croissances externes. Un regard attentif est notamment porté vers l’Allemagne, autre grand pays de l’industrie en Europe. La holding Groupack a déjà des liens Outre-Rhin, avec le soutien financier de Deutsche Bank.

Objectif 440 millions d’euros ?

En fin d’année, Mech-I-Tronic devrait atteindre autour de 225 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pas assez pour entrer et séduire en bourse des investisseurs pertinents, signalait Marco Giovannini dans le quotidien italien Corriere della Sera en juillet 2024. Le patron italien évoquait alors une perspective à 400 millions d’euros. Pour y parvenir, Marco Giovannini veut compter sur sa marque de fabrique, "valoriser les compétences et choisir des entrepreneurs préparés dans leur niche", comme il le précisait dans le quotidien édité à Milan.

Ain Mayenne Lyon # Industrie # Industrie # Plasturgie # Matériel médical # Luxe # Fusion-acquisition # Création d'entreprise # International # Implantation # PME # ETI # Investissement industriel